Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs

« On ne naît pas Breton, on le devient, à l’écoute du vent, du chant des branches, du chant des hommes et de la mer ». Xavier Grall.

30 décembre 2007

GRALL Xavier / Au nom du père. Edition établie par Mikaela KERDRAON

Au nom du père

Xavier GRALL

(Édition établie par Mikaela KERDRAON)

Note : 5

A mon père, ma mère et ma grand-mère.

Il y a longtemps que je lis l'oeuvre de Xavier Grall, plus de 35 ans en fait.

Cet été, pendant le festival de Lorient, j'ai rencontré et ai pu parler avec Mikaela Kerdraon. Grand merci à cette dame.

Il y a quelques jours, j'ai reçu un mail me demandant si je pouvais aider quelqu'un à trouver "Les billets d'Olivier" pour offrir à son père! J'en ai été surpris, mais également flatté. Merci Catherine et je souhaite à ton père de pouvoir lire ce recueil.

Dans cet ouvrage la chronique numéro 1 date d'octobre 1963, celle qui clôt cet ouvrage est la 1415ème, elle est datée du 20 septembre 1972. Les textes de ce livre sont ceux de Grall au magazine "La Vie" qui parurent sous le titre de "Les chroniques du Logéco". A cette époque, toute la famille résidait à Sarcelles. Vivre en Bretagne n'était encore qu'un rêve.

Xavier Grall, sa vie, son oeuvre, combien de bretons connaissent encore ses textes?

Il est évident que j'ai mis longtemps à lire ce recueil. Dans ce cas les notes de lectures s'avèrent bien utiles.

Les choses de la vie, Thierry la Fronde ou que devient l'autorité d'un père contre cinq filles, la télé et un rebelle!

Les faits de la vie quotidienne sont les sujets de ces papiers hebdomadaires, les voyages, et comme Kerouac, une fascination pour les gares, ces lieux de rêves ou de peines, mais aussi une porte pour ailleurs. La mer, omniprésente, objet d'évasion et d'aventures, mais aussi de peur.

Les filles, objet de fierté, mais aussi d'angoisse paternelle :

- Être père, c'est compter toujours. La nuit, le jour, le jour, la nuit.

Grall évoque également l' Algérie et cette sale guerre. Le Maroc et son soleil, lui le breton se serait bien vu vivre là-bas.

Des anecdotes comme la visite de ce couple du Sud-Ouest juste venu pour saluer

"Mr Olivier", prénom avec lequel il signait ses billets.

L'Irlande est du voyage : ce monde affamé de poésie et de liberté.

Toujours aussi ce respect pour la nature et les animaux, l'hirondelle et l'alouette.

La famille, épouse et filles (ne pas oublier Kéroual le chien). Les frères et soeurs, les parents.

L'hommage à la mère dans ces quelques lignes :

- Et ma paix ne vient ni de mon travail ni de la musique, mais de cette femme qui près de moi lit une vie de Jésus Christ. C'est ma mère.....

Hommage au père également :

- Mon père est de cette race d'homme qui préfère X années travailler plutôt que de licencier ses ouvriers.

Les amis, et ils furent nombreux, ne sont pas oubliés, Glenmor évidement, un mot aussi sur Angela Duval. Dès que ce petit mot sera sur le blog, je me dirai, j'aurais dû parler de cela!!!!

Que dire de l'écriture de Xavier Grall, je ressens toujours le même bonheur (souvent plein de tristesse aussi) à le lire, les textes sont intemporels, le quotidien des hommes ne change pas. Il s'améliore matériellement avec le progrès, mais se détériore par l'absence de rêves.

Extraits:

- Une cité sans arbres, est-ce vraiment une cité?

- Élever cinq filles, ce n'est rien. Mais élever Keroual, mon chien, je vous assure que c'est plutôt coton.

- Les gares font rêver. Les gares c'est le chuchotement mêlé du temps et de l'espace.

- Alors me reviennent les mots, mes guitares intérieures se rechargent de musique.

- "Vous écrivez sûrement quelque chose" m'a demandé la dame.

"Oui, la Fête de nuit, un roman" ai-je répondu.

- Le sang versé a une mauvaise odeur.

Je laisse le mot de la fin à Mikaela Kerdraon :

"Comme Glenmor, comme Angela, Xavier doit rester présent parmi nous".

Éditions : An Here

Autres chroniques de ces auteurs :

Pour Mikaela Kerdraon : Kan ha diskan. Correspondance Grall-Glenmor.

Pour Xavier Grall :

Et parlez-moi de la terre; La Fête de nuit & le barde imaginé;

Le rituel breton & La sône des pluies et des tombes; Les vents m'ont dit;

L'inconnu me dévore; Mémoires de ronces et de galets; Solo & autres poèmes; Genèse & derniers poèmes. 

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29 décembre 2007

CIAM Gabrielle / Le train de 5 H 50.

Le train de 5 H 50

Gabrielle CIAM

Transports en commun!

Note : 3, 5

Ayant aperçu une chronique pour ce roman chez Delphine*, il y a très longtemps et étant dans une période où les livres courts ou les recueils de nouvelles ont ma préférence, c'était le moment ou jamais.

Cette chronique est dédiée à tous les gens qui voyagent en train, et surtout ceux qui ont partagé ces nombreux kilomètres que nous avons parcourus ensemble et qui se reconnaîtront par hasard dans ces quelques lignes.

Ayant subi cette corvée pendant plus de dix ans, départ O6H04 - retour 17h43, j'étais curieux de voir comment l'auteur décrivait le quotidien d'un train. Dans mon cas, non pas de banlieue, mais de province, et c'était journalier. Mais dans ce roman le train n'est que le lieu d'une passion dévorante.

