Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs

« On ne naît pas Breton, on le devient, à l’écoute du vent, du chant des branches, du chant des hommes et de la mer ». Xavier Grall.

29 avril 2008

GUENANE / Pax.

Pax .
GUENANE
Note : 4,5
Un ange passe!
Je sais cela ne se fait pas mais je vais recopier une partie de la quatrième de couverture.
Bretonne et cosmopolite, Guénane a longtemps vécu en Amérique du Sud. Son roman s'inspire d'un authentique vol de nuit entre la France et l'Argentine.
Un avion d'après l'auteur se compose de « pax* », beaucoup, et de quelques                    « hamsters** » en nettement moins grand nombre heureusement. Il peut également arriver qu'un « pax » soit pacsé avec un hamster, ce n'est pas interdit par la loi, ni par la SPA. Ces précisions, pour éclairer votre lanterne, bien nécessaires pour affronter un vol de nuit entre Paris et Buenos Aires.
« Accrochez-vos ceintures, le décollage est imminent » alors partons, à nous le ciel, les étoiles, les sacs à vomi, les passagers désagréables et tout ce qui se passe la nuit dans un avion, lieu clos mais aérien (les deux à la fois de préférence) .
Nous allons donc voyager en compagnie entre autre du narrateur, Monsieur P.10, cet homme est un peu triste, il a appris ce matin au téléphone la fin de son idylle avec Cécile. Comble de malchance, il ne connaît personne de l'équipage , même pas un           « cousin » breton (les traditions se perdent). Une nouvelle hôtesse l'accompagne, Cecília avec un accent sur le i. Celle-ci, Portugaise, a droit à un accueil particulièrement poilant (sauf pour elle) :
« Portugaise et vous n'avez pas les jambes velues! ».
Mais cette jeune femme a de la répartie et, ce qui ne gâche rien, est charmante donc le voyage s'annonce sans nuage en attendant les meilleurs auspices et sûrement plus si affinités.
L'étourdi en retard, les râleurs de tout poil (même d'ailleurs les imberbes) enfin rien de bien nouveau sous le ciel (surtout de nuit), la routine, les exercices de sécurité. Une chatte de race a des pudeurs, un cheval de grand-prix et de grande valeur est surveillé, un enfant joue avec son petit singe etc..... Quelques dépressions atmosphériques et aussi quelques dépressions nerveuses pimentent le vol.
Un « Stew » qui n'est pas forcement irish, et que notre hôtesse, qui n'a pas ses yeux dans sa poche, ne trouve pas ragoûtant du stew (tout, désolé le vertige de l'altitude) sont nos pilotes. Mais une dame fait un malaise.....
Dans sa dédicace, Guénane m'a écrit ceci: « A lire avec l'humour qui convient ». C'est fait « Gente Dame de Lettres ». Mais après un moment celui-ci n'a plus court, hélas!
Certaines descriptions sont pour le moins imagées :
- Elles ont les mêmes yeux, grands, francs, et dont la couleur rappelle la peau des maquereaux quand ils sortent de l'eau.
Soient elles sont d'une grande poésie et mais toujours très imagées :
- Les yeux couleur amer absolu, 99% de cacao minimum.
- ...signe que nous devons avoir quelques atomes qui se caressent déjà.
Ce voyage est une allégorie sur la vie qui file tel un avion, quelle est la direction exacte de toutes existences, cela mystère?Comme dit le vieux chirurgien dans le livre « C'est la vie, la véritable énigme ».
Extraits :
-...il risque de voir tripler sa poche à air gastrique, son gros intestin, de devenir un aérostat dans un aéronef.
- Le pilote est aussi aveugle que le passager ; il sait mais ne voit pas toujours où il va.
- Pour l'instant nous ne sommes qu'un équipage renfrogné.
- Tout le monde sait que les hôtesses de la T.A.P*** sont angoras.
- Dans un super marché, vous reconnaîtrez facilement une hôtesse de l'air : elle cherche d'instinct la pédale de frein du caddie.
- Reposez en paix, pax!
- Et elle, hein, son grain de beauté sur la cuisse, c'est une tumeur au cerveau!
- Théâtre de la vie aérienne, le rideau s'ouvre sur la même scène.
Éditions : Amers :
http://www.presences.online.fr/sitemorel/photolivre/editionamers.pdf
Autre chronique de cet auteur :
L'Ange Gardien.
*Passagers
**Au nombres de trois, Le pilote, le co-pilote et sa doublure.
***Transportes Aéros do Portugal, appelés aussi « Transport Air Poil », avec l'humour qui convient. (Note de l'auteur)

