La vierge froide et autres racontars.
Jorn RIEL.

Note : 5 / 5.
Gros et lents au Groenland.
J'ai un très bon souvenir de ce livre lu il y a très longtemps. Je ne sais pas s'ils sont gros, les personnages, mais pour être lents (surtout si le vent est contraire!) ils sont lents dans leurs têtes. Ils ont des excuses, le cerveau congelé! En avant pour une relecture bien méritée.
Imaginez des équipes de deux personnes, souvent des hommes, parfois des animaux, jamais de femmes (sauf en pensée). Donc ils sont là disséminés sur la glace, à des distances respectables les uns les autres. Leur travail, la chasse, ils savent quand ils sont arrivés, la date de départ est plus aléatoire! Les jeunes font leur apprentissage comme Anton qui n'en finit pas de découvrir que le manque de soleil n'est pas sain pour le moral, soit! Mais le manque de femmes, c'est encore pire! Mais il y a des remèdes! La course contre le vent, mais le vent comme les femmes varie, petit Anton!Même là-bas, l'art ne laisse pas forcément de glace, surtout ceux qui en font commerce.
Allons découvrir Emma, la vierge froide! Pour cela parodions un peu le grand Jacques :
Et puis et puis
Et puis il y a Emma
Qui est belle comme un soleil.
Oh oui, il aima Emma, Mads Madsen. A la folie, il la décrit avec lyrisme :
- Emma, tiens, c'est comme si elle était faite rien qu'avec des beignets aux pommes.
- Quand Emma dit quelque chose, par exemple, c'est aussi beau que quand on chante l'hymne national à plusieurs voix.
Mais malgré tout, il ne faut pas perdre le nord, le grand Nord, devrais-je dire!
Qui oui, quel malotru peut penser après avoir lu ce livre que des funérailles doivent être tristes. Plus personne j'espère, des funérailles doivent êtres joyeuses (ou ne pas être!) La recette pour réussir cette cérémonie, un mort, un beau mort; un Comte par exemple. Un dernier voyage glacial et une bande de joyeux drilles très affectés. De quoi se réchauffer, pas en intraveineuse, mais au goulot, du combustible de premier choix. Un cercueil qui flotte de préférence. Dernier ingrédient un auteur mélangeant le tout avec maestria! Le seul qui peut en mourir, c'est le lecteur! De rire!
Les personnages : déjà il est impossible de les nommer tous, mais quelle cohorte de "Gueules", souvent pas racontables. Mais ces hommes ont souvent des coeurs d'or, mais pas toujours.
Valfred, maître dormeur, le roi de la nuit Arctique. Le cuisinier chinois qui jouait de la mandoline, et qui s'inquiétait pour savoir comment les phoques respiraient sous la glace! Un lieutenant qui a besoin d'être dompté, "le Noir", un étranger, un norvégien!
Des animaux aussi, un coq, Alexandre pas trop fier d'ailleurs et ayant certains problèmes de jour et de nuit. Mais bon, il n'avait pas demandé son affectation dans cette contrée retirée. Le surnom d'Alexandre le bienheureux lui aurait été à merveille, même si son copain de chambrée, Herbert, était un incorrigible bavard! Après le décès de son coq, ce dernier en manque de compagnie part chez Lodvig le taciturne. Et que les mots coulent à flots! Et le placide Museau qui nourrit les chiots. C'est dur pour un chasseur de perdre ses lunettes, depuis pour lui c'est la nuit, polaire en plus. Ajoutez un cochon qui par magnétisme ressemble à un humain! Et répond au doux nom de "Le roi Oscar"!
L'écriture est simple, ce qui va très bien avec le propos, un chasseur du Groenland ne peut pas parler comme un étudiant d'Oxford (ou de Cambridge d'ailleurs).
Un grand moment de bonheur. Une excellente idée pour finir l'année en beauté. Ou pour commencer l'autre, histoire de briser la glace!
Extraits :
- Valfred ne le comprenait pas. Car Valfred était un mufle qui ne se plaisait bien que dans l'obscurité.
- Il pouvait rester assis derrière la remise à gratouiller (sa mandoline) jusqu'à ce qu'on soit mûr pour chialer à la mort.
- Mais Herbert aimait Guess Grave. C'était un romantique doté d'une âme d'artiste.
- Sûrement pas commode d'être un coq par ici, j'imagine. Mais tu remplis ton devoir Alexandre, ça mérite d'être noté.
- Chin-chin répondit un Lodvig presque prolifique.
Il y avait de toute évidence certains mots qu'il n'avait pas complètement oubliés.
- Il ne distinguerait pas un morse furieux d'un capelan mort, murmura Bjorken.
- Parce que d'après ce qu'il savait, la pomme de terre venait justement d'Amérique, comme le chewing-gum et la syphilis.
Éditions : Gaïa et 10/18.
Titre original: Den Kolde jomfru og andrer skoner.( 1993)