L'échappée.
Valentine GOBY.
Note : 3 /5.
Errances et désespérances.
Quatrième oeuvre de cette romancière que personnellement je découvre, quelques critiques plutôt favorables m'ont donné envie de lire cet ouvrage.
Dans Rennes, l'occupation allemande est très présente, les hôtels sont réquisitionnés et leurs personnels avec. Madeleine fait partie de ceux-ci, elle est femme de chambre, âgée de seize ans, elle vient de la campagne bretonne où elle rentre toutes les fins de semaine.
Malgré la guerre, la ville lui semble plus vivante que son village de Moermel où elle s'ennuie. "Moermel" lieu imaginaire, contraction de Mordelles et de Ploermel? Cela sonne bien en tout cas!.
Un dimanche soir en rentrant tard, elle fait la connaissance d'un officier allemand, qui loge dans l'hôtel où elle travaille. Il est pianiste et demande Madeleine pour tourner les partitions pendant ses répétitions.Leur relation est une vraie histoire d'amour, mais l'Histoire avec un H majuscule les rattrape. Joseph Schimmer disparaît, Madeleine est enceinte, et son monde familial s'écroule. Le nazisme aussi s'écroule, Madeleine qui a donné naissance à une petite fille est dénoncée par un amoureux éconduit. Ce sera l'opprobre public et sa cohorte de haine, pas souvent justifiée. Il ne reste plus qu'à partir, la mère et la fille, et tenter d'oublier le passé, malgré le tatouage ignominieux qu'elle porte sur elle. Elle essayera de reconstruire également sa famille, de trouver cette mère qu'on lui a caché si longtemps. Madeleine, petite paysanne, est très attachante dans sa fausse candeur, l'ennui de sa vie la pousse à partir, mais son amour pour Joseph ne s'avérera pas la solution la plus simple, ni la plus réaliste. Joseph Schimmer, pianiste allemand de renom est-il sincèrement amoureux de Madeleine? Un gros problème de santé vient perturber sa vie, sa main droite ne lui obéit plus comme il le souhaiterait. Sa carrière semble compromise, il quitte Rennes. La famille de Madeleine : son père homme taciturne de trente ans plus âgé que son épouse, qui reporte tout son amour sur son fils, un peu benêt. Mais l'apparence est trompeuse.
Une écriture sans fioritures, c'est concis et va droit au but.
J'ai bien aimé le début du livre, la période de la guerre jusqu'à cette horreur de la tonte des femmes qui rendait les gens capables de tels actes plus ignobles que toutes ces filles ainsi exhibées.
Ensuite, malgré le fait de son amour pour sa fille et ses obligations de fuites, l'histoire de cette errance se traîne un peu. Certains personnages secondaires ne servent pas à grand chose. Seul ce mystérieux garçon amoureux d'Anne, mais qui disparaît redonne un peu d'intérêt à l'histoire. Très certainement le genre de livre qui n'est pas dans mes goûts littéraires.
Extraits :
- Elle est une paysanne de Moermel, il est pianiste et ils n'ont rien à faire ensemble.
- Les cloches sonnent, à toute volée. Elle sourit. Joseph Schimmer l'aimera.
- Elle pédale par habitude. Par devoir. Par haine de Moermel. Parce que la nuit tombe.
- Le piano n'a pas de frontières.
- Peu à peu, c'est l'hiver dans sa main. Il gèle de l'intérieur.
- Connaissez-vous une image plus triste, ma petite..... La musique jouée par un militaire, en pleine guerre.
- Ce n'est plus la mer, c'est un charnier.
- Je suis la France couchée, ils disaient, tout à l'heure, quand ils sont venus me chercher chez Jeanne.
- J'avance dans le paysage désolé, anéantie au-dedans, de Rennes il ne reste plus grand-chose, ni de Rennes ni de moi, le sol se dérobe.
- L'une sera le pays de l'autre.
- Puis elle le paiera. Des tonnes de chagrin et de haine.
- Mais Anne continue d'afficher sa naissance, perpétuant le malheur.
Éditions : Gallimard