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26 avril 2008

O'RIORDAN Kate / Le garçon dans la lune

Le garçon dans la lune.
Kate O'RIORDAN
Note : 4
S
ecrets enfouis.
Troisième roman de cette irlandaise vivant à Londres. C'est également le troisième que je lis après « Intimes convictions » que j'avais bien aimé et « Une mystérieuse fiancée » qui lui ne m'a pas réellement marqué!
Sammy, 7 ans, regarde la lune. Il voit à l'intérieur un enfant qui pleure ; sa mère Julia tente de le rassurer. Demain ils quittent l'Angleterre pour l'Irlande voir le père de Brian. C'est Noël. La dernière soirée est le reflet d'une vie de couple qui s'étiole, avec une pitoyable tentative de rapports sexuels qui tourne au fiasco :
- Il se dit : Je pourrais divorcer pour moins que cela.
- Elle pensa : En plus, il faut changer les draps.
Julia regarde derrière elle, ce sont les vacances, la réunion de famille, les soeurs de Brian qui pour la première fois depuis quinze ans reviendront d'Australie. Elle jette un oeil à son mari qui parfois lui donne une impression de décontraction et de vide, comme si par moment il quittait son corps. Elle attribue ce fait à la mort de son frère jumeau ,Noël, tombé d'une falaise. Elle s'interroge sur leur mariage, sur leurs futures vacances.
Dans une station service ils perdent Sam, après des moments de grande panique, il le retrouve sain et sauf, mais pour Julia, c'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase.Mais au cours d'un accident, Sam meurt. Après quelques mois passés chez ses parents, elle décide d'aller en Irlande et s 'intalle chez Jeremiah, son beau-père. Désormais le roman va devenir une sorte de quête de Julia dans l'histoire de sa belle famille, si différente de la sienne. Elle découvre le carnet intime de sa belle mère décédée, puis grâce à une voisine elle en apprend un peu plus, et ce n'est pas toujours très glorieux dans cette région d'Irlande où la possession de terres semble être le seul critère de bonheur et de richesse, avec son cortège de haine et de jalousie.
Beaucoup de retours en arrière dans ce roman, car l'auteur par l'intermédiaire de Brian revient sur sa vie, l'école et son lot de brimades, le monde campagnard qui fut le sien, l'abattage des moutons, ses frères et soeurs, Edward, en particulier qu'il essayait de protéger à l'école. Il se rappelle la mort de sa mère, ce père tyrannique qui cognait volontiers ses enfants. La vie dans une Irlande catholique et étriquée, la messe du dimanche comme seule distraction.
Julia est une petite bourgeoise qui s'interroge sur elle-même et sur son couple, est-elle devenue au fil du temps amoureuse de son mari, malgré tous les défauts qu'elle constate chez lui? Mais ces questions après la mort de Sam n'ont plus cours. Mais que va-t-elle chercher en Irlande chez ce beau-père qu'elle n'apprécie pas et dans un labeur éreintant?
Brian semble être resté un enfant rêveur et immature, il est en grande partie responsable de la mort de son fils. Doit-on chercher dans son enfance, dans les violences subies, dans la mort omniprésente, la raison de ce vide qui semble le caractériser? Est-ce la mort de son frère jumeau, Noël, décédé en tombant d'une falaise?Edward, le frère célibataire atteint d'un léger bégaiement, vient parfois voir Julia à la ferme. Etre faible, il semble malgré tout savoir beaucoup de choses. En particulier sur le jour de la mort de Noël, et ce qui s'est passé tout de suite après, mais tous n'étaient que des enfants.
Le père de Brian, Jeremiah, est l'archétype du père veuf avec de nombreux enfants, que l'on retrouve chez de nombreux auteurs irlandais, John McGahern en particulier . Brutal et dur envers lui-même et les autres. Ses méthodes sont rudes sans pitié, sa rancoeur semble venir de très loin dans son passé, il est presque ruiné et ne possède presque plus de terres. Que s'est-il passé pour lui, il y a longtemps?
Une belle écriture, mais une structure narrative pas des plus simples, quand les vies de Julia en Irlande et de Brian en Angleterre sont racontées de manière simultanée avec une inversion des rôles. Humour un peu cruel, certaines portraits des personnages ne sont pas très avantageux. Par contre la nature est très bien décrite sans peser sur le roman. Les sentiments pourtant confus des personnages principaux sont bien analysés, un bon roman et une histoire de qualité.
Extraits:
- Il lui vient à l'esprit que la caractéristique des Irlandais consistait à mesurer la vie en Noël, Pâques et tranches d'août.
- Les mains baladeuses de la nuit qui n'osaient pas caresser de jour.
- Il se dit : Je me demande pourquoi je ne vais pas baiser un mouton mort à l'abattoir du coin.
- Nous reprendrons le Nord, monsieur.
Encore ! hurla Cotter.
Nous reprendrons le Nord, monsieur.
- Elle cherchait Sam, naturellement, dans les étoiles, le lait, la langue.
- Peut-être qu'il comprenait, à sa manière taciturne.
- Il confirmait la conclusion, la conclusion à laquelle elle était parvenue-elle pouvait rester. Elle avait été mise au travail.
-...il ne savait pas ce qu'avait vu Jeremiah- peut-être assez pour comprendre qu'ils ne jouaient pas au football gaélique.
- Il pensa à Noël et à son vertige.
- Est-ce que tu sais pourquoi Edward a l'air de tellement détester son père?
- Brian lui avait dit un jour que ses parents s'appelaient »monsieur » et « madame ». Quelle froideur!
- Parfois, je me dis qu'il voulait savoir avec certitude lequel était le plus fort-pour savoir qui aurait la terre.
- Car l'amour le plus fou est l'amour d'un enfant pour un parent abusif.
Éditions : Joëlle Losfeld.
Titre original : The Boy in the Moon.
L'avis de Cuné ici et de Goelen.