5 H 50, voiture 13. Le lundi matin, c'est le train-train. Mais parfois cette routine est bouleversée par un événement inhabituel. Un homme est déjà installé en face d'elle, elle le reconnaît pour l'avoir déjà maintes fois observé, à la dérobée certes, mais avec quelque intérêt.

Elle prend les choses en main pour que le monsieur prenne son pied, ou l'inverse, il me semble!

5 H 50. Quelques semaines plus tard, pour la seconde partie du récit, l'homme devient le narrateur. Les lundi précédents, il a cherché cette femme et il a éprouvé de l'amertume et de la déception de ne pas la retrouver, mais aujourd'hui elle est là, enfin!

Mais certains lundi, la solitude attend l'un ou l'autre des protagonistes de cette histoire, car ils ne savent rien l'un de l'autre! Un retard ou un changement de programme impromptu et c'est peut-être un retour à la vie courante.

La dame et narratrice, Gabrielle de son prénom, l'homme et narrateur également, Bernard de son prénom, ils sont les seuls personnages de ce livre et ils se suffisent à eux-mêmes.

Un dernier mot, je n'ai jamais rencontré cette dame, ni quelqu'un lui ressemblant, question d'horaire je suppose!

Une bien belle histoire, en espérant pour eux que la gare d'arrêt ne soit pas le terminus de leurs aventures!

Reconnaissons que ce livre n'est pas un roman de gare, car s'il est très court et très prévisible dans son scénario, il est très bien écrit. Même si, il est parfois très osé.

Mais dans un train tout est possible, le meilleur et le plus surprenant, une superbe jeune fille quelques jours avant Noël qui regagnait son pays d'origine et qui s'inquiétait du temps de changement en gare de X (désolé pour le choix de la lettre). Vu les bagages nous avons un ami et moi compris pourquoi!

Le plus désagréable, ce sont les suicides et autres incidents, les heures de retard.

Là aussi la modernité a fait disparaître les compartiments et les groupes d'amis, les thermos de café du matin, les anniversaires et départs en retraite.

Les places style TGV ont rangé au rang de souvenirs ces pratiques amicales, ou plus si affinités!.

Extraits :

- Chaque homme, chaque amant pour être précis, avait apporté quelque chose au raffinement de sa féminité.

- Elle ne se fixait pas, quittait souvent, était quittée.

- Elle se trouvait moyenne. Moyenne en tout. Sa vie était là pour en attester.

- Jouir en silence la fait jouir.

- Ils deviennent un couple. Un homme et une femme tout simplement.

- Va-t-elle être là?

- Cette femme avait dynamité tout cela.

- Depuis deux mois elle cherche.

- Avec lui, et sans lui. C'était simple finalement.

- Elle le tient tout entier dans ses yeux, et jamais elle ne s'est sentie aussi proche d'un homme.

- Et il sait pourquoi. La femme du train a tout bouleversé.

Éditions : Arléa / Pocket.

* http://majanissa.over-blog.com/article-10853158-6.html#anchorComment

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26 décembre 2007

O'CRIOMHTHAIN Tomas / L'homme des îles.

L'homme des îles

Tomas O'CRIOMHTHAIN (1856/1937)

Note: 5

Dernier refuge.

Imaginez quelques îles perdues au large de l'Irlande, pas très loin certes, car visibles à l'oeil nu, mais si différentes. Les Blasket, ces dernières terres avant l'Amérique, le gouvernement irlandais a décidé de les évacuer en 1953, mais là sont nés ou ont vécu trois des plus grands écrivains irlandais de langue gaélique. Peig SAYERS*, Tomas O'CRIOMTHTHAIN et Muiris O SUILEABHAIN. Trois sur une population qui ne dépassa pas cent vingt, cent trente habitants! Les versions anglaises des noms pour les hommes sont Tomas O'Crohan et Maurice O'Sullivan. On peut y ajouter Micheal O'Gaoithin, fils de Peig Sayers qui mit sur papier les paroles de sa mère.

Au moment de son évacuation, seules vingt deux personnes y résidaient encore!

Ce livre, terminé en 1926 et publié en 1929, fut certainement le premier livre de renommée mondiale publié en gaélique.

Tomas est paysan et pêcheur comme tout îlien, il est nécessaire d'avoir plusieurs activités. Les familles sont souvent nombreuses, mais beaucoup des enfants quitteront l'île pour partir, souvent en Amérique.

Les naufrages, non provoqués (?) qui soulagent l'île de la misère en apportant des marchandises inattendues dans ces contrées, où l'auteur dit avoir eu l'âge adulte avant de boire du thé!

Les habits bleus, honnis de la population représentent le pouvoir anglais, luttant contre l'alcool de contrebande et tentant de rafler le butin des naufrages.

L'école et la nécessité d'apprendre l'anglais, mais les institutrices repartent pour se marier, et le poste reste vacant pour un temps indéterminé.

L'habitat est en général petit et tout le monde cohabite, poulets, cochons, chiens et chats, seul l'âne reste dehors!

La vie quotidienne simple, mais rude et la précarité de toutes choses ont amené les autorités à déplacer la population restante en Irlande, où elle s'est fondue petit à petit!

La vie et mais aussi son contraire la mort précoce, par maladie ou par la mer, grande dévoreuse d'hommes!

Les îliens, société miniature, entraide, comme cette garde permanente signalant l'arrivée de tous bateaux, surtout ceux de l'administration anglaise!

