img268

L'ange gardien.
GUENANE.
Note : 3,5/5.
Dans une autre époque.
C'est pour moi la saison des découvertes, après ma participation au "Goncourt des lycéens", retour à des littératures plus "classiques" pour moi.Donc retour en Bretagne avec une auteure que je découvre, qui semble ne pas habiter loin de chez moi! Elle avoue s'être inspirée de la vie de son arrière-grand-mère pour écrire ce roman.Albane de Kermadec, dans l'euphorie des festivités du mariage de Napoléon III, connaît le grand amour, assez en tout cas pour être enceinte.De retour en Bretagne, elle est cloîtrée dans le manoir familial. Une fille naîtra de cet amour, abandonnée à la porte du couvent des Ursulines, le 1er novembre 1853, elle sera baptisée Camille Bertin. Nous la suivrons de l'enfance jusqu'à son mariage.A neuf ans, elle quitte le couvent pour travailler dans une ferme, un monde tout à fait différent de celui qu'elle a connu, la langue est différente, presque personne ne parle français. Le travail aux champs ne ressemble pas aux corvées ménagères d'une maison religieuse. Les gens ne sont pas les mêmes, l'éducation et le mode de vie sont à l'opposé! Mais Camille grâce à son intelligence (et à son ange gardien)ira à l'école, ce qui pour l'époque était plutôt rare, les enfants travaillant de très bonne heure.Elle partira à Rennes, trouvera du travail, fera des études, et rencontrera l'amour.
Elle reverra son ange gardien qui lui donnera une bourse contenant une adresse aux environs de Quimper ; intriguée, elle s'y rendra!
Des personnages sympathiques et attachants donnent vie à ce court roman.
Camille Bertin, jeune fille fière, qui réussira à sortir de sa condition toute tracée d'employée de ferme.
Son futur mari lui aussi réussira à devenir instituteur tout en étant né dans une ferme où la langue de tous les jours est le breton.
Un dépaysement certain pour ce roman situé entre 1853 et 1873. Une époque où les problèmes de mathématique évoquaient un homme qui va à pied du Faouët à Kernascléden!
Un temps où un voyage entre le Morbihan et Rennes était une expédition.
Pas de grosse surprise dans ce roman; l'orpheline retrouvera père et mère et se mariera (un mariage d'amour en plus).
C'est très bien écrit, la Bretagne profonde et ancienne est restituée avec, il me semble, fidélité et aussi avec beaucoup d'affection.
J'ai retrouvé dans l'évocation de Rennes des endroits que je connais, rue du Champ- Jacquet, place du Champ-Jacquet, place des Lices, rue de la Monnaie ou la rue de Pont-aux-Foulons, ce vieux Rennes aux maisons à colombages, si beau et si vivant.
Une dernière chose, quelques évocations de repas paysans m'ont mis l'eau la bouche.
Extraits :
- Ce mariage donnait la fièvre à toute la ville qui sentait l'absinthe.
- Le fils d'une lingère, vous n'y pensez pas!
- Nous nous arrangerons ensuite avec les remords!
- La tristesse passe, ma fille, comme le reste.
- C'est facile de briller parmi les ânes.
- Silence et solitude, ceux qui ne savent pas le sens de ces deux mots n'ont qu'à venir ici.
- Le soir, elle dévora de la bouillie de blé noir avec du lait ribot.
- Un bon repas de pauvre, quant on a bien faim, vaut un dîner de roi.
- La petite bourgeoisie marchande rennaise a des principes à ne pas bousculer.
- L'ignorance est plus facile à vivre que l'impuissance.
- Avec un peu de chance ta mère sera veuve bientôt.
- Un secret, ma chère, n'est-ce pas, une forme de mensonge?
Éditions : Blanc Silex.
Autre chronique ici