31 janvier 2008
PRILLEUX Frederic/ 5

5
Frederic PRILLEUX (Coordinateur)
Note : 4
Sens giratoire.
Désolé pour le manque d'ordre, mais voilà la cuvée 2001 de ces recueils de nouvelles qui jusqu'à présent ont fait mon bonheur. Comme il y a cinq sens et dix auteurs, vous aurez tous les sens en double (et non pas à double sens). Revue d'effectif dans tous les sens du terme, pour les professionnels Francis Mizio, Jean-Hugues Oppel, Jean-Bernard Pouy, Sylvie Rouch et Marc Villard.
Pour les amateurs Jean-Luc Arnold, André Dewrière, Sébastien Févry, Léo Lamarch et Patrick Pommier.
Pour l'ouïe, premier des sens flattés, parlons évidement oreille, pas celle d'un musicien, cela tomberait sous le sens, mais de celle d'un peintre. Van Gogh Vincent de son prénom, au cours de sa tentative de suicide en se tranchant l'oreille, on sait que le plus gros morceau est resté avec lui, mais le morceau tranché où est-il passé?
"Des goûts et des douleurs" avec un peu de bon sens, on devine que cela sera épicé, à base de Gaspacho. Une fille et deux gars sont amis d'enfance, elle Luna, se prétendant écrivain les quittera, le trio est brisé, leur vie n'aura plus jamais le même sens.
Dans "Le contrat", nous rencontrons un tueur à gages qui a gardé un sens de l'honneur, tout à son honneur. Il doit tuer un homme de couleur dans un défilé de rolleurs à Paris. Quel jeu politique se cache derrière ce contrat?
"In vino veritas" nous transporte dans le monde du vin, un oenologue a perdu le goût depuis plusieurs années. Ses connaissances techniques, son sens de la répartie, son refus de participer à des dégustations "à l'aveugle" donnent encore le change. Mais pour combien de temps?
"Sens l'oseille et tire-toi" ou la pitoyable histoire de trois Pieds Nickelés et d'un hold-hup! Méthode moderne qu'ils disent nos bandits de grands moyens, un bazooka pour stopper un épicier en mobylette! Ensuite il faut diviser le butin en trois parts égales et vu la date, ce sont les premières euros que nos trois puits de science voient. Autres problèmes, l'argent n'a pas d'odeur dit le bon sens populaire, mais là.......
Un très bon moment d'écriture très décalé, à lire et relire.
"Nos jaguars ne volent pas la nuit", tiens ils volaient le jour? Eh oui, en Irak pendant la première guerre du Golfe, le sens de la guerre, c'est l'essence! Nous sommes avec le soldat Rillans de sa Très Gracieuse Majesté. La routine et l'ennui, cela donne un texte très intelligent sur les absurdités de la guerre.
Dans une seule et unique nouvelle, trouver Oliver Hardy, Iggy Pop, Marina Vlady, Pauline Carton et Marcel Loncle, c'est insensé! C'est pourtant ce qui arrive dans
"Phalanstère".
Un fonctionnaire peu scrupuleux, pour de l'argent perdra son sens du devoir, mais la vie se vengera. Froide et Douce sont deux entités qui rythment la vie d'un bébé.
Un gardien de décharge municipale ne devrait plus avoir le sens de l'odorat très développé, vu les odeurs qui l'entourent dans sa vie quotidienne. Pourtant une odeur de pomme verte lui mettra les sens en émoi et lui fera perdre tout bon sens.
Un flic combattant le petit banditisme, un homme en cavale avec une très jeune femme et un ours en peluche, chez tous ces personnages sont des perdants en puissance dépourvus du moindre sens pratique.
Je me répète, mais il ne faut pas chercher une quelconque unité dans ce genre d'ouvrage.
A signaler la présence de Patrick Pommier, auteur d'une nouvelle qui a eu un certain succès "Mort à Denise", et à noter aussi que le nom des auteurs n'est pas avec le titre de la nouvelle, humour! Humour également et narration des difficultés du jury, un préambule plein de bon sens de Frédéric Prilleux.
Je vais être désagréable, mais j'ai trouvé ce recueil un peu moins bon que les autres mais c'était le premier.
Extraits :
- C'est toujours comme ça. Rimbaud tirant à coup de revolver sur Verlaine, Mick Jagger se bouchant les yeux quand Brian Jones tombe, bourré, dans la piscine, Seguin faisant passer Tiberi pour une chèvre...
- L'univers est frustration.
- Ce qui m'a mis KO c'est d'apprendre sa mort à froid. Sans préavis.
- Et leurs manières de m'expliquer les choses, comme si j'étais un môme attardé.
- Effectivement, les vingt mille euros divisés en trois, cela faisait bien six mille six cent soixante six euros virgule six-six-six-six-si-six-sept.
- On n'était qu'en janvier. C'était notre premier braquage en euros à tous, en fait.
- Lise n'est pas un animal de raison, elle fonctionne à l'instinct.
- Cela manque de classe, une cavale avec un jouet d'enfant.
- "Si la petite vole, la grande vadrouille" n'a pas manqué de souligner le sergent.
Éditions : Baleine.
Autres chroniques de cette série :
30 janvier 2008
VINCI Simona / Chambre 411

Chambre 411
Simona VINCI
Note : 3
La vérité toute nue!
Romancière italienne née à Milan en 1970. Il me semble avoir lu d'elle "Où sont les enfants" qui ne m'avait pas laissé un très bon souvenir. Donc je fais une seconde tentative, avec ce court roman à la belle, mais suggestive couverture.
Quel mal peut faire la lecture d'une lettre? C'est la question que pose une femme qui écrit à un amant qu'elle a quitté. Ils venaient de passer deux jours et deux nuits dans une chambre d'hôtel romaine. Ils pensaient en fermant la porte de cette chambre que les beaux jours étaient devant eux?
Il y a plusieurs mois qu'ils correspondent, ils se sont déjà vus chez elle, dans la maison qu'elle avait habité avec un autre homme.
Ils se sont également vus chez lui et chez sa mère à lui, femme très dure.
N'habitant pas la même ville, leurs rencontres ont un caractère furtif, presque clandestin.