Les "continentaux", comme l'inspecteur scolaire aux quatre yeux, premier homme portant des lunettes que les enfants voient!

Une écriture sobre, certaines critiques parlent même de sécheresse, je pense que le but de l'auteur n'était pas d'écrire beau, mais vrai. On sent malgré tout une grande nostalgie, masquée parfois sous un humour naturel. Certaines expressions sont très imagées : "Le fond de l'écuelle" comme dit l'auteur, le dernier de la nichée. Ou toujours en parlant de lui même "Le veau d'une vieille vache".

N'attendez pas des héros au détour de ces pages, vous ne trouverez que des gens exceptionnels, mais modestes. Mais cette population fût une mine d'or pour les linguistiques du monde entier.

Un témoignage indispensable d'un monde mort à tout jamais, l'île n'étant plus peuplée que de moutons et quelques bergers parfois.

Quelques lignes du poète Desmond Egan au sujet des Blasket :

- j'ai attendu du haut d'une falaise

quelque signe de la terre d'Irlande

ai commencé à comprendre pourquoi la médiocrité

n'a jamais été de mise ici

où la vie est un exil.

Éditions : Petite Bibliothèque Payot/ Voyageurs.

Titre original:

An t'Oileanach (Titre gaélique)

A noter un excellent reportage sur cet auteur et les îles Blasket dans le Ar Men n°99.

* Voir la chronique.

http://eireann561.canalblog.com/archives/2006/05/10/1851294.html

Liste des ouvrages disponibles en français (à ma connaissance)

Peig par Peig Sayers (an here)

Vingt ans de jeunesse par Maurice O'Sullivan (Terre de Brume)

L'homme des îles de Tomas O'Crohan (Payot)

Plus le recueil de poésie Peninsula de Desmond Egan (Fédérop)

Posté par eireann yvon à 20:38 - A propos d'Irlande... - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

23 décembre 2007

Le DRIAN Marie / Ça ne peut plus durer.

Ça ne peut plus durer.

Marie Le DRIAN

Note : 5

La bande à Madeau.

Roman de 2003, désolé pour ce non respect des dates d'écritures, mais je lis au fur et à mesure de mes découvertes.

Léontine Madeau vit seule, mais au bord de la mer. D'accord par moment, elle perd légèrement la tête et a des comportements bizarres. Elle met la table pour quatorze invités, mais ne prépare rien à manger! Tant mieux car personne n'est venu. Aller se promener sur la plage un jour de pluie sans imperméable et en pantoufles, ce n'est pas raisonnable, même si elle a gardé son tablier de cuisine!

Essayer de téléphoner à l'oncle Joseph qui est décédé, ce n'est pas très logique. Mettre les nouilles, le sucre, la farine et l'encaustique au réfrigérateur, c'est un signe qu'elle n'a plus toute sa tête? Et le gaz, vous pensez au gaz, au fer à repasser pas débranché, enfin toutes ces causes d'accident!

Elle serait mieux en maison, voilà la conclusion de la bande à Madeau. "Au Doux Refuge", par exemple.

Commence alors ce qui pourrait s'intituler, comme le titre d'un livre ancien "Les aventures de Léontine au Doux Refuge".

Elle ne pense qu'à partir, mais fait tout pour persuader les gens qu'elle veut rester!

Elle pense qu'elle fait partie de l'équipe, non pas médicale, mais de l'équipe des malades, qu'elles ont une tâche à accomplir! Une tentative de retour à la vie extérieure pour rechercher un dentier se soldera par un fiasco.

Encore un personnage féminin hors-norme. Après Joséphine, voilà Léontine, attendrissante parfois, agaçante souvent, de mauvaise foi la plupart du temps, mais pleine de répartie et finaude comme tout. Mais se montrant caustique et méprisante pour sa famille. Le portrait qu'elle dresse de ses belles-filles et petits-enfants est phénoménal. Le repas du dimanche midi chez son fils, Paul, est un exemple de mesquinerie. Léontine s'est recréée son propre monde, se moquant des conventions et des obligations de la vie.

La bande à Madeau, ce sont ses enfants, qu'elle tient en haute estime:

-Paul Madeau, un vrai plat de nouilles. Jules et Jean, les jumeaux, un peu agités. Victor Madeau, une graine d'artiste. Gabriel Madeau, le voyageur de commerce.

Dernier détail, Léontine ne s'appelle pas Léontine, c'est son deuxième prénom. Je ne vous dirai pas le premier. Car si vous la rencontriez, et que vous vous trompiez, vous vous rendrez compte qu'elle déteste son vrai prénom, remarquez, elle n'aime pas vraiment que l'on l'appelle par son prénom usuel. C'est qu'elle se complique parfois la vie, cette charmante personne! Et puis elle a du caractère aussi!

Une sorte de longue conversation avec une "ancienne personne" (appellation que je trouve pleine de tendresse) qui nous explique que sa famille veut se débarrasser d'elle, pas physiquement non, mais l'éloigner.

Il y a dans l'oeuvre de Marie Le Drian un mot qui revient dans tous ses livres que j'ai lus pour l'instant, c'est le mot "intérieur". C'est l'intérieur des terres, l'Argoat, le Centre-Bretagne, ne plus voir la mer, ne plus la sentir? C'est dans ce livre ressenti comme une punition par Léontine.

Cette phrase résume bien la situation :

....c'est le Doux-Refuge aujourd'hui ou les pensions de l'intérieur demain.

Un récit débridé, un peu ardu au départ , mais que les choses de la vie sont bien observées. Là aussi, l'âge peut-être, j'ai eu du mal à m'imprégner de l'ambiance de ce livre, mais une fois que c'est fait, c'est jubilatoire!