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23 avril 2008

COOK Kenneth / Cinq matins de trop

Cinq matins de trop.
Kenneth COOK
Note : 5.
Voyage au bout de l'enfer.
Ayant lu de bonnes critiques sur ce livre, je me lance dans l'aventure. Il est à signaler que ce roman a été écrit en 1961! Kenneth Cook, né en 1939 et décédé en 1987, est très populaire dans son pays d'origine. Ce roman fut adapté au cinéma sous le titre « Outback ». Très peu de ses romans furent traduits en français.
John Grant enseigne à de charmants bambins dans une charmante bourgade de « l' Outback » au fin fond du désert australien. Un peu d'espèces et le chèque de son salaire en poche, l'année scolaire est finie. Homme de la côte, il désire partir en vacances au bord de la mer le plus tôt possible. Pour ce faire, après 6 heures de train, il arrive dans la charmante grande ville des environs, Bundanyabba ( les familiers disent Yabba) qui possède un aéroport avec des vols pour Sydney. Yabba est pour le chauffeur de taxi « La meilleure ville d'Australie » que tout le monde aime. Le représentant de la police qui répond au doux prénom de « Jock » prétend que c'est la ville sûrement la ville la plus honnête d'Australie. Un peu de chauvinisme local et d'exagération, mais pourquoi ne pas croire des gens si aimables et puis il n'est là que pour une nuit.
Après avoir bu quelques bières avec le représentant des forces de l'ordre, avoir mangé un repas indigne et indigeste, il se laisse tenter par quelques parties de pile ou face, car il a une douzaine d'heures à tuer!Suite à une période de chance il se retrouve avec un pécule de 300 dollars ; il décide de rentrer à l'hôtel pour réellement voir de près cet argent. Il le regarde, puis une idée lui vient, il se rhabille et repart dans la nuit...
Au matin nous le retrouvons ayant tout perdu au jeu, même son chèque de salaire, il n'a plus les moyens d'aller à Sidney, ni même de payer sa chambre d'hôtel. Est-il possible de survivre six semaines dans cette ville, certes charmante avec des habitants si aimables et familiers?
Grant, instituteur, est un homme normal. Enfin il le pensait et il l'était sûrement. Jusqu'à cette nuit où il a tout perdu au jeu, son argent et tout son sens de la vie civilisée. Mais il va connaître l'alcool à très forte dose, une femme croqueuse d'hommes , et camionneur méprisant, la drogue et la sauvagerie de la chasse au kangourou de nuit avec voiture et projecteur. Il sombrera dans la déchéance morale et physique, vivant d'expédients ou aux crochets de gens qui l'invitent.Il va connaître des matins blafards, des gueules de bois carabinées, la bière au réveil en guise de petit déjeuner pour tenter d' atténuer la douleur de l'alcool, mais aussi pour repartir pour une autre monstrueuse cuite. Un jour réunissant le peu de raison qu'il lui reste, il partira encore, en camion, cette fois pour le voyage de la dernière chance.
Les descriptions des moeurs des habitants de l'ouest australien n'incitent pas à en faire un lieu de vacances privilégié. De mineurs « brutes épaisses » en médecins alcooliques, en passant par des jeunes filles un peu nymphomanes, le voisinage, même s'il est d'une promiscuité relative n'en est pas moins inquiétant. On a l'impression que ce livre aurait pu servir de modèle à Jim Jarmush quand il a écrit le scénario de « Dead Man ». Dans ce roman, les bisons massacrés par les chasseurs en train sont remplacés par des kangourous et le train par un quatre-quatre. Le même long voyage initiatique d'un homme égaré dans un monde de violence qui peu à peu l'amènera à un point de rupture.Un excellent roman noir, très noir mais superbement écrit. Cette région d'Australie se prête très bien à des romans durs, à cause d'une violence due en partie à l'ennui qui y règne, à la distance entre les villes et surtout à l'absorption massive d'alcool divers. Je pense à « L'opale du désert » de Janet Turner-Hospital, « Cul de Sac » de Douglas Kennedy,  « Femme en mer intérieure » de Thomas Kenneally,  « Les noces sauvages » de Nikki Gemmell ou pour finir « Secrets Barbares » de Rodney Hall.
Extraits:
- Ce trimestre au moins, il lui parut raisonnable de présumer qu'aucune des filles n'était enceinte.
- Mais pour l'instituteur, Bundanyabba n'était qu'une variante de Tiboonda, en plus grand. Et Tiboonda était une variante de l'enfer.
- On y était à l'ombre, mais pas au frais.
- La fille de la réception de l'hôtel était une réplique défraîchie des filles de réception d'hôtel du monde entier.
- L'ensemble pensa-t-il, est d'un mauvais goût incontestable, mais c'est extrêmement confortable.
- Il leva les yeux au ciel et fit de gros efforts de réflexion, avec les capacités qui avaient survécu à l'alcool.
- Mais enfin, elle savait bien ce qu'elle faisait, elle, alors pourquoi pas? Il était décidé. L'était-il? Oui il était décidé, pourquoi pas? Oui il était décidé.
- L'eau de Yabba n'est bonne que pour cuisiner, dit l'homme.
- On a tous eu nos petits épisodes avec Janette.
- ...mais c'est tout à fait possible de vivre à Yabba sans argent, à condition de se conformer.
- Si c'était un homme, elle aurait été arrêtée pour viol il y a deux ans.
- On ne laisse jamais un gars fauché payer la bière à Yabba, mon pote, dit-il.
- Faut soigner le mal par le mal, mon pote. Allez, viens.
- Yolanda (la ville, note personnelle) apparut, comme il se doit tel un saupoudrage de lumière sur la plaine.
Éditions : Autrement.
Titre original: Wake in fright (Australie)

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21 avril 2008

OGAWA Yôko / Hôtel Iris

Hôtel Iris
Yôko OGAWA.
Note : 3.
Jeune et ingénue?
Je ne connais pas beaucoup la littérature japonaise et pas du tout cette auteure qui semble être très appréciée, tant dans son pays qu'en Europe. Écrivain très précoce, née en 1966, son premier roman est édité en 1988.
Nous sommes dans une petite station balnéaire dont la vie est rythmée par les saisons. Mari aide sa mère à gérer leur hôtel, modeste mais calme et bien tenu. Un soir alors qu'elle est à la réception une femme et un homme troublent la quiétude du lieu. La dispute est le fait d'une prostituée et de son client. Mari est subjuguée par la voix de cet homme, alors lorsque quelques jours plus tard, elle le croise par hasard, elle le suit. Mais l'homme remarque vite son manège et la reconnaît. Il lui écrit à l'hôtel et lui donne un rendez-vous, auquel elle se rend. Il sera suivi de nombreux autres. D'abord au bord de mer, puis dans un restaurant luxueux. Mais là cela se passe mal, ils doivent quitter les lieux.
Mari petit à petit s'invente des visites à une vieille dame pour justifier ses retards.Mais Mari perd son innocence et leurs jeux deviennent de plus en plus érotiques. L'homme traduit un livre russe qui parle des amours de Marie avec son professeur d'équitation, les histoires de l'une décalquent-elles sur le comportement de l'autre?Un jour la servante de l'hôtel lui subtilise une lettre et devine le secret de Mari, mais celle-ci a un moyen de pression sur la domestique qui devient sa complice.Elle fait la connaissance du neveu du traducteur, jeune homme muet. Quelles sont réellement ses relations avec son oncle?Un matin des tonnes de poissons morts s'échouent sur la plage! Est-ce un signe du destin, une punition divine, les rumeurs vont bon train! La très grosse chaleur, les touristes partent, la mère de Mari voit la saison se finir.Le neveu aussi doit partir, la vie redeviendra comme avant?
Mari est la narratrice de sa propre histoire, si elle semble naïve au début du livre, elle prend conscience de son pouvoir sur certaines personnes tout en abandonnant toute fierté avec d'autres.Sa mère, femme de caractère, veuve de bonne heure, son mari ivre ayant été tué dans une bagarre de rue. Personnage redoutable, elle mène sa maison d'une main de fer. Mais si elle semble atteinte de cécité pour certaines choses, elle est très parcimonieuse pour d'autres.Le traducteur, homme mystérieux vivant sur une île, des bruits étranges et invérifiables courent sur son compte, il aurait tué son épouse, etc. Toujours très élégant, il semble de pas manquer de moyens financiers. Homme prévenant hors de chez lui, il devient tyrannique dans son bureau, usant de son pouvoir pour imposer sa volonté pour des jeux érotiques humiliants et dangereux dont certains rappellent  le film «L'empire des sens ».
Très belle écriture, fluide et précise, j'ai beaucoup aimé le sens du détail et les descriptions de la vie de tous les jours de cet hôtel et des relations entre la mère et sa fille. Puis l'ambiguïté des liens qui unissent Mari et le traducteur.
Un livre qui commence très bien mais qui s'enlise au fur et à mesure du récit, une histoire qui semble prévisible, l'éditeur parle d'écrivain « virtuose du malaise », cela ne m'a pas touché tant que cela, à part certaines scènes de sadismes pour tenter d'épicer un roman qui se laisse lire, mais sans plus.
Extraits:
- C'est uniquement un souhait formulé par un vieillard. Que cela ne t'inquiète pas.
- Et Marie tombe amoureuse. De son professeur d'équitation. C'est l'amour le plus intense et le plus prodigieux qui soit au monde.
- Elle fut la seule qui a vraiment aimé l'hôtel.
- Je ne sais pas très bien si ce qu'a fait le traducteur à mon corps est normal ou non.
- J'avais compris qu'il m'avait tout enlevé, et que je n'étais plus qu'un bloc de chair impuissant.
- J'étais un poulet accroché dans la chambre froide d'un boucher.
- Maintenant c'était différent, j'étais prête à n'importe quel odieux mensonge pour sauvegarder mes rendez-vous.
- Toutes sortes d'idées les plus effrayantes les unes que les autres germaient dans mon esprit.
- Sur le bateau je rumine mon secret et j'en savoure la joie.
- Nous nous sommes aimés toute la soirée de cette manière qui n'appartient qu'à nous.
Éditions : Actes Sud
Titre original : Hoteru Aisiru.

