Bal

Avec cette chronique, je commence une série de recueils de nouvelles dont les auteurs sont, soit nés en Bretagne, soit résident en Bretagne. Ces chroniques seront échelonnées sur une semaine. Je les déposerai par ordre alphabétique. A part Jean Failler pour un roman policier, tous ces écrivains sont des nouveaux arrivants sur ce blog.
Yvon

Le bal des mouettes.
Claude ANSGARI.
Note : 4,5 / 5.
Aux animaux, nos frères*.
Nous avons fait connaissance de Claude Ansgari au salon du livre de Carhaix, enfin plus précisément mon épouse qui avait acheté un de ses ouvrages " Plume, Lettre à un chat disparu." Depuis nous l'avons à nouveau croisé au salon de Riantec. Elle vit et a enseigné à Douarnenez. Je ne pense pas me tromper en disant qu'en plus des animaux, elle aime la musique, et plus particulièrement la musique classique.
Dans "Le carnaval des animaux", Roméo Alfieri joue du violon dans un cirque. Duettiste avec Achille Zavatta, la mort de celui-ci l'a fait plonger dans une grande tristesse. Sa musique s'en ressent, il joue dorénavant très souvent "Le carnaval des animaux" de Camille Saint-Saëns, en particulier "l'air du Cygne". Il décide de quitter le cirque, mais un jour entre deux sanglots, une petite fille dit " Qu'elle ne veut plus voir obéir les animaux"! Et le spectacle..... ne continua pas!
"L'âne couronné" est une histoire très triste, la rencontre dans une île d'un petit âne martyrisé par son muletier et un homme bohème qui lui non plus n'a pas été épargné par la vie. La misère de ce pauvre animal pour qui les charges sont de plus en plus lourdes, cet homme dont les charges de travail elles aussi devenaient de plus en plus pressantes. Désormais ils resteront ensemble et feront réfléchir les îliens sur leurs conditions de vie.
"Le barde de la nuit" est un vieil homme, ancien harpiste de renom, il ne joue plus que pour les animaux des alentours. Presque aveugle, il écoute parfois la radio, et ce qu'il entend, ne l'enchante guère. Il connaît le sort réservé aux animaux domestiques dans l'élevage industriel et cela le révolte. En parlant de révolte, son heure a sonné.
"Le bal des mouettes" est la plus longue nouvelle de ce recueil et aussi à mon goût la plus belle. Une petite île (dois-je ajouter bretonne?) est envahie par une marée noire, là aussi la révolte gronde. Les îliens refusent cette sorte de fatalité, la faute à pas de chance, un tragique concours de circonstances, etc....
Un grand concert de soutien est organisé, le ban et l'arrière ban de la musique bretonne est là. Gontran Desrichard, le porte-parole du président du consortium pétrolier s'est invité avec tous les pontes de la société. Est-ce une bonne idée?
"Le concerto des loups" qui clôt ce recueil nous raconte la fascination qu'exerce les loups sur une pianiste de renommée mondiale. Celle-ci surdouée, mais rebelle et marginale, les deux aspects de sa personnalité dans sa carrière, toute sa musique est imprégnée de son admiration pour l'animal.
Les humains ne sont pas tous inhumains, dans chaque nouvelle, plusieurs par leur actes nous sauvent la mise. Du violoniste au harpiste, du sonneur Gwen Labousig, ou encore Christopher Lee (!) et sa lyra grecque, ou Sylvia Thibault au piano, tous nous démontrent effectivement que "La musique adoucit les moeurs".
Une très belle écriture d'une grande amie des animaux. L'histoire de ce petit âne en particulier est très émouvante. Je suis passé du rire moins souvent, aux larmes surtout dans "Le bal des mouettes", pauvres oiseaux mazoutés au nom du profit, mais comme dit le dicton populaire "A chacun sa merde".
Un grand moment d'humour, la liste des chanteurs bretons venant donner un concert pour les oiseaux mazoutés, chapeau Madame, on les reconnaît tous, mais l'humour est la bienvenue, quelques exemples (que les autres m'excusent)le pianiste Xavier Huiban, le chanteur Dan Ar Bihan, les "Keltic Du" et les "Diaouled Ar Mor", les frères Goalec etc.......
On a parfois l'impression de lire des contes de fée, tant les histoires sont belles et se terminent bien, mais ces recueils sont en plus un plaidoyer pour le respect du monde animal. La nouvelle "Le Bal des mouettes" est en ce moment hélas d'actualité.
Extraits:
- La vie s'épuise dans la tristesse. Il avait perdu la joie en perdant son ami.
- Ce fut le plus incroyable Fest-noz que l'on ne vit jamais dans un port de pêche breton.
- Un vent de révolte profonde s'éveillait dans son corps fourbu.
- Désormais tu n'auras plus rien à porter petit âne mon frère, murmura Christopher.
- Et l'horreur humaine venait briser son vieux coeur.
- Une mélodie guerrière, depuis longtemps oubliée remontait en lui. Un chant martial se déployait, comme une marche invisible.
- Leur île. L'île de leur bonheur.
- Ses yeux verts avaient une expression parfois gaie, parfois mélancolique. Changeant, ils ressemblaient au ciel breton, parcouru de nuages toujours en mouvement.
- Mémoire militante, elle conservait les coordonnées de tous les chanteurs et musiciens de Bretagne.
- "Koukou vihan", petit coucou disait la chanson.
- Il n'était pas question de recevoir le pollueur et de pactiser avec lui, quelque fût le montant de ses offres.
- Il transforma la berceuse, le chant de l'amour tendre en marche guerrière.
- Mais elle réussissait dans toutes ses entreprises.
Éditions : La Part Commune.
* Phrase figurant sur la page de garde.
PS : Chronique non seulement corrigée par mon épouse, mais fait plutôt rare pour un livre qu'elle a également lu.