Un compliment pour finir (non un énorme compliment), par moment j'ai eu l'impression de lire du Flann O'Brien!

Ce roman a obtenu le prix du Festival de Carhaix (Souvenirs, souvenirs!) en 2003.

Extraits:

- La première fois, les visites apportent une plante, une plante d'intérieur évidement puisque nous n'avons pas de balcon.

- Les vieilles filles sont acrimonieuses.

- Cela m'étonnerait beaucoup que la bande à Madeau ait des enfants modèles. Des mal élevés tout autant qu'ils sont.

- De mon fauteuil je suis trop loin pour lui donner un coup de canne. Ce n'est pas l'envie qui m'en manque de frapper cette nunuche.

- Nous ne sommes pas à l'hôtel.

- Mais nous voulons te faire plaisir! Le pire! Eux décident seuls de ce qui me fait plaisir.

- C'est mieux pour moi, le rance et la margarine, mieux que le beurre et la crème fraîche, ils doivent le penser Paul et son andouille d'épouse.

- Ma mère m'a appris à me méfier des lubriques, déjà à me méfier des garçons, ensuite des hommes.

Éditions : Julliard.

Autres chroniques de cet auteur :

Les femmes de là bas; Marie Poupée; On a marché sur la tête; Attention éclaircie; La cabane D'Hyppolyte.

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21 décembre 2007

MOODY Rick / Ice Storm

Ice storm

Rick MOODY

Note : 4,5.

Coup de froid

J'ai lu il y a maintenant quelques années "Démonologie", un recueil de nouvelles de cet auteur, puis "A la recherche du voile noir". Et j'avais bien aimé l'ambiance étrange de ces deux livres. Ce roman est intitulé "Tempête de glace" dans certaine éditions françaises.

La première phrase de ce livre est la suivante :

- C'est l'histoire d'une famille que j'ai connue pendant mon adolescence.

Nous sommes en 1973, en hiver, dans une banlieue d'apparence paisible de New-Canaan une ville du Connecticut. Ce genre d'endroit où l'ennui est un sport national et l'adultère son complément.

Benjamin Hood, dans la chambre d'amis de la maison des William, attend Jeaney, la maîtresse de maison dont il est l'amant. Celle-ci s'est absentée il y a quelques instants. Mais l'attente se prolonge, il repense à son existence, à son mariage et à ses enfants, tout cela sans aucun enthousiasme. Et Jeaney ne revenant toujours pas, il part à sa recherche en compagnie d'une bouteille de vodka dont le niveau baisse dangereusement. Il entend des conversations dans la maison, il est là pris au piège. Ces voix, il les connaît!

Et il découvre sa fille Wendy et Mike, le fils des Williams dans une position qui ne laisse planer aucun doute sur leurs intentions.

Il intervient, sans se rendre bien compte que la surprise passée, dès leur retour à la maison, son épouse va se poser pas mal de questions ?

Mais une soirée est prévue chez des voisins, la neige tombe, les masques aussi! La nuit laissera des traces, toute faute mérite un châtiment, parait-il, mais pourquoi un innocent ?

Les Williams, Jeaney et Jim, et leurs fils, Sandy et Mikey ; Les Hood, Benjamin et Helena et leurs enfants, Paul et Wendy, deux familles de la Middle Class américaine. Ces couples qui ne s'aiment plus, on peut d'ailleurs se poser la question, se sont-ils aimés un jour. Le mariage semble être une fatalité à laquelle on ne peut échapper, alors "Marions-nous"! Il sera toujours temps de réfléchir aux conséquences plus tard.

Cette bourgeoisie en pleine débâcle intellectuelle, avec comme seule préoccupation l'argent et le sexe. Un mal de vivre qui se cache sous une forte consommation d'alcool et des adultères sans lendemain. Toutes ces vies, sous certaines façades de respectabilité ne sont que des constats d'échecs permanents, qui rejaillissent sur leurs enfants. Les drogues, douces pour l'instant, commencent à circuler.

Une belle écriture, beaucoup plus simple que dans les autres livres de l'auteur que j'ai lus précédemment.

Une analyse féroce de l'American Way Of Life, qui me rappelle "Couples" de John Updick ou les romans de Laura Kasischke . Certains auteurs américains savent tremper leur plume dans le vitriol pour parler de leur pays et du comportement d'une partie de ses habitants.

A noter qu'un film réalisé par Ang Lee, avec Kevin Kline, Joan Allen et Sigourney Weaver a été tiré de ce livre. Il a obtenu le prix du meilleur scénario à Cannes en 1997.

Extraits :

- Tout se déroulait lentement, très lentement.

- Ou la tristesse d'un mariage raté. Sa solitude.

- Elena ne disait rien. Elle était aussi aisée à saisir qu'un traité de théologie allemand.

- Il aimait certes sa femme et ses enfants, mais détestait toute manifestation de leur existence.

- La routine du mariage commençait à le miner.

-Le corps humain était devenu à peu près aussi fascinant pour lui qu'une liste de courses.

- Un marché de dupes, en fait. Le triste besoin de se prouver que l'on avait le choix. Rien de plus.

- Elle trompait Benjamin avec sa jeunesse perdue.

- Pas question pour lui de devenir aussi triste que ses parents.

- Sandy était insipide. Aussi dépourvu de goût que l'eau du robinet.

- Un perdant dans une famille de perdants.

Éditions : Éditions 84.

Titre original: The Ice storm

Autre chronique de cet auteur :

A la recherche du voile noir.

