A la vue, à la mort.
Françoise GUERIN.
Note : 3,5/ 5.
Garde à vue!
Seconde oeuvre de cette auteure que je lis, mais son premier roman. Normal me direz-vous c'est son premier. J'ai beaucoup aimé son recueil de nouvelles "Mot compte double", j'espère que cette lecture me procurera le même bonheur.
A noter que ce livre a obtenu le prix du premier roman au festival de Cognac.
Le commandant Eric Lanester, profileur, devient, à la suite d'un choc émotionnel atteint de cécité. La vue d'un oeil dessiné sur un plafond, au dessus d'un meurtre particulièrement ignoble l'a en effet profondément traumatisé. Cet oeil, dessin rituel, semble le signe d'un tueur en série surnommé "Caïn". Ce crime est le troisième de la liste. Commence alors une enquête qui tout en étant présente dans ce roman, sert surtout de cadre à un homme pour redécouvrir sa vie et la vie en général. Dans son univers d'un noir absolu, le narrateur découvre le monde et ses difficultés. Fini l'homme puissant mais tourmenté, ne reste qu'un être handicapé en lutte avec un assassin,, mais également avec lui même et ses fantômes passés. Ses démêlées avec certains de ses collègues ou supérieurs hiérarchiques, la disparition de son frère Xavier qui s'est enfui de l'institut où il est soigné, n'aide pas à lui procurer la sérénité nécessaire pour cette enquête difficile. Les morts continuent, tous ont les yeux arrachés avant de mourir. Quel est le mystérieux lien qui les relie les uns aux autres? Un polonais, Jacek qui lui servait de chauffeur, est également tué. Quelle est cette forte odeur détectée sur le lieu d'un des crimes, odeur connue, mais pas encore identifiée ?
Pas mal de personnages dans ce roman, à tout seigneur tout honneur, Eric Lanester vit une période pour le moins difficile de sa vie, ses visites chez la psychiatre, Jacinthe Bergeret, le ramène vers son passé familial. Son père, policier également révoqué pour insubordination, devenu l'ombre d'un être humain, qui se suicidera. Son frère Xavier qui ne parlera plus après la découverte du corps de son père. Ce même Xavier dont les fugues sont un motif de préoccupation supplémentaire, où est-il?
Un peu de guerre des polices pour épicer l'affaire, bref une intrigue bien construite, pour une histoire se déroulant sur une vingtaine de jours. Très belle écriture, style polar à l'ancienne, impression sûrement renforcée par la couverture et la maison d'éditions, qu'il me semble connaître depuis que je lis. Est-ce pour cela que mon entrée réelle dans ce roman fut si longue? Des chapitres très courts donnent du rythme à cette histoire étrange d'un homme perdant la vue, mais enquêtant malgré tout sur une affaire criminelle. Un bon premier roman qui je l'espère en appellera d'autres.
Extraits :
- Frappé de cécité, étrangement, ça paraît moins effrayant que de dire "aveugle".
- Il y a quelques jours encore, je croyais que la peur vivait chez les autres.
- A présent, elle a changé de domicile. Elle habite chez moi.
- La dame paraît aussi douce et sensuelle qu'un escadron de la mijicja chargeant un cortège de manifestants.
- Je ne m'attendais pas à ce qu'un policier utilise le mot "mort" pour parler de la victime.
- On a la madeleine que l'on mérite.
- Cette fois, l'utilisation du verbe "voir" ne le gêne plus. Ma cécité devient presque banale.
- Oui, renchérit Carla, vous êtes aveuglé par votre haine pour Guillaumet.
- Mais il est évident qu'elle n'a pas coché l'option psychologie.
- L'autre logique consiste à se demander à quoi cela peut bien vous servir de devenir aveugle?
- Est-ce-qu'il y a des victimes sous les décombres de mon angoisse?
- Caïn a cet étrange pouvoir sur moi de m'empêcher de penser. Pire il m'aveugle.
- Qui était Jacek? Qui était ce père qui me faisait peur? Qui sont Xavier? Léo? Bazin? Kamel? Qui est l'autre pour moi?
- Vous voulez dire que j'ai un intérêt dans cette relation avec Caïn.
Éditions : Le masque noir.
Autre chronique de cet auteur :
Mot compte double.