Elle se raconte, sa jeunesse, la transformation de son corps, avec cette phrase,
- "Mes seins sont ce que mon corps a de plus laid".
Son travail où elle voyage beaucoup, sa vie de chambre d'hôtel en chambre d'hôtel
son passé amoureux, son chagrin à l'âge de seize ans et sa décision de se servir des hommes, sa profonde blessure jamais réellement refermée.
Elle paraissant être une maîtresse femme, sa vie est une suite d'hommes et de chambres d'hôtel. Mais pour sa quête de l'amour, elle pense enfin qu'elle a pris fin!
Lui, écrivain ascète, se nourrissant sans plus, mais capable de goinfrerie, ne buvant pas, mais un vice plus caché le hante.
Des hommes et des femmes passent dans les souvenirs de la femme, dans cette lettre long monologue sur l'amour et le sexe.
La recherche de l'âme soeur comme disent les romans, mais quelle est la vraie place de l'âme dans une vie de couple?
Une remarque, si nous Messieurs sortons du "Train de 5h 10" et nous précipitons dans "La chambre 411" et que la partenaire féminine n'est pas la même, il y a de quoi se sentir un peu mâle!
La quatrième de couverture parle d"Entomologiste du sentiment amoureux", il y a du vrai. Dans cette description d'une liaison, l'auteur compare le sentiment amoureux et sa fragilité avec la force tranquille des monuments romains, faits eux pour durer.
Une lecture agréable, qui ne sera pas le livre de l'année. Mais il faudra que je trouve le temps de relire "Où sont les enfants" pour retrouver ce qui ne m'avait pas plu dans ce livre.!
A noter la place importante de la littérature dans ce livre avec des citations de Chateaubriand, Genet et Simenon, Philip Larkin entre autres.
Extraits:
- Et chaque fois, on se réinvente une première fois.
- C'est le moment le plus terrifiant de toute rencontre amoureuse. Qu'elle dure une seule nuit ou de nombreuses années, le début est toujours effrayant.
- C'est une histoire qui n'a pas encore eu lieu.
- C'est ça, le sexe : un espace vide, une pièce impersonnelle dans une ville inconnue.
- Nous sommes deux personnes destinées à devenir des amants. C'est évident.
- Devant nos parents, surtout devant notre mère nous redevenons tous des enfants, même à quarante ans.
- Sers-toi de moi, t'avais-je dit dit la première nuit et celles qui ont suivi.
- Nous payons tous, et nous payons avec mépris.
- L'alternance pourrait tous nous sauver.
- Mais sur chaque amour pèse le désir d'absolu, d'un temps unique, commun.
Éditions : Robert Laffont/ Pavillons.
27 janvier 2008
PERAZZI Jean-Charles / La vache et autres nouvelles du pays
La vache et autres nouvelles du pays
Jean-Charles PERAZZI
Note : 3,5
Petit Jean deviendra grand.......
Journaliste né dans les Côtes d'Armor. Il a également écrit un autre recueil "L'homme qui ne voulait plus être chauve".
Recueil de dix sept nouvelles courtes pour la plupart.
"La vache", une histoire bien étrange, à cheval(!) entre deux continents, entre le caa (maté) et le chouchenn. Mais ici comme là-bas tout finit par des chansons.
"Le théâtre des pauvres" est la triste histoire d'un petit paysan ruiné qui devient clochard. Une merveille.
La guerre et un enfant confié à une famille d'accueil en Suisse. Pauvre Petit Jean, l'accueil sera tout sauf chaleureux. Il deviendra la victime de la sauvagerie de l'épouse. Battu et humilié sans cesse, il se vengera sans le savoir, et rentrera chez lui la guerre finie.
Souvent l'Amérique du Sud paraît être une terre d'accueil comme dans " Une nouvelle vie dans un autre monde" où un homme rentre en France pour enterrer un chanteur et réfugié politique.
Un patron du nom de Théodore Boeuf, n'a pas l'intention d'être conduit à l'abattoir par ses ouvriers, mais le passé revient au galop.
La fin de la guerre encore dans la nouvelle "Le retour de l'occupant" ou l'histoire d'un faux-départ, mais d'un vrai pillage.
"Soit Belge et tais-toi", mais est-il Belge cet homme qui vient rouvrir le café-restaurant de la place du village? Tout le monde en est persuadé! Il perd même son nom pour devenir "Le café-restaurant des Belges", et en plus la place du village est officiellement rebaptisée "Place de la Belgique". Et vous soutenez encore qu'il n'est pas Belge le patron du café?
Nous retrouvons Petit Jean qui prend de l'âge, qui va à l'école, puis qui travaille. Mais quelques problèmes de santé l'empêcheront de faire une carrière de coureur cycliste, mais, soyez rassurés, Jean, qui n'est plus petit, retrouvera le goût de vivre.
Dans "Une petite gare de campagne", le chef de gare attend le train. Il est en retard, qu'est-il arrivé, une simple panne, un accident, du bétail sur la voie?
Petit Jean est un personnage que l'on retrouve dans plusieurs nouvelles, ainsi que Socrate, le facteur penseur.
"Gros Sel" et "La Lumière", charmants surnoms, mais seuls les surnoms sont charmants.
Ernestine, forte femme, est un des rares premiers rôles féminins de ce livre, le charme philosophique de Socrate aura raison de son caractère autoritaire. Il l'épousera.
On croise aussi "Jacquot", homme politique roublard, sans étiquette mais non pas sans "liquettes" qu'il tournera toujours dans le sens qui lui est favorable. Il finira à l'Assemblée Nationale.
Un recueil agréable qui se lit très bien mais un peu "léger" à mon goût. Vite lu, mais je pense vite oublié, mais je lirais volontiers autre chose de cet auteur.
La vie toute simple dans un petit village que l'on devine breton à la fin de la guerre constitue l'essentiel de ce livre, mais il y a également quelques escapades ailleurs.
Extraits:
- Je sais. Dans le pays, on m'appelle "La cloche". D'autres disent "paotre sod", le fou.
- Mon histoire est trop banale. Elle n'intéressera personne. Et puis vous savez, il y a tant de gens qui ont vécu la même chose dans le pays.