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19 décembre 2007

LE BOHEC Jeannette/ Les patates au lard.

Les patates au lard

Jeannette LE BOHEC

Note : 4,5

Un autre monde*

Durant les années 1930, Jeannette Le Boher va passer ses vacances chez ses grands parents. Elle raconte avec candeur sa vie toute simple avec toutes les petites peines mais aussi les grandes joies d'une enfant de l'époque dans un milieu rural.

Habitant Perros-Guirrec, Jeannette Le Bohec, ainsi que ses soeurs passent leurs vacances au Réchou, près de Plounérin. Si seulement à peu près quarante kilomètres séparent les deux lieux, ce sont deux endroits foncièrement différents. Perros est au bord de la mer, l'activité touristique balbutie mais amène un travail saisonnier. Les parents restent travailler en ville, les enfants vont chez leurs grand-parents, à l'intérieur des terres.

Dans un monde qui vit ses derniers jours.

La religion est encore très présente et chaque jour se termine par la prière du soir.

Les travaux des champs rythment la vie, les jeunes filles s'occupent des vaches, comme si tout cela était naturel. La famille est pauvre, mais les années de misère noire sont révolues. Mais une stricte discipline est exigée de chacun.

Les fêtes villageoises qui suivent les moissons sont des moments de joie partagés par tous, tout âge confondu (ce mélange des âges est encore une réalité en Bretagne).

Les croyances et superstitions sont encore fortement ancrées chez ces gens simples.

Le journal une fois par semaine, et les commerçants ambulants sont les seuls liens avec le monde extérieur.

Il y a un chapitre à déguster sans modération "Devant les pilligs"; que de souvenirs!

Parfois c'est la "Guerre des boutons" version bretonne, avec des joutes oratoires avec les "Kerneo" honnis. Depuis très longtemps visiblement, les Cornouaillais ont une mauvaise réputation dans le Trégor, pourquoi, nul ne le sait de manière précise! Mais c'est comme cela!

Le problème de la langue amène des situations douloureuses comme ce père veuf dont le fils aveugle est confié à une institution parisienne, l'homme ne parle que le breton, l'enfant que le français. Toutes leurs conversations passent par la fille bilingue.

Mais petit à petit les jeunes partent, le déclin est amorcé. L'auteur nous donne les chiffres suivants : en 1930, il y avait au Réchou, une soixantaine de personnes dont de nombreux enfants et adolescents. En 1987, ne vivaient plus, à l'année que treize personnes dont six aux environs de 60 ans et trois autour de 80 ans.

Mamm-goz (la grand-mère) personnage sacrée de mon enfance. Ce qui m'émeut, c'est que sur une photo de famille, ma grand-mère et ses soeurs portent le même costume et la même coiffe que la grand-mère de l'auteur. Quarante kilomètre séparent Ar Réchou où se déroule ce livre et Langoat où est née ma grand-mère.

La famille au sens élargi, cousins et cousines jouent et font ensemble les quatre cents coups. 1936 et les congés payés vont en partie réunir les "Parisiens" et les autres.

Dans mon cas, les vacances en Bretagne étaient une suprême récompense après une année en banlieue parisienne. Évidement qu'entre les années 1930 et 1960, les choses avaient évolué mais pas foncièrement dans la structure familiale, les cousins étaient souvent là. Dans la ferme à côté de chez ma grand-mère il y avait des vaches, au bout d'un chemin quelques retenues d'eau avec des crevettes, et parfois on ouvrait une bouteille de cidre.

Une écriture simple comme, et c'est normal, si une enfant racontait sa vie. Les textes sont émaillés de mots bretons que je retrouve par-ci par-là. Et aussi quelques gestes comme faire une croix avec son couteau avant d'entamer un pain. Croix que ma mère fera jusqu'à sa mort même à plus de mille kilomètres de la Bretagne.

Un ouvrage très agréable avec juste ce qu'il faut de nostalgie sur une époque révolue.

Trois mots scelleront le trois septembre 1939, le sort de la Bretagne traditionnelle "Ar brezel zo!**"

Extraits:

- La prière bretonne monte dans la nuit d'été, avec l'alternance du solo menu de la récitante et du choeur sonore des répondants.

- C'était aussi cela la vie, impitoyable pour les pauvres et, plus encore, pour les isolés au fond de leur campagne.

- Une miche de pain ne s'entame pas sans être sanctifiée par un signe de croix tracé au couteau sur sa base.

- Mais c'était un évêque qui avait beaucoup à se faire pardonner : il ne connaissait pas le breton.

- La terre y est si pauvre que même les ajoncs restent nains.

- Mais une fillette de sa condition, devait à douze ans, commencer à gagner sa vie.

- Ce n'est pas compliqué : il faut traduire en français ce que mamm-goz énonce en breton.

- Je ne lui savais pas un timbre de voix si clair et un accent breton si peu accentué.
La fréquentation des touristes aurait-elle à ce point entamé son authenticité?

Éditions : Editions du Liogan.

* Titre du premier chapitre

** C'est la guerre

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16 décembre 2007

O'FLAHERTY Liam/ Les amants

Les amants

Liam O’FLAHERTY

Note : 4

Mer et campagne.

Recueil de 20 nouvelles éditées en 1976. O’Flaherty était un écrivain touche à tout, romancier, poète, auteur de livres de souvenirs ou de voyages. Il écrivait surtout en anglais bien que le gaélique soit sa langue maternelle. Il écrira d’ailleurs un recueil de nouvelles «Duil» (Désire) dans cette langue.

