On n'est pas là pour disparaître.
Olivia ROSENTHAL.
Note : 4 / 5.
Docteur A. et Monsieur T.
Encore une auteure que je découvre ce qui est normal, j'ai de très grosses lacunes en littérature française!
Monsieur T. un matin poignarde son épouse, question unique : pourquoi? Or il est incapable de répondre de manière cohérente! Le diagnostic du corps médical est le suivant : crise de démence due à la maladie d'Alzheimer. Commence alors un long récit de la vie de Monsieur, de son présent et de son passé pour tenter de trouver une explication à son état. Nous le suivons dans son parcours de malade d'hôpital en maison de retraite, nous côtoyons également des personnages qui sont aussi parfois des narrateurs. Sa fille, ou du moins une de ses filles, qu'il confond avec son épouse, ce qui entraîne des situations équivoques et des réactions parfois ambiguës de cette fille aînée. Son épouse également vient le voir, se posant elle aussi la question : pourquoi et comment peut-on en arriver là?
Monsieur T. lui même cherche dans un amalgame de pensées éparses et décalées les raisons profondes des ses faits et gestes depuis des années. L'Amérique, son rêve inassouvi, le suicide de sa soeur, son premier mariage, ses trois filles et son divorce. Il repense à son envie ce tragique matin de vendre la maison, mais il poignardera son épouse!
L'auteur s'invite également dans son livre, est-ce un peu une histoire familiale ou alors vécue?
Parfois, en supplément nous avons droit à un historique de cette maladie. Les relations entre les différents médecins à l'origine de cette découverte ne sont pas excellentes, ce qui complique encore le récit. Car Alzheimer n'était pas particulièrement ravi ou du moins ses descendants que leur nom soit presque devenu un nom commun.
- Les seuls qui portent le nom du fameux médecin sont les malades. On les appelle familièrement les Alzheimer.
Tout est ardu dans ce livre, l'histoire, la maladie, le style de narration. On a la nette impression que l'auteur veut nous persuader, nous lecteurs, que nous souffrons de la maladie d'Alzheimer. La page 60 par exemple (bon, c'est un trois-quart de page d'accord) commence par la phrase suivante :
«Je vais faire la liste de toutes les maladies qui portent le nom d'un médecin......»
Déjà avoir plusieurs narrateurs n'aide pas, à mon goût, à la compréhension de ce livre, et pour couronner le tout, les comptes-rendus des médecins suivent un ordre décroissant. Les prescriptions commencent en 2006 et se terminent au début de la maladie en 2000.
Un roman pas facile d'accès mais intéressant, une manière plus classique d'écrire l'aurait rendu plus accessible ; à moins que l'auteur se soit ingénié à brouiller les cartes!
Une oeuvre qui pour le lecteur la mérite.
Extraits :
- Si l'on se projette un tant soit peu dans l'avenir, il n'y a en effet aucune raison d'être particulièrement optimiste.
- Toi là
tu es là
tue là.
- Les écrivains sont souvent superstitieux.
- Je ne suis pas ta femme, papa, je suis ta fille.
- S'il y avait moins de médecins, certaines maladies ne porteraient pas de noms. On ne les connaîtrait pas.
- La fidélité à notre histoire est à ce prix.
- J'ai un trou
est-ce que j'ai vendu la maison?.
- Écrire sur la maladie de A. est par nature voué à l'échec.
- Il faut du temps pour rentrer dans la tête d'un malade de A. pour cesser de ne voir là qu'une déchéance.
- Si on n'éprouvait pas en même temps des déficiences, la maladie de A. serait la maladie des conquérants.
- D'être un homme
c'est trop compliqué.
Éditions : Verticales.