- Les danses et les chants des paysans, pas celle des "cocus de la capitale"(le tango).
- Elle était devenue.....comment dire? Plus philosophe.
- Gros Sel...Comment a-t-il pu savoir?
- En s'aidant de magnifiques photographies prises en Irlande, la coloriste parvient donc à ramener tout le monde à la raison.
- Cette fois la vie allait reprendre un cours normal au village.
- Mais que fait-il donc ce maudit train qui devrait être en gare depuis sept minutes maintenant?
- Toujours avec l'étiquette la plus efficace "sans étiquette".
- Cette fois, il devient "indépendant".
- Dans sa commune, heureusement, il eut la sagesse de rester "apolitique".
- On l'appelait "le député patate".
Éditions : Éditions du Petit Véhicule. Nantes.
Voilà la semaine est finie. Sept recueils de nouvelles d'auteurs de Bretagne ont été lus et commentés. En réalité, j'en ai lu d'autres, mais j'en parlerais plus tard, trop c'est trop.
J'ai parlé auparavant d'autres recueils de nouvelles d'auteurs bretons, Hervé Bellec (2) Karine Fougeray; Hervé Jaouen; Marie Le Drian (2) et Anne Pollier.
26 janvier 2008
Le GOUIC Gérard / Je ne suis pas un monstre.

Je ne suis pas un monstre
Note :3,5
On dit cela!
Auteur finistèrien né à Rédené. Il a publié plusieurs recueils de poésie notamment "Poèmes de l'île et du sel", "Les sentiments obscurs".
Ce recueil de six nouvelles est son second après "Une odeur d'amour". Encore un écrivain breton que je ne connaissais pas.
La nouvelle qui donne son titre à l'ouvrage est assez stupéfiante.
"Je ne suis pas un monstre" : au début, Monsieur, on vous croit, d'accord vous vous autorisez certaines aventures galantes, mais si tous les hommes dans votre situation étaient des monstres, cela se saurait. Que vous ayez une situation financière précaire, que vous économisiez pour les vacances de vos enfants, non vous n'êtes pas un monstre. Quand après un drame familial, vous ne voyez pas a priori le coté financier de l'affaire, vous n'êtes toujours pas un monstre. Mais après quelques temps, vous voilà un homme nanti et votre réaction, ainsi que celle de votre famille quand tout risque de s'écrouler, prouve que maintenant vous êtes un monstre dans une famille de monstres.
Un jour de pluie, une femme se réfugie sous le porche d'une maison bourgeoise, elle a plusieurs heures devant elle, son mari marin ne rentrant d'un long périple en mer que dans plusieurs heures. Invitée involontairement par un couple, elle pénètre sous ce porche et se retrouve dans "la salle d'attente" d'un médecin. Pourquoi ne pas attendre là au chaud! Elle entent appeler son nom, mais c'est un des plus communs en Bretagne, mais son nom et son prénom, plus moyen de reculer!
"Le poème blanc" parle d'un homme qui pour une peccadille a rompu avec sa compagne et qui le regrette. Écrivain contrarié, il lui offre un livre, dont il pense qu'il aurait très bien pu écrire ; le titre de l'ouvrage "Je t'aime". Il écrit un poème à l'intérieur et lui expédie. Mais la réponse tarde, et quand elle arrive c'est loin d'être celle espérée. Un récit énigmatique qui m'a contraint à une seconde lecture.
Un écrivain s'installe dans un bourg, "Un grand écrivain" même, mais d'où vient-il d'Afrique ou de Paris ? Après une période de doute et d'observation de la part des villageois, il est accepté et participe à la vie de la communauté. Les gens passent le voir, lui, élude les questions, la vie suit son cours, mais au bout de la vie, il y a la mort, c'est inéluctable.
Une nouvelle bien cruelle pour terminer cet ouvrage. "Le bouquet" ou la solitude du coureur de fond, à quoi pense un marathonien, homme et coureur solitaire fonçant vers sa première victoire? A sa course, à ses sensations à chaque kilométre, mais aussi et surtout à une femme et à leur histoire.
Comme dans tout recueil de nouvelles, des personnages divers, guidés par une main invisible ou des événements fortuits vers leurs destins.
Une famille ordinaire qui profite d'un fait divers passant d'une précarité certaine à une certaine aisance, mais qui doit prendre des mesures avant de tout perdre!
Une femme qui attend son mari, depuis très longtemps, alors s'abriter dans une salle d'attente d'un médecin pourquoi pas! Là au moins il ne pleut pas, mais un imprévu va changer sa vie.
Une Bavaroise s'installe à la pointe de la Bretagne ; voir de sa fenêtre Molène et Ouessant vaut bien un sacrifice financier. Tout semble aller pour le mieux, mais plus que tout c'est sa langue natale qui lui manque, rester ou repartir? Un jour c'est je pars, puis je reste. Un lendemain de tempête, la décision est prise, mais les éléments décident eux-mêmes.
Ce genre de nouvelles complètement décalées me plaisent car elles mettent les personnages, en général des gens ordinaires, dans des situations pour le moins inattendues. Il est dommage qu'elles ne soient pas toutes d'égale qualité. Un peu plus d'humour donnerait à mon goût un petit rayon de soleil à ce livre que je trouve très pessimiste.
Extraits :
- Nous avons repris ensuite le cours de notre vie antérieure sans plus de rapport avec elle évidement.
- Il qualifierait ses seins de provocants, ce qui la heurterait et l'enchanterait à la fois.
- Il se rappela les lectures anciennes, les vers de Brizeux à la petite paysanne illettrée, Marie du Moustoir :
"Celle pour qui j'écris avec amour ce livre
Ne le lira jamais...."
- Avec un nom pareil, c'était un écrivain.
- Un tombeau hermétique sans cadavre.
- Elle avait acheté en quelques jours : la maison la plus moche et la plus chère."Nous irons bien ensemble" avait-elle commenté au vendeur ébahi.
- Elle souffrait surtout en hiver. Sa tête et son coeur se vidaient ensemble.
- La maison n'était qu'une "bicoque" comme disent avec mépris les Français.