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18 avril 2008

BIHEU Jacqueline / 115 rue Boissy-d'Anglas

Rue_Boissy_d_Anglas

115, rue Boissy-d'Anglas.
Jacqueline BIHEU.
Note : 4
Paris s'éveille....!
Ayant travaillé plusieurs années Rue du Faubourg Saint Honoré, ce titre m'a interpellé au printemps des écrivains de Guidel qui se tenait ce 6 avril. Après avoir parlé avec l'auteur, je me suis laissé tenter bien que cela ne me paraissait pas bien être dans mes préférences littéraires. Ne cherchez pas le 115 de cette rue, il n'existe pas, l'auteur l'a inventé de toute pièce (de toute suite pour un hôtel!).
Dans une chambre, une femme se réveille péniblement d'une nuit, qui aurait dû être une nuit d'amour, son amant dort. Elle a décidé que ce serait la dernière nuit. Des mois qu'elle y pense et qu'elle s'y prépare. Il est temps de partir maintenant, après il sera peut-être trop tard. Elle regarde Romain dormir, voudrait partir avant son réveil, mais elle se presse lentement, se parle dans le miroir et fait le bilan de cette liaison. Est-elle réellement prête à cette rupture? Que reste-t-il des premiers temps d'une folle passion sexuelle plusieurs années après? Un amant vieillissant que son poste de cadre supérieur dans une grande compagnie d'état contraint à de fréquents déménagements. La narration de la vie des principaux personnages se croisent, le puzzle de plusieurs existences, leurs points de rencontres et aussi leurs points de ruptures se déroulent sous nos yeux .
Romain Baratin (cela ne manque pas d'humour!) est décrit par Clémentine comme un homme lâche, blessant sans états d'âme. Profiteur et jouisseur , il n'a aucun remord, comme si tout lui était dû. Misant tout sur sa carrière et les avantages que cela lui procure, il laisse son ménage au second plan de ses aspirations. L'alcool aidant, ses pannes sexuelles se font plus rapprochées. Mais ses apitoiements sur lui-même lui donnent bonne conscience, ses promesses ne durent que le temps que durent les roses. Un être peu sympathique au demeurant, mais, qui malgré cela, collectionne les conquêtes.Clémentine, sa maîtresse, a trouvé dans un moment de solitude profonde ce qu'elle pensait être l'homme qui lui redonnerait goût à la vie et confiance en elle, et aussi une plénitude sexuelle. Mais cet homme jaloux va petit à petit lui faire perdre la mesure, la meurtrissant physiquement et l'humiliant moralement. Aura-t-elle le courage de le quitter? Elle est à la fois attendrissante et agaçante. Mais c'est ainsi!
Anne Marie, son épouse, est prévenue par une lettre anonyme, à la Réunion où il vivait de la liaison de son mari avec une journaliste mère de famille. Femme forte, mais elle se réfugiera dans le silence, jouant, elle le reconnaît à l'autruche.
Un certain air de ressemblance avec « Chambre 411 » de Simona Vinci, mais en plus prenant. Une belle écriture et des personnages de femmes surtout, très attachants. Mais que de faiblesse et d'inertie chez Clémentine, qui est capable de manifester au sein d'un syndicat, mais accepte cette liaison sans espoir. Un constat social fait aussi le charme de ce roman. La machine à broyer l'homme est en marche, les surcharges de travail, le règne du « marche ou crève ». L'auteur par ce biais rend l'histoire plus actuelle, sortant de l'éternelle histoire d'amour. EDF-GDF en prend pour son grade dans la déshumanisation du travail « Travailler plus pour que certains gagnent plus ». Car de l'amour il y en a, mais il n'est pas réciproque hélas. Une belle découverte, et auteure à suivre donc.
Un dernier mot, je trouve que la présentation générale de ce livre est très soignée et très belle.
Extraits:
- Son corps crispé se redressa comme celui d'un animal blessé.
- Sa gorge était desséchée comme un oued.
- Il lui était apparu si sincère!
- Pour tout ce qui la concernait, elle s'en était remise à Romain.
- ...un Casanova de village à la plume figée, un inspirateur de passion qui n'avait su ni aimer, ni se faire aimer.
- A vrai dire il en parlait comme un médecin légiste qui tentait de disséquer l'insondable.
- Que leur restait-il à partager?
- Qui était-elle? Que faisait-elle? Peut lui importait! Il ne voulait pas s'attacher pour la vie.
- La convoitise est tellement plus délectable que la possession!
-...union intime célébrée dans l'église de Guebwiller, dédiée à Saint Léger....
- Cette femme là pouvait-elle devenir sa maîtresse ?
- Ainsi commençait à se mentir Romain Baratin.
- Mais les amants n'en étaient pas encore là.
- Une vie exempte de soucis matériels, sa présence, eh oui tout de même...!
- Il avait bien compris, ce Bonaparte de pacotille, que l'argent était un formidable levier pour manoeuvrer les consciences!
Éditions: Liv'Éditions.

