Portrait de l'écrivain en animal domestique.
Lydie SALVAYRE.
Note : 2,5/5 .
Écrivain perdu avec collier.
Une plongée dans l'inconnu avec ce livre de cet auteur d'origine espagnole qui a écrit une quinzaine de romans que je découvre donc avec cet ouvrage.
Une femme fauchée accepte de devenir l'écrivain officiel d'un riche homme d'affaires, le roi du hamburger! Vivre de son art, soit mais quand les dernières liquidités des droits d'auteur sont dépensées, que faire? Dire oui à une offre difficilement refusable et devenir la plume ou plutôt le scribe obéissant d'un homme qui cherche un portrait flatteur de lui-même. Tous les deux sont issus des classes ouvrières, d'où le raccourci tentant, l'un a réussi, l'autre, l'artiste, qui vit de faux semblants, d'imaginaire, d'idées parfois brillantes. Mais pour qui tout ce qui brille n'est pas or.L'écrivain est très vite pris entre deux désirs, la fuite pour tenter de sauver son âme et une certaine dignité et une envie de prolonger cette vie luxueuse qui lui est offerte. Certains soirs, la tentation de partir est présente, mais un retour à la case départ à sa vie d'avant lui fait redéfaire ses valises! Sa solitude, certains amis ne lui pardonnent pas cette trahison, revivre dans un appartement triste, un côté un peu vénal. Elle a également une certaine amitié pour Cindy, l'épouse du milliardaire, mais ce sentiment est aussi un alibi pour se donner bonne conscience.
Jim Tobold, homme d'affaires autodidacte, conquistador des temps modernes, est lancé à la recherche de son Eldorado. Mais sous son côté froid et dur, un être qui doute sûrement, sinon pourquoi ce livre comme une justification pour les autres? Ou alors une rédemption à moindre frais. Mais tout être humain porte en lui une faille invisible légère ou très profonde que l'argent ne peut effacer.
Ce qui m'a frappé relativement rapidement dans ce livre, c'est le double vocabulaire, style moine et soldat. Les références religieuses, je suis le Prophète, mon Evangile, les ténèbres, la rédemption, l'accomplissement. Mais pour la soif de conquête, l'église et le fast-food même combat.
L'auteur fait lucidement le point sur toutes ses petites lâchetés (qui sont les nôtres également tout au long d'une vie). Elle le fait parfois avec humour, souvent avec regret.
Ce que j'ai moins aimé, trouvant cela un peu gratuit et inutile, c'est la liste des personnalités que l'on croise au fil des pages (de Niro, Sharon Stone ou Bill Clinton etc).
Dommage que l'histoire dérape dans les dernières pages, le final tournant carrément à la farce.
Une lecture facile mais qui ne laissera pas un grand souvenir une fois le livre fermé.
Extraits:
- Soit dit à ma honte, je m'écrasais, pour le dire avec des mots simples.
- Elle va écrire mon évangile, et il fit le geste de tracer une croix en ma direction.
- Ils étaient douze à siéger. Treize avec Tobold. La Cène au grand complet.
- J'étais lâche.
J'en prenais l'habitude (pas encore le goût).
- Je crois même que je n'étais jamais tomber si bas.
Un paillasson.
- En un mot, je croyais pouvoir négocier avec moi même.
Je m'abusais.
-Toblod aimait à corréler ses performances sexuelles et ses prouesses financières. Les unes, affirmait-il, sont à proportion des autres. Et réciproquement.
- Monter une affaire, dit-il, c'est descendre des gens.
- Dans la journée Tobold est un monstre de froideur. Un monstre d'inquiétude la nuit.
- Plus le temps passait, plus je prenais goût, je le confesse, au luxe.
Et plus je me laissais prendre à ses prestiges.
- Il élimina tout ce qui était éliminable, et surtout la beauté, quelle pitié.
Éditions : Seuil.
Dans le même style, mais en beaucoup plus noir, l'excellent livre " Déluge*" de Karen Duve, où un écrivain accepte de transcrire les mémoires d'un gangster notoire, ce qui ne s'avère pas être une bonne idée