L’Irlande ancienne et rurale, des êtres frustres et cabochards comme le rétameur qui se venge du colosse qui depuis des années le terrorisait.

La très belle nouvelle "Tout arrive à maturité" où un lapereau est sauvé de la mort par sa mère qui détourne la belette vers elle, lui permettant de garder la vie.

"Le fanatique" résume la situation désolante de certains hommes dans les contrées les plus reculées d'Irlande. Dans une auberge sale, un homme en veut au monde entier, l'Angleterre, la France et surtout aux Etats-Unis. A la mort de leur mère, sa soeur est restée vivre avec lui, puis elle est partie outre-Atlantique. Il en devient fou de solitude, ce texte fait penser au poème de Patrick Kavanagh, "La grande famine", où le manque de contact moral et physique laisse des vieux garçons à moitié demeurés se réfugiant dans la religion. A noter une écriture très désuette, très emphatique qui convient très bien au contexte de l'histoire d'un homme qui refuse tout progrès.

Deux enfants partent à la pêche en empruntant une petite embarcation, dans "L'épreuve du courage" ; le plus timoré au départ fera preuve de sang froid et gagnera le respect de son père.

Une tentative de meurtre laissera deux hommes morts, un troisième tente de se justifier.

La nouvelle" Les amants" qui donne son titre au recueil est l'histoire des retrouvailles d'une femme qui a toute sa tête et d'un homme qui ne l'a plus du tout. Et pourtant comment oublier leur aventure amoureuse fort mouvementée.

Affreux, sales, bêtes et méchants, certains personnages ont toutes ces qualités (littéraires) avec en plus la cruauté et l'avarice parfois.

Prenez Patsa, il réunit tout cela, tellement avare qu'il envoie sa femme mendier son repas, mais son dernier repas, Nuala s'arrangera pour qu'il ne lui reste pas sur l'estomac. C'est ce que dit le proverbe "La vengeance est un plat...."

Quelques animaux sont les héros de certaines histoires comme dans "Les étalons sauvages", où ce sera le troisième larron qui sortira vainqueur du combat des chefs.

Il est question également de chiens, d'une petite chienne blanche qui sera mal récompensée de l'amour qu'elle porte à ses maîtres. Un chien de course n'a pas l'allure, mais il a la vitesse. Un canard sauvage recueilli à sa naissance restera-t-il un vilain petit canard? Une chèvre qui était la seule compagne d'un vieil îlien, finira par mourir, le vieil homme perdra la tête.

Il est également beaucoup question d'eau, ce qui en soit n'est pas étonnant O'Flaherty étant né à Inishmore, la plus grande des îles d'Aran.

Des îliens, il en est question dans "Le roi d'Inishcam" où un policier doit faire cesser la fabrication d'alcool clandestine, mais les lois sur l'île ne sont pas les mêmes que sur le continent.

Une écriture très réaliste qui nous fait toucher du doigt une misère sociale et morale.

Pas beaucoup de joie de vivre dans tout cela, mais ce n'était pas le but recherché par l'auteur.

Extraits :

- Que Dieu me pardonne! Cet homme, je l'ai détesté depuis que je suis mioche.

- Tous les vices, toutes les perversions qu'a pu accumuler notre communauté à travers les siècles s'incarnaient dans sa carcasse puante.

- Il possédait ce magnétisme que l'on reconnaît aux grandes putains et aux fous qui se prennent pour des dieux.

- Sa beauté était trop parfaite pour durer. Déjà la vive rougeur de la mort colorait sa joue.

- "Si je quitte Pag, les fées vont me l'emporter".

- Ces manigances à la française, cela ressemble trop à la diplomatie britannique.

- Ventru, noueux, la démarche chaloupée, il était plus proche du cochon que du lévrier.

- Car enfin, vos agissements enfreignaient la loi et je devais y mettre un terme

" Je n'ai pas enfreint mes propres lois", rétorqua-t-il tranquillement.

Titre original : The Pedlars’s revenge

Editions : Anatolia/ Le Rocher

Autres chroniques de cet auteur :

Insurrection ; L’assassin ; Le mouchard ; Le martyr ; A mes ennemis ce poignard.

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15 décembre 2007

LEWIS Ted / Plender

Plender

Ted LEWIS

Note : 4

Love me Plender*

Je ne connaissais pas du tout cet auteur anglais à la vie très courte, mort d'alcoolisme. J'ai donc voulu me renseigner. Sur le premier site spécialisé dans le roman noir, je lis ceci : né en 1940, mort en 1976 à 40 ans! Les degrés alcooliques font vieillir prématurément mais quand même!. Je regard ensuite sur Wilkipédia, là il est né en 1942, mort en 1982, mais il est signalé dans les naissances de 1940! Sur Evene, on ne se mouille pas pour les dates, seul renseignement "Écrivain américain"! Ne te retournes pas dans ta tombe Ted! Seule chose concrète de tout cela, je viens d'apprendre que le film "La loi du milieu" avec Michael Caine que j'avais beaucoup aimé est tiré d'un de ses livres.

Plender a réussi. Cet enfant né dans une famille pauvre occupe maintenant un poste élevé dans une mystérieuse société "Le Mouvement". Mais de sa jeunesse il a gardé la soif de monter dans la hiérarchie, de dominer. Pour cela, il lui faut détruire des hommes et des vies. Sa première cible est Froy ; par lui il cherche à identifier les vrais patrons. Surtout qu'il n'est pas exempt de tout reproche, il a gardé sous le coude et dans le plus grand secret quelques "clients" qu'il fait chanter.