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17 avril 2008

BOURVEN Josiane / La sensitive

La_sensitive

La sensitive.
Josiane BOURVEN

Des maux et des mots.
Note :3,5

Ce livre m'a été recommandé par la responsable du club de lecture de la médiathèque de Lorient, Josiane Bourven étant inscrite à cette même médiathèque. Et en route pour découvrir une nouvelle romancière. Colette pleure son fils Alban, son « Ange », fruit d'une relation qui fut, dans le contexte de l'époque, hélas pour elle sans lendemain. Nous découvrons leur vie, leur amour des mots, leurs joutes oratoires comme une antidote à leur solitude.La vie s'écoule, puis partiellement s'écroule lorsque Colette à l'hôpital où elle travaille, fait la connaissance de Charles, un malade. Commence alors une relation ambiguë avec un être pragmatique qui étudie les rats. Colette pour des attirances purement sexuelles tombe sous son charme, au grand regret d'Alban. Après un séjour à l'hôpital, Colette nous parle de sa vie, son enfance avec ses parents dans ce que l'on appelait « Les colonies », à Madagascar dans la ville de Diego Suarez.Son père est marin d'état, sa mère couturière, enfin amateur, pour réunir les femmes européennes et surtout papoter. Mais Colette commet la seule chose qui ne soit pas encore tolérée ,elle fréquente un noir. Cela fait les gorges chaudes de la communauté française et immanquablement, cela arrive aux oreilles d'Hugo Delmare, son père. Là le vernis se craquelle, le jeune homme, Bonnavanture, sera passé à tabac et toute la famille rentrera en France. Colette est enceinte et tous leurs courriers sont bloqués.Commence alors une autre histoire à Cadix, dont les protagonistes sont Consoline, Dolorès, Don Pedro, Angelo....
Colette, mère célibataire débordée, se donne corps et âme à son fils et à son travail. Sa rencontre avec Charles va bouleverser sa vie, la vidant de toute sa joie de vivre, cette tristesse sera encore plus vive après le décès de son fils. Elle semble perdre la raison, mais s'interroge sur sa relation avec Charles. Alban, fils sans père, devient l'homme de la maison. Fils d'un malgache, il subit toutes sortes de brimades dues à son statut de métis. La relation de sa mère avec cet homme le plongera dans une solitude mal vécue.Marina, l'amie, la confidente, la presque soeur, amie d'école à Madagascar, est venue s'installer en France.Charles, l'amant éleveur de rats, scientifique et philosophe, est un être étrange. Dominateur et grand adepte de la contradiction pour la contradiction, il aime les femmes mais ne croit pas aux sentiments amoureux. Son seul but dans la vie semble être d'avoir toujours raison.
Une écriture très lyrique, un récit étrange, entre vie de tous les jours et évasions dans l'imaginaire. L'auteur nous parle de sa vie comme d'une pièce de théâtre avec ses actes et ses entractes. Un livre où l'analyse des relations humaines, familiales ou amoureuses est très fouillée.Une oeuvre déroutante avec de nombreux retours en arrière ; pas évident à suivre, ce qui complique un peu la lecture, un livre qui au moment de cette chronique me laisse perplexe. Une histoire en forme de puzzle qui par bribes se reconstitue en cours de lecture.
Extraits :
- Parti? Oui, mort? Non! Pas au sens où on l'entend habituellement.
- La vierge, un peu folle descendue de son vitrail s'engluait dans le charnel.
- Elle aime le vent breton, son opulence et le troupeau docile de ses nuages qui enflent et se repaissent de tout le ciel.
- Plus surprenant, elle se laissait glisser ailleurs sans même lever le petit doigt pour contrôler le dérapage.
- Tu te rends compte celui-là n'a eu qu'une seule qualité, celui de te larguer ses spermatozoïdes batifolants.
- Il savoure la femme et non pas une femme en particulier.
- Et puis dans cette histoire, on avait complètement oublié l'humour. Interdiction formelle de rire.
- Ainsi les lettres de Colette flambaient dans le creux d'un vieux tonneau déjà plein d'archives calcinées.
- Où avait-elle failli? Il lui fallait recenser ses actes comme une fautive ignorant sa faute.
- « Ah, les goujats! Ils m'ont façonné une autre réalité comme si la mienne n'était pas assez lourde.
- Il m'a tout simplement sauvé des influences vertueuses de la religion.
Éditions : Éditions du Petit Véhicule.

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14 avril 2008

KERGRIST Jean / La cordillère des jambes

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La Cordillère des jambes
Jean KERGRIST

