30 septembre 2007
CARSON Paul / Scalpel.

Scalpel
Paul CARSON
Note : 4
Onze jours!
Ce thriller médical est sorti en France en 1988 sous le titre "Rouge Irlandais".
J'ai lu il y a quelques années "Mercy Hospital" de cet auteur, médecin de formation et directeur de clinique. On le sent à la lecture de ses livres.
Dans une maternité de Dublin, une femme accouche. Grâce à la compétence du service médical l'enfant survit ; ce garçon est le fils d'un des hommes les plus riches d'Irlande.
Dans une autre partie de l'hôpital, ce même soir Dean Lynch médecin qui avait aidé à l'accouchement tue une infirmière. Bizarrement la police se heurte à un mur de silence, et aux difficultés venant de la direction qui souhaite que l'affaire reste secrète.
Monsieur et Madame O'Brien et leur fils, Gordon, quittent la maternité, avec force publicité pour redorer l'image de marque de cette dernière. Mais sitôt dans leur maison de campagne, Gordon est enlevé. Qui est derrière ce kidnapping qui tombe très mal pour la police, les deux affaires sont-elles liées?
Aussitôt le pays est en émoi, les politiciens s'en mêlent ; pour le crime l'inspecteur Mc Grath est dessaisi au profit du sergent Kate Hamilton au grand bonheur de la ministre de la Justice.
Des rancoeurs personnelles naissent ou renaissent, la ministre de la Justice en veut particulièrement au chef de la police. Kate Hamilton elle-même éprouve un très vif ressentiment envers le directeur de la clinique.
La police fait pression sur le milieu dublinois pour retrouver les responsables du kidnapping, en espérant que lassé de voir les affaires marcher au ralenti, les truands dénoncent quelqu'un. Malgré cela l'enquête s'enlise et une demande de rançon parvient aux parents.
Puis une deuxième infirmière est assassinée, on la retrouve aussi avec un scalpel planté dans le cou.
La panique s'installe dans le pays.
Les personnages les plus en vue sont, Kate Hamilton, sergent dans la police irlandaise. Fille mère, elle a beaucoup de mal à conjuguer vie familiale et professionnelle. En plus elle se retrouve sans le vouloir au centre d'une querelle politicienne, entre une ministre de la Justice qui veut imposer une femme pour cette enquête, et un directeur d'hôpital qui est uniquement préoccupé de notoriété et de rentabilité.
Dean Lynch, médecin héroïnomane se sait condamné, le sida, le détruit peu à peu. Orphelin, maltraité dans les institutions de charité, mais peu charitables d'Irlande, la vengeance aveugle et un sentiment d'impunité le hantent. Il se souvient de son premier crime, il avait alors douze ans!
Un livre intéressant car il colle au problème de la criminalité en Irlande, lié avec une augmentation de la consommation de drogue. L'auteur pose également la question : la police irlandaise dans sa chasse à l'IRA n'a-t-elle pas négligé le grand banditisme! Puis la possibilité d'attentat loyaliste après la reprise des hostilités de l'IRA a encore détourné les forces de sécurité sur le terrorisme, laissant la rue au milieu. L'assassinat de Véronica Guérin ayant réveillé les consciences, mais un peu tard, semble-t-il! Autre constat de l'auteur, est-ce raisonnable de sauver des nouveaux nés alors que le corps médical sait pertinemment que ces enfants auront des séquelles toutes leurs vies?
Extraits:
- Il allait mourir.
Mais pas tout seul.
Il avait d'abord quelques comptes à régler.
- Un incident ! rumina McGrath. Tu parles d'incident! La fille a été assassinée!.
-Les policiers consacraient plus de temps à surveiller les groupes paramilitaires que les criminels de droit commun.
- Mon Dieu, où va ce pays?
- La cible est tellement célèbre qu'ils auraient aussi bien pu s'attaquer au pape ou au Père Noël.
- Qu'est-ce que c'est que ça, un jeu de pouvoir ou quoi?
-C'était le pire crime de toute l'histoire du pays, pire encore que les attentats à la bombe de Monagham et de Dublin au milieu des années soixante-dix.
- Putain ce n'était qu'un bébé.
- La honte retombe de nouveau sur notre pays.
- Dean Lynch regardait aussi les informations.
"Quelqu'un me vole ma vengeance" se dit-il.
- Nous avons dans notre pays l'un des taux de mortalité infantiles les plus bas du monde.
-Les parents apprécient nos efforts, mais ils veulent quand même au bout du compte, un bébé normal et en bonne santé.
-Mon Dieu, la vie est une drôle de garce.
- Les médias en avaient presque oublié le match de la veille.
Éditions : Livre de Poche.
Titre original: Scalpel
27 septembre 2007
JAOUEN Hervé / Les ciels de la baie d'Audierne.