Knott lui est devenu photographe. Toujours séduisant, il est heureux en ménage mais ne peut s'empêcher de multiplier les conquêtes. Il a connu Plender il y a longtemps, il a pris sa place de chef à la tête d'une bande de jeunes du quartier, puis en a fait son souffre douleur.

Quinze ans plus tard, le destin les réunit.

Plender assiste à la mort accidentelle de la dernière conquête de Knott et à la tentative de celui-ci de se débarrasser du cadavre. Alors Plender va enfin régler ses comptes.

Entre souvenirs d'enfance et temps présent, les deux narrations se suivent puis se complètent, chacun prenant la suite de l'autre.

Brian Plender, maître chanteur entre autre, cherche à se venger de sa vie passée. Lorsque Peter Knott, qui pour lui en est le symbole, réapparaît dans son existence, alors tous les coups sont permis. Machiavélique, il tisse sa toile dans laquelle sa victime va se prendre. L'épouse de Knott lui servira d'alliée bien involontaire (ou peut-être consentante?).

Knott grâce à un mariage d'intérêt s'est élevé dans la société, mais sa réussite est uniquement basée sur l'argent que lui donne son beau-père. Malgré cela il trompe allégrement son épouse, avec ses modèles, attirées par une gloire factice. Homme cynique, mais réaliste, buvant beaucoup, il sait qu'il n'est rien par lui-même.

Pour ce qui est de l'écriture, je vais me servir d'un avis plus autorisé que le mien Robin Cook :

-"Son exemple, montre combien l'écriture peut être dangereuse, quand on s'y consacre comme il faut, et l'écriture de Ted Lewis prouve qu'il ne s'est jamais défilé devant la page blanche. Non... car pour Ted Lewis, la page blanche était un champ de bataille."

Un précurseur pour des écrivains très noirs comme David Peace ou Ken Bruen. L'autre face d'une littérature policière britannique un peu trop conformiste à mon goût.

Un roman noir et glauque comme le nord de l'Angleterre où il se déroule.
Extraits:

- Le Mouvement méritait amplement que je l'en remercie.

- Est-ce qu'il a réussi aussi bien que moi? Probablement. Il avait pris un bon départ.

- Je dois faire semblant de trouver cette fille à mon goût. Je dois lui donner l'impression que je la désire.

- Maintenant, je comprends que je suis en enfer. Ce visage penché sur le mien, je ne l'ai pas vu depuis quinze ans. Le visage de Brian Plender.

- Toujours à l'écart, mais il faisait tout ce qu'il pouvait pour se faire accepter. Il en faisait même beaucoup trop.

- C'était le souffre-douleur.

- Et quand on joue comme lui, un personnage qui manque d'authenticité, les convenances sont d'une extrême importance. Elles permettent de masquer les craquelures dans le vernis.

- Et il affecte la froideur propre aux jeunes gens de sa génération. A ses yeux, je suis presque un vieillard.

Éditions : Rivages/Noir.

Titre original: Plender

*Titre revu et corrigé d'une chanson d'Elvis Presley.

Posté par eireann yvon à 09:10 - Littérature policière - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

11 décembre 2007

LISPECTOR Clarice / Un souffle de vie.

Un souffle de vie

Clarice LISPECTOR.

Note : 4

"Écrite en agonie"

Comme le dit Olga Borelli, plus amie que secrétaire, cette oeuvre commencée en 1974 et terminée en 1977 peu avant sa mort, a été comme l'a dit Clarice, "écrite en agonie".

J'ai lu plusieurs oeuvres de Clarice Lispector avant de tenir ce blog, mais l'interrogation à chaque fois est la même, lisible ou illisible?

Un auteur s'invente un personnage "Angela Pralini" pour rompre sa solitude. Il tente de lui insuffler la vie en nous la présentant. Elle a trente-quatre ans et est née à Rio de Janeiro.

Commence alors une longue suite de dialogues entre "L'auteur" et Angela. On y parle de musique et de chiffons aussi parfois, comme pour l'achat d'une robe pour Angela qui nous présente son chien "Ulysse". Les narrateurs s'attardent également sur la liberté et la folie. Le rêve et la réalité, l'incompréhension vis à vis des techniques modernes, sont également des motifs de réflexions.

Un des thèmes récurrent de l'ouvrage est la difficulté d'écrire! Chose qu'évoque souvent l'auteur avec quelques phrases comme celles-ci :

- Une chronique, ce n'est pas de la littérature, c'est de la paralittérature.

- J'ai tellement honte d'écrire. Heureusement que je ne publie pas.

- Le petit succès de mes livres m'a rendu difficile l'art d'écrire.

Clarice Lispector se dédouble dans cette suite de conversations à bâtons rompus sur tout et rien. Elle parle d'elle, dans le personnage d'Angela, en disant qu'elle écrit des chroniques hebdomadaires dans un quotidien. En effet Clarice Lispector a tenu chaque samedi, d'août 1967 à décembre 1973, une chronique dans le "Jornal do Brasil". Ses textes sont rassemblés dans "La découverte du monde" dans la même maison d'éditions que le présent ouvrage. Se dotant de deux vies, espérait-elle avoir le droit à deux morts?

L'amour et la haine qui font partie de la vie, ainsi que Dieu et la religion car la mort est là aussi même très proche pour l'auteur.

L'écriture de Clarice Lispector est belle mais pleine de mystère et cet ouvrage est relativement facile à lire, même si par moment on ne sait pas bien où l'auteur veut en venir. Une oeuvre à classer dans la partie lisible de sa bibliographie.