Note : 4,5
Fantasia en Bretagne Intérieure.
Premier roman que je lis de ce touche-à-tout de génie (rougis pas Jean). Comme rien n'est simple, c'est le premier que je lise, mais c'est le dernier édité. Le mythe de Marion du Faouët, revu, corrigé, transposé, démystifié, dépoussiéré, réactualisé, kergristé en un mot comme en cent.
L'action commence dans le bar d'un petit village de la Bretagne Intérieure. Valérie, la serveuse, qui je vous l'accorde, est accorte et canon (de blanc ou de rouge, chacun ses goûts). Donc Valérie qui ferait damner un saint, alors qu'elle en a deux, et même un pas encore Saint comme le Père Maunoir qui sévit dans la région à une époque lointaine. Mais ne nous perdons pas dans le décolleté de la demoiselle qui sert à boire à un dénommé André Le Gall. Celui-ci qui est dans le civil employé du CIA de Plounévezel, est là incognito pour un mystérieux rendez-vous.
Le temps passe, il est le seul client et craint pour sa vertu, quand le téléphone sonne, c'est pour lui. A l'autre bout du fil (et du canal de Suez), c'est l'homme qu'il attendait, l'émir de Langoélan, pseudonyme du Cheik Al Fayed Kamal Koutchma, souverain de l'île de Béni Tanb. Laquelle île est comme personne ne l'ignore un point stratégique sur la route du pétrole! Et cet homme puissant, pour donner du sang neuf aux habitants de son île, cherche une mère porteuse bretonne pour lui donner un fils.
Commence alors la quête , non pas du saint Grall, mais de la divine matrice pour que le prince du pétrole puisse y procréer. Et cette quête ne sera pas sans aventures ni rencontres étonnantes, un rave party dans la campagne, un commerçant ambulant et bossu, un moine tibétain, j'en passe et des meilleurs. Le banc et l'arrière banc des barbouzes de tous poils, des autonomistes bretons, une promenade en brancard , un enterrement et une Mercedes qui explose, un périple plein de péripéties!
André Le Gall, lui le discret aime le vin, beaucoup le vin. Il caresse un rêve (pas que cela d'ailleurs), de faire le tour de tous les vignobles de France, et de Navarre aussi, s'il y en a! Délégué par le patron du CIA auprès de l'Emir celui ci lui promet un flot de liquide qui lui permettra de mettre le tonneau en perce dans toutes les caves de l'Hexagone.L'Emir (nommons le ainsi pour simplifier) lui rêve d'une femme, il est prêt à tout mais dans la discrétion (pour cela rien n'est moins sûr). Et mirage, non pas une oasis, mais une photo dans un bistrot, non pas une femme mais « LA FEMME ». François, paysan du coin qui porte toute la misère bretonne sur ses épaules, les crédits, ses sept enfants, une épouse qui ressemble à un adjudant chef! Alors, il rêve ( à un moment il "ravera" même) du Mexique, de sa voisine Céleste (un don du ciel), de quitter cette terre humide, bref de changer de vie!
Ramadou Blaye est l'auteur de la photo, dont le modèle fait perdre la tête à l'Emir. L'exposition se nomme  «Paris la garce»  mais la photo a été prise à Locronan. Et Manon le modèle est bretonne. Ramadou lui rêvait d'indépendance artistique, il l'aura du moins financièrement.
Un roman qui commence comme une farce qui tourne au réquisitoire. Le début amuse, les démêlés de nos héros se suivent et ne se ressemblent pas. Mais la plume de Kergrist se fait plus incisive, il constate et dénonce ce monde agricole victime de la mondialisation, mais il dénonce que certains ont fait fortune, laissant les moins chanceux aux bords des chemins creux, ces chemins rasés pour la productivité. Il constate que les élus sont ou désarmés ou dépassés ou aveugles en vue des prochaines élections. Au passage il égratigne la religion, toutes les religions, « Opium du peuple » parait-il!l Hélas ici les rêves, comme partout, ont une fin.
Extraits:
- La serveuse éclata d'un gloussement de pintade. Arrivée de la commande sur la gare de triage de son petit cervelet.
- Valérie....comme d'Estaing?
Connais pas c't' énergumène!
-
L'épectase assurée!Le syndrome cardinal Danielou en plein milieu des ajoncs de Kerguzul.
- Ils n'ont pas encore réceptionné la commande de neurones permettant de regarder plus loin.
- Même un peu pété on reste agent CIA, crénom !
- J'étais au bar à vin comme convenu, mais un peu en dessous de la ligne de flottaison.
- De quoi faire frémir toutes les mann-gozh de Guémené à Pouldreuzic. (Hauts lieux de la tradition culinaire bretonne, note personnelle).
- Ces barbelés sont la signature des barbares. D'ignares. De brutes épaisses. De talibans bretons. De connards de première.
- Une nana vachement belle. Bien équipée du bustier.
- Les généreuses de poitrine le sont aussi dans la vie.
- Ils sont plus vulgaires que leurs cochons.
- Les enfants deviennent tous aussi cons que leurs pères.
- Les poulets sont dix fois plus dopés que nous. Ils crèvent aux moindres bruits.
- La flotte c'est notre trésor. Comme qui dirait le sperme de la terre. Sans elle, tout devient stérile.
- En Bretagne Intérieure, on est des Occidentaux à mentalité orientale.
Éditions Coop Breizh.
Couverture : Détail de « La Dame en rouge » de J.R. Ghéroldi.

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11 avril 2008

GOUIRAN Maurice / Train Bleu, train noir

Train bleu, train noir.
Maurice GOUIRAN

Note : 4
Les pépés flingueurs
Un livre lu dans le cadre du prix du livre « Cezam » et un nouvel auteur. C'est le moment des découvertes (pourquoi pas l'année, aussi d'ailleurs).
Deux trains, un en 1943, l'autre en 1993, une même destination : l'Allemagne. L'un est noir comme le désespoir de ces milliers de personnes partant vers une destination inconnue, mais qui sera tragique pour la plupart. L'autre est bleu comme l'espoir de Marseille de devenir le premier club français à être sacré champion d'Europe de football.
Dans cette horde de supporters, trois hommes ne sont en aucun cas du voyage pour le football, le foot ils s'en foutent. Ils se souviennent un demi-siècle plus tôt, les rafles sur Marseille, la participation des forces de l'ordre française et la déportation de dizaines de milliers de personnes. Tous les trois sont partis, mais sont parmi les rares qui en soient revenus. Ils revoient le vieux Marseille dynamité et rasé sous le prétexte que c'était un nid de bandits et de résistants. La vérité semble être toute autre, la police française sans le savoir a été complice d'une vaste opération immobilière, chassant les habitants de leurs maisons. Mais nos trois voyageurs ont un autre but que celui du football en effectuant ce voyage, une autre cible en fait. A la suite d'une émission télévisée, l'un d'eux à reconnu un militaire allemand, responsable de la mort de membres de leurs familles.
Puisque nous allons voyager avec eux, dans le même compartiment, faisons les présentations.
Trois français moyens, Marseillais jusqu'au bout des ongles ; ils étaient jeunes en cette année 1943.
Robert (Bert) a fait le voyage de 1943, il était déjà adulte et père de famille, prenant Miche qui est asthmatique sur ses épaules, il lui a permis de mieux respirer et lui a sans doute sauvé la vie. Son épouse et sa fille ont disparu et il ne s'est jamais remarié, beau garçon il a multiplié les conquêtes féminines. Docker, il a toujours vécu seul, mais l'âge et le pastis le rattrapent.
Michel (Miche) a sauté du train, espérant que sa mère saute également, mais elle ne l'a pas fait. Un autre jeune homme avait sauté avec lui, L'Esquinade. Ils regagneront Marseille, Miche avait onze ans, L'Esquinade quinze!
Ses cheveux ont valu à Miche le sobriquet de « Le Blond ». Casanier et timide, il se contente d'un emploi subalterne dans l'administration, il n'a ni regret, ni désir. Il est marié comme il le dit lui-même « C'est un peu terne sans problème, mais sans passion ».Georges (Jo) caché dans une armoire a vu ses parents arrêtés, il avait treize ans. Il sera arrêté quelques heures plus tard. Ayant récupéré une partie de l'argent familial, il soudoie un responsable qui met un autre nom a sa place, lui sauvant la vie. Il est maintenant riche et marié. Propriétaire d'une bijouterie, il n'a aucun problème financier.L'Esquinade lui refuse de participer à ce voyage, certes lui aussi a vu des membres de sa famille mourir, mais il ne veut plus se souvenir, ou feint de se désintéresser de la question.
Mais l'Histoire avec un H majuscule, celle qui ravive les souvenirs les contraint à quitter leur vie de tous les jours. Mais voilà les choses hier et aujourd'hui ne se déroulèrent pas exactement comme on le croyait hier, ni comme on le pensait aujourd'hui.
Trois narrateurs dans deux époques différentes, plus des articles de journaux et des rapports de la préfecture de police. Tous ces éléments obligent, et c'est tant mieux, à une lecture attentive. L'auteur n'est pas tendre avec le football et ses supporters, ni également avec les dérives monétaires qui ternissent ce sport.
Une intrigue originale pour un bon roman policier avec une fin pleine de rebondissements. Un auteur à suivre.
Extraits:
- Les trains sont seulement ce que les hommes en font.
- Le foot serait-il devenu l'opium de peuple?
- Thimothée était une gueule cassée et si la guerre lui ressemblait, ce devait être une vraie saleté la guerre.
- Marseille n'était plus qu'une gigantesque souricière.
- Oui, les vieux quartiers vont sauter.
- C'était chacun pour soi, vous comprenez.
- Les gens qui ont trop souffert ont du mal à décrire leurs détresses.
- Tous ces mecs zélés qui avaient fait simplement leurs boulot avaient fini par causer la mort de millions d'innocents.
- Il est reparti d'un pas lourd avec ses listes sous le bras.
On aurait dit qu'il avait cent ans.
- Tout s'est passé selon le plan établi.
Éditions : Jigal

