Du mercure sous la langue.
Sylvain TRUDEL.
Note : 4 / 5.
Dieu hait son âme*.
Premier livre de cet auteur québécois né en 1963 que je lis. Un livre fort, une grande leçon de courage et de vie.
Frédéric a dix sept ans, sa mort est programmée pour quand au juste, personne ne le sait, mais la fin est proche.Alors il se raconte, réfléchit à sa courte vie, pense à ses parents, se dit qu'il vaut mieux mourir jeune que de vivre comme son père.
Quelques rayons de soleil parfois illuminent ses journées d'hôpital la visite de sa psy, belle femme dont parfois il remonte le moral. Celles de son grand-père ou alors de son ami Louis qui guérit quittera l'hôpital. Mais surtout ce sont ses rencontres avec Marilou, comme lui écrivant des poèmes qui sont ses grands moments de bonheur. Mais celle-ci à son grand regret quittera l'hôpital :
-Elle est partie si vite que je n'ai pas eu le temps de lui faire un enfant.
Il se donne un nouveau nom, celui d'un obscure poète italien "Le Poète métastase" ce qui horrifie l'hôpital et ses parents.
Il se refuse à voir ses amis, pour ne pas montrer sa déchéance, il se querelle avec l"abbé de l'hôpital, car il refuse de se confesser, car dit-il "Je n'ai aucun pêché".
Maryse Bouthillier, la psychothérapeute, comme tout être humain a des périodes de doutes, surtout avec son métier, elle amène à Frederic une présence féminine autre que familiale, elle lui fait repenser à une maîtresse d'école dont il fut amoureux autrefois. Mais en la regardant, il se rend compte qu'il n'atteindra jamais l'âge adulte, ne se mariera pas et n'aura pas d'enfants.
Grand-père Baillargeaon et grand-mère Emilia donnent aussi, avec ses parents, de par leurs visites, de courts instants de bonheur.
Malgré la gravité du propos, Sylvain Trudel ne tombe pas dans le mélo facile, au contraire. Ce roman donne une leçon d'espoir en racontant cette histoire avec le ton juste, un sentiment de révolte, un enfant ne devrait pas mourir de maladie (ni de rien d'autres d'ailleurs) à cet âge. Il y a également un fatalisme enfoui dans cette écriture, mais presque caché. A noter la présence de poèmes disséminés par-ci, par-là.
Un très grand livre!
Quelques expressions populaires suivant le côté de l'atlantique que l'on se place se ressemblent fort tout en étant légèrement différentes :
L'auteur parle de lit rembourré de noyaux de prunes, j'ai toujours entendu noyaux de pêches! Avoir le moral dans les pieds revient pour moi à avoir le moral dans les chaussettes!
Extraits:
-Dans nos contrées civilisées, les gens préfèrent mourir du coeur: c'est plus noble que de mourir de la vessie, des intestins ou des testicules.
- Mon pauvre père, si gentil, si fatigué, si démuni. Il mériterait mieux que ça.
- Un poitrail de buffle rempli d'affection pour son petit-fils qui n'aura jamais le temps de le décevoir ou de le scandaliser.
- Mais elle m'a fait promettre de revenir la voir un autre tantôt.
- Les singes et nous, on est plutôt des cousins qui auraient eu le même grand-père.
- Maman, je te l'ai déjà dit cent fois, je ne veux plus être vu.
- Dans l'épreuve de beauté qui l'oppose au jour, Marilou perd du terrain.
- Si j'avais eu de la bonne moelle osseuse, j'aurais voulu me greffer à Marilou pour toujours.
- Ils sont arriérés les gens en bonne santé, il croit que le rire aide à guérir! On voit bien qu'ils n'ont jamais souffert.
Éditions : Les Allusifs.
*Une des dernières phrases du livre.