Le garçon dans la lune.
Kate O'RIORDAN
Note : 4
S
ecrets enfouis.
Troisième roman de cette irlandaise vivant à Londres. C'est également le troisième que je lis après « Intimes convictions » que j'avais bien aimé et « Une mystérieuse fiancée » qui lui ne m'a pas réellement marqué!
Sammy, 7 ans, regarde la lune. Il voit à l'intérieur un enfant qui pleure ; sa mère Julia tente de le rassurer. Demain ils quittent l'Angleterre pour l'Irlande voir le père de Brian. C'est Noël. La dernière soirée est le reflet d'une vie de couple qui s'étiole, avec une pitoyable tentative de rapports sexuels qui tourne au fiasco :
- Il se dit : Je pourrais divorcer pour moins que cela.
- Elle pensa : En plus, il faut changer les draps.
Julia regarde derrière elle, ce sont les vacances, la réunion de famille, les soeurs de Brian qui pour la première fois depuis quinze ans reviendront d'Australie. Elle jette un oeil à son mari qui parfois lui donne une impression de décontraction et de vide, comme si par moment il quittait son corps. Elle attribue ce fait à la mort de son frère jumeau ,Noël, tombé d'une falaise. Elle s'interroge sur leur mariage, sur leurs futures vacances.
Dans une station service ils perdent Sam, après des moments de grande panique, il le retrouve sain et sauf, mais pour Julia, c'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase.Mais au cours d'un accident, Sam meurt. Après quelques mois passés chez ses parents, elle décide d'aller en Irlande et s 'intalle chez Jeremiah, son beau-père. Désormais le roman va devenir une sorte de quête de Julia dans l'histoire de sa belle famille, si différente de la sienne. Elle découvre le carnet intime de sa belle mère décédée, puis grâce à une voisine elle en apprend un peu plus, et ce n'est pas toujours très glorieux dans cette région d'Irlande où la possession de terres semble être le seul critère de bonheur et de richesse, avec son cortège de haine et de jalousie.
Beaucoup de retours en arrière dans ce roman, car l'auteur par l'intermédiaire de Brian revient sur sa vie, l'école et son lot de brimades, le monde campagnard qui fut le sien, l'abattage des moutons, ses frères et soeurs, Edward, en particulier qu'il essayait de protéger à l'école. Il se rappelle la mort de sa mère, ce père tyrannique qui cognait volontiers ses enfants. La vie dans une Irlande catholique et étriquée, la messe du dimanche comme seule distraction.
Julia est une petite bourgeoise qui s'interroge sur elle-même et sur son couple, est-elle devenue au fil du temps amoureuse de son mari, malgré tous les défauts qu'elle constate chez lui? Mais ces questions après la mort de Sam n'ont plus cours. Mais que va-t-elle chercher en Irlande chez ce beau-père qu'elle n'apprécie pas et dans un labeur éreintant?
Brian semble être resté un enfant rêveur et immature, il est en grande partie responsable de la mort de son fils. Doit-on chercher dans son enfance, dans les violences subies, dans la mort omniprésente, la raison de ce vide qui semble le caractériser? Est-ce la mort de son frère jumeau, Noël, décédé en tombant d'une falaise?Edward, le frère célibataire atteint d'un léger bégaiement, vient parfois voir Julia à la ferme. Etre faible, il semble malgré tout savoir beaucoup de choses. En particulier sur le jour de la mort de Noël, et ce qui s'est passé tout de suite après, mais tous n'étaient que des enfants.
Le père de Brian, Jeremiah, est l'archétype du père veuf avec de nombreux enfants, que l'on retrouve chez de nombreux auteurs irlandais, John McGahern en particulier . Brutal et dur envers lui-même et les autres. Ses méthodes sont rudes sans pitié, sa rancoeur semble venir de très loin dans son passé, il est presque ruiné et ne possède presque plus de terres. Que s'est-il passé pour lui, il y a longtemps?
Une belle écriture, mais une structure narrative pas des plus simples, quand les vies de Julia en Irlande et de Brian en Angleterre sont racontées de manière simultanée avec une inversion des rôles. Humour un peu cruel, certaines portraits des personnages ne sont pas très avantageux. Par contre la nature est très bien décrite sans peser sur le roman. Les sentiments pourtant confus des personnages principaux sont bien analysés, un bon roman et une histoire de qualité.
Extraits:
- Il lui vient à l'esprit que la caractéristique des Irlandais consistait à mesurer la vie en Noël, Pâques et tranches d'août.
- Les mains baladeuses de la nuit qui n'osaient pas caresser de jour.
- Il se dit : Je me demande pourquoi je ne vais pas baiser un mouton mort à l'abattoir du coin.
- Nous reprendrons le Nord, monsieur.
Encore ! hurla Cotter.
Nous reprendrons le Nord, monsieur.
- Elle cherchait Sam, naturellement, dans les étoiles, le lait, la langue.
- Peut-être qu'il comprenait, à sa manière taciturne.
- Il confirmait la conclusion, la conclusion à laquelle elle était parvenue-elle pouvait rester. Elle avait été mise au travail.
-...il ne savait pas ce qu'avait vu Jeremiah- peut-être assez pour comprendre qu'ils ne jouaient pas au football gaélique.
- Il pensa à Noël et à son vertige.
- Est-ce que tu sais pourquoi Edward a l'air de tellement détester son père?
- Brian lui avait dit un jour que ses parents s'appelaient »monsieur » et « madame ». Quelle froideur!
- Parfois, je me dis qu'il voulait savoir avec certitude lequel était le plus fort-pour savoir qui aurait la terre.
- Car l'amour le plus fou est l'amour d'un enfant pour un parent abusif.
Éditions : Joëlle Losfeld.
Titre original : The Boy in the Moon.
L'avis de Cuné ici et de Goelen.