Une femme très attachant, morte la veille de ses cinquante-sept ans. Née en Ukraine, elle sera le symbole de la littérature féminine brésilienne.

Merci au magazine "Les Inrockuptibles" d'avoir un jour mis une photo de cette dame que j'ai gardé précieusement et qui et c'est le plus important de m'avoir donné envie de découvrir son oeuvre.

Extraits:

- J'écris comme si cela devait permettre de sauver la vie de quelqu'un. Probablement ma propre vie.

- Écrire est une sorte de recherche de l'intime véracité de la vie.

- Est-ce à cause de ce rêve que j'ai inventé Angela. Pour être mon reflet?

- J'écris à minuit parce que je suis obscur. Angela écrit de jour parce qu'elle est presque toujours une joyeuse lumière.

- Je suis un écrivain empêtré et perdu. Écrire est difficile parce que cela frôle les limites de l'impossible.

- Pourquoi tuer ce qui vit? Je me sens assassine et coupable.

- Douleur? Joie? C'est simplement une question d'opinion.

- Pour écrire, j'ai besoin de ne pas perdre de vue ma faible capacité.

- Angela n'écrit pas elle gémit.

- A mon avis Dieu ne sait pas qu'il existe.

- Et la mort ne peut plus rien contre moi parce que JE N'AI PLUS PEUR.

Éditions : Des femmes.

Titre original: Um supro de vida.

Autre chronique de cet auteur :

Agua Viva.

Posté par eireann yvon à 22:01 - Littérature mondiale - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

GOBY Valentine / L'échappée.

L'échappée

Valentine GOBY

Note : 3

Errances et désespérances

Quatrième oeuvre de cette romancière que personnellement je découvre, quelques critiques plutôt favorables m'ont donné envie de lire cet ouvrage.

Dans Rennes, dans l'occupation allemande est très présente, les hôtels sont réquisitionnés et leurs personnels avec. Madeleine fait partie de ceux-ci, elle est femme de chambre, âgée de seize ans, elle vient de la campagne bretonne où elle rentre toutes les fins de semaine.

Malgré la guerre, la ville lui semble plus vivante que son village de Moermel où elle s'ennuie. "Moermel" lieu imaginaire, contraction de Mordelles et de Ploermel? Cela sonne bien en tout cas!.

Un dimanche soir en rentrant tard, elle fait la connaissance d'un officier allemand, qui loge dans l'hôtel où elle travaille. Il est pianiste et demande Madeleine pour tourner les partitions pendant ses répétitions.

Leur relation est une vraie histoire d'amour, mais l'Histoire avec un H majuscule les rattrape. Joseph Schimmer disparaît, Madeleine est enceinte, et son monde familial s'écroule. Le nazisme aussi s'écroule, Madeleine qui a donné naissance à une petite fille est dénoncée par un amoureux éconduit. Ce sera l'opprobre public et sa cohorte de haine, pas souvent justifiée. Il ne reste plus qu'à partir, la mère et la fille, et tenter d'oublier le passé, malgré le tatouage ignominieux qu'elle porte sur elle. Elle essayera de reconstruire également sa famille, de trouver cette mère qu'on lui a caché si longtemps.

Madeleine, petite paysanne, est très attachante dans sa fausse candeur, l'ennui de sa vie la pousse à partir, mais son amour pour Joseph ne s'avérera pas la solution la plus simple, ni la plus réaliste.

Joseph Schimmer, pianiste allemand de renom est-il sincèrement amoureux de Madeleine? Un gros problème de santé vient perturber sa vie, sa main droite ne lui obéit plus comme il le souhaiterait. Sa carrière semble compromise, il quitte Rennes.

La famille de Madeleine : son père homme taciturne de trente ans plus âgé que son épouse, qui reporte tout son amour sur son fils, un peu benêt. Mais l'apparence est trompeuse.

Une écriture sans fioritures, c'est concis et va droit au but.

J'ai bien aimé le début du livre, la période de la guerre jusqu'à cette horreur de la tonte des femmes qui rendait les gens capables de tels actes plus ignobles que toutes ces filles ainsi exhibées.

Ensuite, malgré le fait de son amour pour sa fille et ses obligations de fuites, l'histoire de cette errance se traîne un peu. Certains personnages secondaires ne servent pas à grand chose. Seul ce mystérieux garçon amoureux d'Anne, mais qui disparaît redonne un peu d'intérêt à l'histoire. Très certainement le genre de livre qui n'est pas dans mes goûts littéraires.

Extraits :

- Elle est une paysanne de Moermel, il est pianiste et ils n'ont rien à faire ensemble.

- Les cloches sonnent, à toute volée. Elle sourit. Joseph Schimmer l'aimera.

- Elle pédale par habitude. Par devoir. Par haine de Moermel. Parce que la nuit tombe.

- Le piano n'a pas de frontières.

- Peu à peu, c'est l'hiver dans sa main. Il gèle de l'intérieur.

- Connaissez-vous une image plus triste, ma petite..... La musique jouée par un militaire, en pleine guerre.

- Ce n'est plus la mer, c'est un charnier.

- Je suis la France couchée, ils disaient, tout à l'heure, quand ils sont venus me chercher chez Jeanne.

- J'avance dans le paysage désolé, anéantie au-dedans, de Rennes il ne reste plus grand-chose, ni de Rennes ni de moi, le sol se dérobe.

- L'une sera le pays de l'autre.

- Puis elle le paiera. Des tonnes de chagrin et de haine.

- Mais Anne continue d'afficher sa naissance, perpétuant le malheur.

Éditions : Gallimard

Posté par eireann yvon à 21:55 - Littérature française - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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