L'avis de Joëlle, ici

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07 avril 2008

BRUEN Ken / Le dramaturge.

Le dramaturge.
Ken BRUEN

Saint Jack de Galway!
Note : 5

Un nouvelles aventure de Jack Taylor, dans sa bonne (?) ville de Galway. Il a changé, depuis six mois, il ne boit plus, ne se drogue plus et fume avec parcimonie (cinq cigarettes par jour). Le problème est qu'autour de lui, cela ne change pas, ou plutôt si, mais cela devient pire.
Pour être complètement honnête, ce régime drastique est dû en grande partie à l'arrestation de son pourvoyeur de drogue. Sinon, nous retrouvons le monde de Jack; Jeff, propriétaire de bar et Cathy, sa compagne. Jack est le parrain de leur fille trisomique. Il habite toujours l'hôtel Bailey dont la patronne a quatre vingt ans. Il s'est également presque réconcilié avec sa mère et va à l'église. Un Mathieu Talbot* des temps modernes! Mais en Irlande le calme précède la tempête, Cathy impose à Jack une visite à son dealer Steward à la prison de Mountjoy à Dublin . Après un voyage en train qui ressemble fort à une expédition au Far-West, avec en prime des retrouvailles avec Nic An Iomaire, une représentante de la police irlandaise, lesbienne, Jack a des relations plus ou moins tendues avec elle! A la prison, Steward lui demande d'enquêter sur la mort de sa soeur, retrouvée sans vie en bas d'un escalier avec sous elle un exemplaire du « Baladin du monde occidental » de J.M.Synge! Auteur qu'elle détestait particulièrement! Contre un bon paquet d'espèces, Jack accepte du bout des lèvres, et commence à son retour dans sa ville natale une enquête de pure forme. Mais autour de notre valeureux héros, rien ne reste pur, et sa forme est éphémère. Il retrouve Ann Henderson, dont il fut très amoureux, mais à l'époque il préféra l'alcool. Celle-ci a épousé un policier qui la frappe. Puis sur sa lancée, il règle le profil de Jack en lui cassant le nez et dérègle sa démarche en lui massacrant la jambe. Et comme , obéissant à un veux dicton qui veut qu'un malheur n'arrive jamais seul, une autre jeune fille est découverte morte avec elle aussi un exemplaire d'un ouvrage de Synge sur elle.Avec une inscription en grosses lettres « Le dramaturge ».Un présumé violeur est retrouvé puni par où il aurait pêché, la violence reprend ses droits, une mystérieuse milice tente de rétablir l'ordre. Le mari d'Ann est assassiné. Une lettre annonce à Jack qu'une messe sera donnée à son intention, elle est signée J.M.Synge. Et malgré lui, Jack retrouve l'enfer!
Bruen remet en scène ses personnages anciens, Ann et le tueur de cygne, se remémore ses erreurs passées et leurs tragiques conséquences. Je parlais avec une future lectrice de Bruen de la nécessité de lire son oeuvre (du moins pour la série Jack Taylor) dans l'ordre ; pour ce livre, c'est fortement conseillé, et puis il n'y en a que trois avant!
Je ressens comme un regret chez l'auteur en contemplant sa ville natale, qui semble avoir perdu sa dimension humaine, une ville grandie trop vite, avec sa cohorte de violence urbaine, la drogue devenue omniprésente. Il parle aussi de la langue gaélique de sa beauté, mais hélas de son déclin. Une oeuvre pleine de nostalgie.
Encore une fois, comme antidote à cette folie, Bruen nous parle de ses auteurs favoris, en particulier (clin d'oeil à une amie) Matt Scudder de Lawrence Block. Mais d'autres figurent également au gré des pages, Jean Rhys, Louis McNeice, le poète irlandais, Alice Seboll, James Lee Burke, David Means et aussi le poète gaélique de Galway PadraicO'Conaire. Les mêmes qualités que les autres romans de cette série, écriture rapide, personnages hors normes un Jack Taylor près de la rédemption, mais le sort en a décidé autrement.
Extraits:
- La mortelle trilogie, alcool, coke et nicotine : que d'années j'avais gâchées à cause d'elle.
- Le soulèvement de 1916 représentait à peu près autant, pour eux, que la Fédération des sports gaéliques. Autrement , dit rien.
- Je n'avais pas su détecté la profondeur de son désespoir. Quelques jours plus tard, il avait pris une robuste chaise en bois, une corde et s'était pendu.
- Visible de n'importe quel point de la ville, elle dit tout ce qu'il y a à dire sur le « renouveau urbain ».
- Saint Padre Pio. Il a été canonisé pendant la coupe du monde...le jour où l'Espagne nous a battus aux tirs aux buts.
- La famine constitue la blessure dans laquelle notre psychisme commun a trouvé un moule.
- Ainsi donc Dieu avait bel et bien le sens de l'humour, même s'il était en décalage.
- Que peut-on offrir à une « ban garda**» lesbienne qui vous déteste cordialement?
- Assis près d'une vitre, je tentai de déterminer ce qu'il y avait de différent. La langue. Tout le monde parlait irlandais.
- On peut dire ce que l'on veut des irlandais, mais il ne faut pas le leur dire en face.
- Je pensais à Sinéad O'Connor dénonçant Shane McGowan aux flics.
- A mhic! L'expression irlandaise qui correspond à « fils ». Quand j'étais jeune, on l'entendait partout.
Éditions : Série Noire / Gallimard.
Titre original : The Dramatist.
* Ouvrier né en 1856, alcoolique notoire il fit voeu de tempérance et devint partisan d'un régime de pénitence très sévère. Mort en 1925 un mouvement pour sa canonisation a commencé en Irlande en 1931. Il servit de modèle pour Thomas Kilroy pour sa pièce de théâtre « La vraie vie de Mathieu Talbot ». Traduction de Denis Rigal, aux éditions de la Folle Avoine ».
** Féminin de « garda » policier ; mot à mot femme policier.