Éditions : La Part Commune
25 janvier 2008
KERGRIST Jean / Barouf en campagne

Barouf en campagne
Jean KERGRIST
Note : 4,5
Du bruit dans Landerneau!
Surtout ne pas oublier le sous-titre du livre "Contes cruels".
Première oeuvre de cet auteur né en 1975 que je lis, et je pense que cela ne sera pas la dernière. Surtout que j'ai dans ma bibliothèque personnelle "Conseils à Gogo" avec des dessins de Nono! Incontournable.
Dans "Barouf à Bringolo", tout semble aller pour le mieux dans la campagne bretonne, les subsides de Bruxelles coulent comme du bon cidre dans les bouches assoiffées des gros trusts agro-alimentaires, qui, malgré cela, décentralisent à tour de bras, et non pas pour le centre Bretagne, que nenni, beaucoup plus loin, pourquoi délocaliser de Scaer à Carhaix? Le Brésil est plus rentable. Les pseudo mises aux normes européennes sont de la poudre au yeux. Mais comme dit le proverbe "Cochon qui s'en dédit".
"Le préfet soûl au chant" est aux prises avec une manifestation paysanne. Étant manifestement saoul, il harangue les manifestants, il perdra de sa superbe quand on découvrira quatre cadavres dans les sous-sols de la préfecture! Le commissaire chargé de l'affaire apprendra que dans le monde de l'élevage, les inséminations ne sont pas toujours artificielles. La preuve, ce poème lubrique pas très reluisant d'ailleurs :
"Sur les chemins de Compostelle, la zone humide de mon sous-bois gardera pour longtemps la trace de ton bâton de pèlerin".
Comme la fin de cette histoire est politiquement correcte, le préfet sera muté à un poste supérieur.
Une "Rave à Toulbrien", c'est le rêve pour Tonton. Il écoule son stock de gnôle pas très légal, et fait payer aux jeunes filles plus charmantes les unes que les autres un service de douches au jet d'eau dans un endroit retiré de sa ferme. Et comme il est le seul préposé au maniement du dit jet d'eau, tout le plaisir est pour lui. Et en ces temps troublés où les raveurs ont bon dos, son cheptel (bovins, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas écrit) double en deux ou trois nuits.
"Mort à Venise", c'est la triste histoire d'un petit village du centre Bretagne qui n'attire pas les touristes, alors que faire? Le conseil municipal envoie l'un des siens à la pêche aux idées. Gilbert, jeune retraité, en profite pour une seconde tentative de lune de miel. Mais Venise, c'est plutôt le paradis pour une épouse volage. Hélas à cause d'un gondolier, tous les projets de Gilbert vont tomber à l'eau. Il descendra de son nuage et soudain s'arrêtera de planer. Et Toulbrien restera désespérément inconnu!
Pour la nouvelle "Yvette échangiste", pour celle-ci, jeune veuve, la solitude est dure à porter. Alors quand grâce au fond des actions innovantes, Bruxelles avait débloqué quelques sous, un club échangiste s'était installé dans le village. Pour Yvette, c'était une aubaine, que dis-je une bénédiction! Ce soir c'est le grand jour, string sexy acheté au chef lieu de canton (discrétion oblige), mini-jupe et maquillage discret : à elle l'aventure!
Et comme l'aventure est au coin de la rue, pour la fin vous êtes priés de lire ce livre, je ne vais pas tout faire.
"Les trois frères Le Maout" ont toujours vécu ensemble, mais l'âge venant il faudrait penser à l'au-delà, alors des divergences apparaissent! L'auteur réussit le tour de force dans cette nouvelle de citer Glenmor, Xavier Grall et Armand Robin!
Pour conduire les porcs à l'abattoir, rien de mieux qu'un chauffeur togolais et musulman, aucun risque , ni de fauche de porcs, ni quand il faut souffler dans le ballon.
Préfet conservé au vieux whisky ne perd jamais son degré d'incubation, ni son rang dans la hiérarchie nationale.
Tonton, pour lui les raves, c'est le bonheur : "Laissez venir à moi les petites raveuses égarées" et il en profite.
Yvette pense à son mari, l'homme de sa vie, qui l'a laissé seule sans amour, d'accord elle y pense parfois et furtivement, mais elle y pense!
Et ses frères, tous des connaisseurs, et fiers de leurs écrivains à qui ils veulent rendre hommage.
La cruauté n'empêche pas l'humour (noir parfois) et c'est tant mieux. Une découverte et une très belle couverture (Fetz-noz à Kermain de Jean René Ghéroldi).
Extraits :
- "Le cochon est la viande du pauvre".
- "Le cochon est l'avenir de l'homme, car des pauvres, il y en aura de plus en plus"
- Notre capacité à polluer, constitue, croyez-moi Monsieur le préfet, le meilleur gage de notre compétence à dépolluer.
- La petite coopérative agricole des débuts s'était, au fil des ans, transformée en cochon gras.
- Pour l'instant nous contrôlons la situation. Une chance que personne ne lise "Sciences et Vie".
- Et puis maintenant, à tout prendre comme Paradis, je préfère Vanessa.
- Voyage gratuit au dessus des montagnes rousses et des murailles d'échines. Glissades en douceur sur les chattes du Niagara. Collines superbes et variées, ornées de bouquets fleuris.
- La publicité est affaire d'irrationnel.
- Du catholicisme à l'échangisme, le saut, du coup, paraissait jouable.
- Glenmor passait souvent à la ferme chercher une ou deux bouteilles de lambig pour faire des grogs à Xavier Grall, un peu souffreteux des bronches.
- Un gars de Plougernevel, mort à Paris, tabassé dans un commissariat.
- Un breton de l'intérieur, instruit d'une trentaine de langues, à commencer par le breton sa langue première et qui ne jouait pas au fier pour autant.
Éditions : Éditions des dessins et des mots.
Pour faire plus ample connaissance de l'auteur.
24 janvier 2008
GUILLOU Anne / Le désespoir tranquille des hommes
Le désespoir tranquille des hommes.
Anne GUILLOU
Note : 4,5
Ainsi va la vie.
Anne Guillou est sociologue de formation ; à ce titre, elle a étudié le monde rural et ses mutations actuelles. Elle fut quelques temps présidente de l'association des écrivains bretons. Ce recueil qui est son troisième contient 10 nouvelles. Une oeuvre courte, moins de cent pages, mais un grand livre.
Des hommes évidement, d'ailleurs tous les titres des nouvelles commence par "L'homme qui" sauf une, pour celle-là c'est "L'homme qu'on".
André est chauffeur de poids lourd. Bon c'est sûr, ses amis l'appellent Dédé, et Dédé est un homme prêt à rendre service dans n'importe quelles circonstances. Ce soir au volant de son engin, il est fatigué et Brest est encore loin, il décide donc de s'arrêter un moment et il s'assoupit. Il est réveillé par des coups à la fenêtre. Une femme lui demande de l'aide, son pneu de voiture vient de crever et ne sait pas le changer. Il ne peut pas refuser, Dédé, mais jusqu'où le sens du dévouement peut-il aller vis à vis d'une femme que l'on trouve à son goût et quand cela paraît réciproque. Dilemme?
Comme le dit le titre du recueil, Antoine s'est économisé. Homme transparent, il passe comme un fantôme dans sa propre vie. Depuis la mort de ses parents, il vit seul. Sans femme, ni enfants, il voit parfois ses frères et quelques copains pour boire une bolée de cidre. La retraite arrive, un matin le téléphone sonne! La vie d'Antoine va changer, mais ce n'est hélas pour lui que du provisoire. Mais a-t-il seulement vécu?
Lucien, lui, a vécu l'armée et son cortège de voyages tous azimuts, les femmes toujours et les guerres parfois. Le retour au pays, un mariage et encore un départ en Nouvelle-Calédonie où il découvre la quintessence de la femme. Dès lors la Bretagne n'est plus qu'une corvée annuelle, une maison qui n'est pas la sienne et une femme qui ne l'est plus. Et arrive la retraite et l'envie d'autres choses, d'une autre sorte d'amour.
La nouvelle "L'homme qui fut humilié" pourrait être sous-titrée " Le cheval d'orgueil", tant l'orgueil d'un homme peut le rendre détestable. Et que son but est d'avoir des chevaux, car son frère en a!
La solitude d'une femme venant de la ville, prise au piège d'une vie qui n'est pas ce qu'elle avait espéré.
Un bien belle histoire pour finir "L'homme qui naquit dans une armoire". Un vieux médecin prend sa retraite, le seule chose qu'il veut garder, c'est une vieille armoire datant de 1739. Il explique à sa fille les raisons profondes de son attachement à ce vieux meuble.
Des personnages multiples et divers, mais des situations de la vie quotidienne.
Un chauffeur routier au grand coeur, pris au piège de sa gentillesse. Que choisir sa famille ou une aventure d'un soir?
Pour Antoine, la vie n'est même pas un long fleuve tranquille, mais un océan de monotonie et de solitude subi et accepté. Le changement est-il encore possible!
Un baroudeur aimant les femmes tombe sous le charme d'une sainte locale née en 1599.
Maurice, le boucher à la retraite est abattu (c'est vexant pour un chasseur), son épouse le quitte, part avec son argent et lui dit ses quatre vérités, dans une nouvelle jubilatoire!
Une jeune femme traverse la Bretagne à l'appel de son frère, qu'a-t-il donc de si grave à lui annoncer qu'il ne peut le dire au téléphone?
Un vieil homme est mort, tout le monde le surnommait "Varsovie" dans le village, à cause de son passé de prisonnier en Pologne.
Un recteur et un maire, ne s'appréciant ni l'un ni l'autre. Deux écoles, une publique l'autre privée, c'est "Don Camillo" dans les Monts d'Arrée.
Des petits bijoux, tranches de vie ciselée par la plume de cette auteur que je ne connaissais pas, ce qui prouve que j'ai encore des progrès à faire en littérature bretonne. J'aime les recueils de nouvelles avec des personnages comme vous et moi, des gens que je pourrais croiser un jour dans la rue, discuter avec eux sans savoir ce qui se cachent derrière ces sourires de façade.
Un plaisir de lecture que j'aimerais faire partager.
Extraits :
- Un modèle réduit, certes mais une vraie femme. La bouche rose qui sort du col blanc du peignoir, quelle jolie chose!
- Un visage doux, sans rides. Il fait penser à un enfant qui a vieilli.
- Car Yvette, plus que jamais maîtresse du domaine, n'était plus qu'une jachère épineuse, impraticable.
- La joie et la douleur mêlées, l'homme a enfin étreint son âme-soeur.
- Je ne veux plus voir tes copains chasseurs qui n'ont pas plus de vocabulaire que des hommes préhistoriques.
- Christine a en horreur cette figure de la servante sublime que le clergé d'autrefois a exaltée.
- Il a accompagné les plus anciens, nés à l'époque de la rareté et qui s'éteignent à l'ère du gaspillage.
Éditions : La Grange aux Livres.
Un coup d'oeil dans ma bibliothèque m'a permis de me rappeler que j'ai lu il y a un certain temps "Gisèle ou la vie rebâtie" de cette auteur, un livre vraiment très fort.
Je remercie Pierre Angeli qui m'a autorisé à me servir de cette photo :
23 janvier 2008
FAILLER Jean / Le gros lot.
Le gros lot
Jean FAILLER
Note : 4
Joie et tristesse.
Recueil de neuf nouvelles datant de 1996. Jean Failler est surtout connu pour sa série policière ayant pour héroïne Mary Lester. Je pense que ce livre est son seul recueil de nouvelles.
"Le gros lot", c'est souvent un grand bonheur, mais peut-être aussi la cause de bien des malheurs. Un homme va se suicider, se pendre, il laisse une lettre pour expliquer les derniers mois de son existence, un ticket de pronostic de football qui a ruiné sa vie et brisé sa famille. L'argent ne fait pas le bonheur, dit-on, mais la perte d'un rêve est une source de déception parfois très cruelle.
Un petit commerçant est aux prises avec le fisc. C'est le pot de terre contre le pot de fer, me direz-vous. Eh bien pas forcément, lisez la nouvelle "L'encadreur" et malgré que l'histoire ne soit pas très morale, elle prouve "qu'à malin malin et demi". L'inspecteur au final ne pouvait plus encadrer l'artisan!