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02 avril 2008

GUILLOU Anne/ La lanterne bleue

monts_d'Arrée

La lanterne bleue.
Anne GUILLOU

Note : 4,5
Bleu espoir ou bleu nuit?
Second recueil de nouvelles de cette auteur que je lis, et je ne m'en lasse pas.
Huit récits pour le meilleur et pour le pire, mais pour la littérature, c'est le meilleur!
"La lanterne bleue" n'est pas, comme on pourrait le supposer, une maison de tolérance, mais un bar ordinaire. Pourtant un homme va y perdre son goût pour la vie, enfin la vie qu'il mène ou plutôt qu'il menait. Une très belle histoire d'amour à la fin tragique. Le tout dans un Paris subi, puis accepté par une majorité des bretons exilés.
Les gros lots* sont souvent à l'honneur chez les écrivains bretons, ici l'auteur nous donne sa version dans "Le loto, c'est facile, c'est pas cher, et..." Mais celui-là sera un vrai gros lot.
Il ne faut pas avoir un coeur de pierre dans la vie. Pour vous en convaincre, lisez "Géo-morphologie d'un sentiment". "Les talus ont disparu", le nom poétique de cette opération est "le remembrement" je pense que "démembrement" aurait été plus adapté pour les campagnes bretonnes.Une femme se réveille en plein cauchemar la nuit de Noël, son mari un peu abruti de bonne chair et d'alcool dort à ses côtés. Elle revoit sa vie, le rêve d'aller vivre en ville, mais elle se marie avec un habitant du bourg. La promiscuité et les problèmes avec sa belle-famille, le beau-père qui veut tout régenter, la belle-mère qui n'accepte pas qu'on lui vole son fils. Les années de galère, le travail pour payer les dettes, les enfants, deux, et les problèmes avec Didier l'aîné. Son adolescence difficile, son agressivité et l'alcool en guise de rébellion. Mais pour ce fils, il y a la rencontre avec Françoise, est-ce enfin le bonheur?
"Le baiser du camionneur" a-t-il changé la vie de deux jeunes filles, celle qui l'a reçu et celle qui est passée à côté? Des dizaines d'années plus tard, une des deux jeunes filles se la pose encore.
Les monts d'Arrée servent de décor à la nouvelle "Tendresse de pierres", Angeline suit l'Ankou et les enterrements, les distractions sont rares et la parenté si étendue, et pour une vieille femme, c'est une façon comme une autre d'attendre sa propre mort. "Une femme infidèle" clôt ce recueil, mais je ne vous parlerai pas de lit-clos, ni de secrets d'alcôve !
Des personnages attachants, entiers ou meurtris (souvent), dépassés ou passifs, des gens ordinaires avec qui on passe quelques minutes sans leur être d'aucun secours.Un jeune prêtre qui retrouve une amie d'enfance ; un homme, une femme, un loto dans un petit village, et une belle histoire d'amour, c'est simple mais cela se gagne. Une élève et son professeur, ce n'est pas le coup de foudre, mais le proverbe dit "Patience et longueur de temps font mieux que force ni que rage". En prime une comparaison entre les baisers et les roches, quelques lignes pleines de finesse et d'humour.
-
Il y a le grès, baiser poli du couple fidèle et résigné. Le schiste, baiser prolétaire et rude des paysans ivres les soirs de pardon qui entreprennent leurs épouses étonnées.
Une famille de paysans en pleine période de changements de la société dans la Bretagne profonde, avec Jacqueline volontaire et têtue, travaillant à la ferme et que la vie n'épargne pas!
Une religieuse d'origine bretonne qui rêvait d'Afrique où elle est née et où elle a vécu, rencontre la misère, mais en centre Bretagne. Un personnage magnifique que cette "Soeur Morue".
De courts récits superbement écrits, de lectures faciles qui sont de grands moments d'émotion.
Extraits:
- Ils pleurent leurs enfances, leurs jeux naïfs, leur exil forcé puis consenti.
- Son coeur aussi commençait à prendre du ventre.
- Le coeur d'Edith se brouille de brume, de douceur et de nuit.
- Dans ce pays, les hommes n'aiment pas ces introspections.
- D'ailleurs Jacqueline a mesuré l'impuissance de l'église à aider quiconque dans sa lutte quotidienne.
- Leurs poitrines enflammées dévoraient le filet de vie qui leur restait. Elles s'en iraient toutes les deux emportées sur le même radeau de la misère et du dénuement.
- Un baiser de tendresse fougueuse, parfumé au pâté de campagne mêlé aux senteurs de vin et de café.
- On ne meurt pas à trente-huit ans. Si elle a rencontré la mort, c'est peut-être que quelqu'un a arrangé le rendez-vous!
- Moi je suis ingénieur, j'écris utile, je n'ai pas le temps pour les fioritures....D'ailleurs, c'est pas avec des poèmes que je ferais la digue du port.
Éditions :
Coop-Breizh.
Autre chronique de cet auteur :
Le désespoir tranquille des hommes.

*Le Gros lot dans le recueil du même nom de Jean Failler.
1,2,3 nous irons au bois de Nicolas Le Coq dans "Billets Brûlés".

Photo "Les monts d'Arrée" par Laounenaning.

Posté par eireann yvon à 12:21 - Littérature bretonne - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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