"Le chat de Madame Gaspard" est une histoire que j'adore, d'accord le chat de Madame Gaspard meurt, même deux fois, Madame supporte la première fois, mais pas la seconde. Pauvre Monsieur Gaspard, perdre en si peu de temps son épouse et son chat!
Un fonctionnaire des impôts qui veut tuer le médecin qu'il consulte pour une question de pourboires! Quelle nouvelle!
Une histoire cochonne pour faire bonne mesure, où un jeune quartier-maître de l'école des mousses se trouve pratiquement obligé d'acheter une douzaine de préservatifs. La jeune pharmacienne est gênée, lui aussi, mais le vieux pharmacien et les clients sont goguenards! Faites les courses pour les autres! Moralité, cochon qui s'en dédit!
Un petit curé de campagne est hébergé pour la nuit par un curé de la ville de Quimper. Lui venant d'un pauvre village de Cap Caval dont les habitants ont la réputation d'être des naufrageurs, sa vie est faite de privation, la faim est souvent son lot quotidien. Alors qu'en ville, ce n'est que luxuriance et faste, bonne chère, bon vin et même une louche en argent pour servir la soupe. Mais la servante du curé quelques jours plus tard constate que cette louche a disparu. Ce petit curé ne peut qu'être le coupable? C'est sûr?
Un dimanche matin, suite à un repas plus qu'arrosé la veille, vous parlez et vous vous fâchez avec un étourneau et vous lui tirez dessus. Expliquer cela devant un tribunal, vous allez vous faire traiter de tous les noms d'oiseaux possibles et imaginables.
Évitez braves gens de vous moquer d'un colosse qui paraît inoffensif, certaines blagues peuvent très mal tourner.
Un soir de Noël, un vieil homme veuf n'a plus que son vieux chien comme compagnon.
Un chauffeur pressé d'aller acheter son champagne pour le réveillon, le renverse et tue son chien. Et vous voulez encore croire au père Noël! A moins que Dame Conscience vienne se rappeler au bon souvenir du chauffard.
Beaucoup d'un humour très pince sans rire dans "La louche", un humour à la guignol, quand l'encadreur berne l'inspecteur des impôts. Mais beaucoup de tristesse aussi dans "Le revenant' et surtout dans "Noël en GTI".
Une belle écriture, limpide, un très agréable moment de lecture qui nous pose quelques questions sur notre comportement quotidien, où un fait insignifiant peut prendre une tournure inattendue et parfois tragique.
Extraits:
- Le superflu! C'est un mot qui n'a pas cours dans le quartier.
- Mon prochain accrochage, il est là! Une poutre, une corde de nylon, et on se sépare définitivement, sans cris, sans fâcheries, sans préavis, sans indemnité.
- Le petit curé eut une pensée rancunière pour Marie-Jeanne, sa carabassen, à son air mal-en-groin, à sa voix stridente, à sa silhouette émaciée....
- Monsieur Gaspard avait le droit de regarder la télévision après le dîner et c'est Madame Gaspard qui choisissait le programme.
- En somme Antoine P. menait la vie dont monsieur rêvait secrètement.
- Pourquoi un merle n'admirerait-il pas une jolie femme?
- On nous refait le coup du Saint-Esprit, version porcine?
- Il était le gendarme et tous les autres des voleurs.
- Ah oui, docteur, c'est encore mes veines de varices qui me font du souci!
- Putain de clébard! Mon spoiler a pris un jeton!
- Et la voiture? s'enquit un monsieur qui devait faire partie de la Société Protectrice des Automobiles.
Éditions :
Coop-Breizh.
Je remercie Gildas Ricard qui m'a autorisé à me servir de cette photo :
22 janvier 2008
COULIN Delphine / Une seconde de plus
Une seconde de plus
Delphine COULIN
Note : 4,5
Mais pas une seconde de trop!
Recueils de six nouvelles de cet auteur née en Bretagne mais où?
Son premier roman, "Les traces", a obtenu plusieurs prix littéraires dont celui du "Télégramme" en 2006. Je reprends une de mes habitudes pour un auteur que je ne connais pas, commencer par des nouvelles.
"Belle lurette", c'est quand la trentaine venue on se retrouve avec son enfance, mais de plein fouet, soi-même avec pleins d'années en moins, face à une petite fille de maintenant, qui remet en cause la vie que l'on mène. Comme en plus cette enfant est lucide mais impertinente, son alter ego adulte n'a pas forcément le beau rôle. A déguster sans retenue mais avec une certaine appréhension. N'avons-nous pas trahi notre enfance en perdant notre innocence?
Dans "Les conserves", un sous-titre me vient à l'esprit "Histoire d'eaux". Nous sommes sur les bords de la Rense, dans une maison qui sent le rance. Une jeune étudiante en géographie spécialisée dans l'étude des rivières s'y installe avec une jeune fille et son père. La vie s'écoule au rythme de la rivière, mais un jour la décision tombe, la maison sera noyée sous des milliers de litres d'eau pour la construction d'un barrage! Une autre vie commence et certains rêves seront eux aussi noyés.
"Apesanteur" qui aurait pu s'appeler "Paix à ses cendres". Nous sommes dans le milieu artistique, et dans celui des exilés d'Amérique Latine. La narratrice vient de perdre son compagnon Ness (Nestor) qui était sculpteur. A la crémation elle retrouve Diego, artiste peintre et compagnon d'exil de Ness et la mère de celui-ci. Bien vite se pose la question : que faire des cendres? Évidement la compagne et la mère de Ness s'opposent. Quelle pourrait être la solution pour qu'enfin le mort repose en paix!
"Vie et destin de Madeleine Bayard, révolutionnaire". Elle aime les chats Madeleine, d'accord ses voisins pensent qu'elle les aime trop, ou qu'eux l'aiment trop. Faut dire qu'elle les nourrit, ces petits chéris et bien, alors ils préviennent les amis etc....
Mais tout le monde n'est pas spécialement ravi de cette invasion, d'accord il n'y a plus ni souris ni rats, mais à part cela, le bruit, l'odeur les poils pleins l'escalier. Bref c'est la guerre entre Madeleine et le reste du monde. Mr Fuchs ouvre les hostilités en tuant un chaton. Alors c'est "Madeleine envers et contre tous!"
"Un temps fou", à elle seule, cette nouvelle justifie la lecture du recueil! Je n'en parlerai pas plus.
"Les gouttes en bas des draps" est un court texte, sorte de requiem se déroulant en Italie autour de linge qui sèche et de gens qui s'observent .
Six femmes, six histoires de l'écrivain confronté à son enfance. Une femme encore, jeune étudiante voit sous ses yeux et sous les eaux deux vies changer, l'enfermement du père qui quitte sa maison pour un deux pièces et de sa fille qui reste avec lui.
Affrontement ensuite, qui de la mère ou de la compagne doit décider pour les cendres du défunt, objet de discorde.
Une Madeleine qui ne fait pas une fleur à ses voisins dans une histoire qui va loin, très loin même!
Anne, travaillant dans un hôpital est confrontée à la mort, une certaine habitude s'installe, mais pas tout le temps!
Un superbe recueil de nouvelles de cette auteur qui était pour moi inconnue, mais qui ne le restera pas longtemps. Une bonne chose que de se fixer d'autres objectifs de lecture que nos habitudes.
Une très belle écriture, classique avec des phrases lumineuses comme celle-ci :
- Elle adorait les soirées longues, celles qui viennent après le changement d'heure et qui s'étirent au bord de la mer, comme si celle-ci absorbait le soleil des après-midis et diffusait encore sa lumière le soir venu.
Extraits :
- J'étais prise en otage par ma propre enfance.
- C'était un peu comme si je vivais chez une grand-mère déguisée en homme des bois.
- C'est la misère qui rend passif. On n'a plus envie de mener des combats perdus d'avance.
- Et toujours le bruit de l'eau qui s'écoulait.
- Columbarium. Des oiseaux enfermés.
- L'amour est un bouquet de violettes, quelle connerie.
- Son pouvoir de nuisance paraissait sans limite.
- Je crois aussi qu'il avait enfin compris qu'il fallait profiter de son temps.
- Mon père a planté son regard dans le mien, et ses yeux m'ont dit qu'il savait qu'il allait mourir cette nuit-là.
Éditions : Grasset (Nouvelles)
21 janvier 2008
ANSGARI Claude / Le bal des mouettes
Avec cette chronique, je commence une série de recueils de nouvelles dont les auteurs sont, soit nés en Bretagne, soit résident en Bretagne. Ces chroniques seront échelonnées sur une semaine. Je les déposerai par ordre alphabétique. A part Jean Failler pour un roman policier, tous ces écrivains sont des nouveaux arrivants sur ce blog.
Yvon
Le bal des mouettes
Claude ANSGARI
Note : 4,5
Aux animaux, nos frères*.
Nous avons fait connaissance de Claude Ansgari au salon du livre de Carhaix, enfin plus précisément mon épouse qui avait acheté un de ses ouvrages " Plume, Lettre à un chat disparu." Depuis nous l'avons à nouveau croisé au salon de Riantec. Elle vit et a enseigné à Douarnenez. Je ne pense pas me tromper en disant qu'en plus des animaux, elle aime la musique, et plus particulièrement la musique classique.
Dans "Le carnaval des animaux", Roméo Alfieri joue du violon dans un cirque. Duettiste avec Achille Zavatta, la mort de celui-ci l'a fait plonger dans une grande tristesse. Sa musique s'en ressent, il joue dorénavant très souvent "Le carnaval des animaux" de Camille Saint-Saëns, en particulier "l'air du Cygne". Il décide de quitter le cirque, mais un jour entre deux sanglots, une petite fille dit " Qu'elle ne veut plus voir obéir les animaux"! Et le spectacle..... ne continua pas!
"L'âne couronné" est une histoire très triste, la rencontre dans une île d'un petit âne martyrisé par son muletier et un homme bohème qui lui non plus n'a pas été épargné par la vie. La misère de ce pauvre animal pour qui les charges sont de plus en plus lourdes, cet homme dont les charges de travail elles aussi devenaient de plus en plus pressantes. Désormais ils resteront ensemble et feront réfléchir les îliens sur leurs conditions de vie.
"Le barde de la nuit" est un vieil homme, ancien harpiste de renom, il ne joue plus que pour les animaux des alentours. Presque aveugle, il écoute parfois la radio, et ce qu'il entend, ne l'enchante guère. Il connaît le sort réservé aux animaux domestiques dans l'élevage industriel et cela le révolte. En parlant de révolte, son heure a sonné.
"Le bal des mouettes" est la plus longue nouvelle de ce recueil et aussi à mon goût la plus belle. Une petite île (dois-je ajouter bretonne?) est envahie par une marée noire, là aussi la révolte gronde. Les îliens refusent cette sorte de fatalité, la faute à pas de chance, un tragique concours de circonstances, etc....
Un grand concert de soutien est organisé, le ban et l'arrière ban de la musique bretonne est là. Gontran Desrichard, le porte-parole du président du consortium pétrolier s'est invité avec tous les pontes de la société. Est-ce une bonne idée?
"Le concerto des loups" qui clôt ce recueil nous raconte la fascination qu'exerce les loups sur une pianiste de renommée mondiale. Celle-ci surdouée, mais rebelle et marginale, les deux aspects de sa personnalité dans sa carrière, toute sa musique est imprégnée de son admiration pour l'animal.
Les humains ne sont pas tous inhumains, dans chaque nouvelle, plusieurs par leur actes nous sauvent la mise. Du violoniste au harpiste, du sonneur Gwen Labousig, ou encore Christopher Lee (!) et sa lyra grecque, ou Sylvia Thibault au piano, tous nous démontrent effectivement que "La musique adoucit les moeurs".
Une très belle écriture d'une grande amie des animaux. L'histoire de ce petit âne en particulier est très émouvante. Je suis passé du rire moins souvent, aux larmes surtout dans "Le bal des mouettes", pauvres oiseaux mazoutés au nom du profit, mais comme dit le dicton populaire "A chacun sa merde".
Un grand moment d'humour, la liste des chanteurs bretons venant donner un concert pour les oiseaux mazoutés, chapeau Madame, on les reconnaît tous, mais l'humour est
la bienvenue, quelques exemples (que les autres m'excusent)le pianiste Xavier Huiban, le chanteur Dan Ar Bihan, les "Keltic Du" et les "Diaouled Ar Mor", les frères Goalec etc.......
On a parfois l'impression de lire des contes de fée, tant les histoires sont belles et se terminent bien, mais ces recueils sont en plus un plaidoyer pour le respect du monde animal. La nouvelle "Le Bal des mouettes" est en ce moment hélas d'actualité.
Extraits:
- La vie s'épuise dans la tristesse. Il avait perdu la joie en perdant son ami.
- Ce fut le plus incroyable Fest-noz que l'on ne vit jamais dans un port de pêche breton.
- Un vent de révolte profonde s'éveillait dans son corps fourbu.
- Désormais tu n'auras plus rien à porter petit âne mon frère, murmura Christopher.
- Et l'horreur humaine venait briser son vieux coeur.
- Une mélodie guerrière, depuis longtemps oubliée remontait en lui. Un chant martial se déployait, comme une marche invisible.
- Leur île. L'île de leur bonheur.
- Ses yeux verts avaient une expression parfois gaie, parfois mélancolique. Changeant, ils ressemblaient au ciel breton, parcouru de nuages toujours en mouvement.
- Mémoire militante, elle conservait les coordonnées de tous les chanteurs et musiciens de Bretagne.
- "Koukou vihan", petit coucou disait la chanson.
- Il n'était pas question de recevoir le pollueur et de pactiser avec lui, quelque fût le montant de ses offres.
- Il transforma la berceuse, le chant de l'amour tendre en marche guerrière.
- Mais elle réussissait dans toutes ses entreprises.
Éditions : La Part Commune.
* Phrase figurant sur la page de garde.
PS :
Chronique non seulement corrigée par mon épouse, mais fait plutôt rare pour un livre qu'elle a également lu.
17 janvier 2008
POLLIER Anne / Grand Quai

Grand Quai
Anne POLLIER
Note : 4
Havre de paix!
J'ai découvert Anne Pollier grâce à Hervé Jaouen et à leurs correspondances, puis j'ai lu un excellent recueil de nouvelles "Matin". Ce roman, qui est son premier, a été publié en 1952, dont Hérvé Jaouen préface cette nouvelle édition.
Un port dans les années 1950, Cathie, onze ans, prépare sa communion. Elle mène une vie simple dans un immeuble sur "Le Grand Quai" où cohabite une communauté hétéroclite.
Des gens avec leurs petits soucis, chacun avec son histoire propre, les filles-mères
qui "montent" à Paris, mais qui seront à peine plus que des esclaves. Les marins désormais à quai et les boulots parfois infectes comme celui de décharger des cuirs verts suintant de matières malodorantes.
Une des voisines un peu simple d'esprit accouche d'un enfant mort-né, ce qui, pense le voisinage, est une bénédiction pour elle. Une amie de la famille vient prêter l'aumônière de sa fille décédée, et raconte la courte vie de l'enfant. Les parents de Cathie se souviennent également d'une petite fille qu'ils avaient recueillie à la mort de sa grand-mère, seule parente qui lui restait et qui était morte de malnutrition, ces enfants non désirés, parfois maltraités, souvent délaissés.
La veille de cette fête religieuse, un jeune homme poursuivit par la police se réfugie chez elle, et elle l'aide, qui est-il réellement?
La police qui le cherche n'est pas la bienvenue dans cet immeuble populaire et repart bredouille, mais dans l'esprit de Cathie un doute apparaît, est-elle en état de péché en cachant ce jeune fugitif? Peut-on communier avec un mensonge sur la conscience?
Mais le matin Cathie se rend compte de la cruauté du monde et ce jour de fête commence bien mal.
Les personnages sont ceux que l'on trouvait dans ces immeubles souvent vieux et inconfortables. La famille de Cathie, le père, ancien marin, travaille au port et sa mère a également un emploi, ils sont presque des nantis.
Le curé et le médecin qui ne s'aiment pas, les voisines Irène et Lola qui se querellent sans arrêt. Deux soeurs vivant ensemble, dont l'une accouchera d'un bébé déjà mort. Quelques prostituées complètent la liste des locataires ou des visiteurs occasionnels.
Le jeune fuyard, est une sorte d'épée de Damoclès, fantôme dangereux ou inoffensif dont seule Cathie sait la présence.
Un bon livre très bien écrit, les années 1950 ne sont pas si loin dans le temps, mais le mode de vie n'a plus rien à voir avec le nôtre. Un regard plein de tendresse sur les habitants de ce port, qui malgré la dureté de certaines situations évite le piège du misérabilisme ambiant. Cathie semble un rayon de soleil et d'innocence dans ce monde résigné. Encore une fois, la religion semble plus un fardeau qu'un motif de joie pour ce monde ouvrier qui allait, s'en en être conscient, vers sa mort annoncée.
Extraits :
- Elle aimait à s'en référer à l'abbé Josse, à ses connaissances, à sa sagesse.
- Mais son apparence évoquait la marmaille.
- Irène et Lolo se détestaient-elles ou non? Cathie n'aurait su le dire?
- Tous se jetaient leurs affirmations à la tête, soutenant mordicus et prêts à s'étriper.
- Cette phrase avait un son bizarre : naviguer depuis l'âge de onze ans et, tout à coup, chercher une place hors de la navigation.
- La fête lui apparaissait soudain désenchantée. "Le plus beau jour de votre vie" qu'ils disent.
- Souvent il lui venait le sentiment que cette religion était trop lourde pour elle.
- Cathie a reçu ces principes et n'imagine même pas qu'on puisse faire autrement.
- Qu'était-ce donc qui lu avait volé "le plus beau jour de sa vie".
- Pourquoi fallait-il que les gens soient si étranges, que l'on pût les aimer ou les détester une fois pour toutes?
- Le bon Dieu est trop loin pour s'intéresser à notre mal.
Éditions : Diabase.
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