Les ciels de la baie d'Audierne.
Hervé JAOUEN
Note : 4,5
La Mélodie du malheur.
Ce roman date de 2006 et est donc une oeuvre récente d'Hervé Jaouen.
Mélodie va avoir dix huit ans. De sa chambre, dans la maison de son grand-père, elle regarde la baie d'Audierne. Nous sommes au mois de mars, le mois des pluies et des vents qui chassent les nuages, mais pas la grisaille d'un début de printemps.
Elle met sur le papier l'histoire qui a brisé son adolescence.
Elle avait quinze ans, Petit Louis, son frère, neuf ans. Elle ne savait pas alors qu'elle était heureuse. Ses parents travaillaient, lui était masseur-kinésithérapeute, sa femme l'aidait au cabinet.
Un matin la police arrête son père, quelques jours plus tard l'accusation tombe "Réseau de pédophilie", sa mère est également inculpée.
Mélodie est placée dans un foyer, Petit Louis dans une famille d'accueil malgré que leurs grands-parent voulaient s'en occuper.
Plusieurs familles seront broyées par la justice et par la rumeur publique. Les dégâts "collatéraux" commencent, un inculpé se suicide, la grand-mère de Mélodie meurt dans ce qui ressemble fort à un suicide.
Malgré la libération de la mère, ils doivent maintenant faire face à un problème financier, la vente de tous leurs biens leur permet de survivre, la mère trouve du travail et un logement dans une banlieue lugubre, la régression morale et sociale peut continuer.
Le personnage de Mélodie est à un âge difficile, où même quand les problèmes sont mineurs, ils semblent insurmontables. Alors dans sa situation, le rejet de la société est un exutoire. Donc elle reniera toutes les valeurs que lui avaient inculquées ses parents. Petit Louis, lui choisira le silence, l'obéissance et presque le renoncement de lui-même.
Les parents et grands parents ne s'en remettront jamais, mais y avait-il une possibilité de revivre comme avant?
Le juge Sibérius, dont la description par Hervé Jaouen, est un moment de mépris littéraire, avait la loi pour lui. Alors, reste le placard et peut-être un blâme!
Disons de suite que j'ai été un peu gêné par la très grande similitude avec une affaire sordide dont on parle encore et qui reste hélas un modèle de tout ce que l'appareil judiciaire ne devrait jamais pouvoir faire. Il est difficile de se retirer cette idée de la tête au début de ce livre, ce qui en gâche une partie de la lecture. Heureusement cela disparaît dès la seconde partie du roman où nous suivons la vie de ces gens dans un nouvel environnement et les traumatismes qui vont en résulter.
Comme souvent Hervé Jaouen dresse un constat social très réaliste qui se double ici d'une "mise en accusation" d'une justice bâclée par la faute d'un homme incompétent mais disposant de pouvoir inadmissible. Une oeuvre dure, d'un très grand réalisme.
Extraits:
- C'était un puits creusé dans la banquise, et la banquise ça vous broie les os quand elle se brise.
- Cette ville de mon enfance m'a volé mon adolescence, je la déteste.
- Notre long séjour dans la poubelle de l'opprobre venait de commencer.
- Je ne lirai plus jamais de roman policier. Ils vous roulent dans la farine.
- Des aveux, c'est pire qu'un tatouage.
- Prépare toi à en baver Mélodie.
-L'opinion publique est versatile. L'opinion publique est une hyène friande de rebondissement feuilletonesque.
- En Cornouaille, on ne cache pas les morts comme en ville: on les célèbre avec vigueur.
- La langue de mes aïeux rendait les chants encore plus poignants.
- Pas besoin d'avoir fait psycho pour situer son QI : entre le chimpanzé et le débile léger.
- Je vais cesser d'étudier mais je vais beaucoup apprendre.
- J'avais l'air d'une petite pute. Que je n'étais pas. Pas encore.
- Mieux vaut dire : nous nous étions abandonnés les uns les autres.
- Les gens qui en ont trop bavé ne s'en sortent pas toujours indemnes.....
- Logique. Logique du vingt heures. On a tort de dîner en regardant la télé.
- Une ville bombardée est plus facile à reconstruire que des vies détruites.
Éditions : Presses de la cité.
Autres chroniques de cet auteur :
Pleure pas sur ton biniou ; La mariée rouge; Merci de fermer la porte ; Connemara Queen ; Le fossé ; Le crime du syndicat ; Les chiens du Sud ; Fleur d'Achélème; Quai de la fosse; Au-dessous du Calvaire; La chasse au merle; Le fils du facteur américain; Marée basse; L'adieu aux îles.
24 septembre 2007
BELLEC Hervé / Félicité Grall.

Félicité Grall
Hervé BELLEC
Note : 4
La félicité et le graal.
Roman de 2004, dont le sous-titre pourrait être "La vie n'est pas un long après-midi tranquille".
Suite à divers petits incidents dans sa Normandie natale, Rémi Briquebecq s'est vu contraint de quitter Rouen pour Brest. Il est muté dans une bibliothèque d'un quartier de la capitale du Ponant. Il se satisfait plus ou moins d'une vie solitaire jusqu'au jour où il rencontre Félicité, institutrice dans un quartier sensible.
Donc rendez-vous est pris chez Félicité pour aller défendre un projet culturel qui tient particulièrement à coeur à l'institutrice. Rémi n'ayant plus de permis de conduire accepte bien volontiers d'avoir un chauffeur. Mais il sait pas encore ce qu'il l'attend.
Quand cette charmante jeune fille prend une douche, notre pauvre Rémi ne regarde pas, il écoute, et c'est peut-être pire pour lui, mais l'heure tourne, le retard commence à être une notion qu'il va falloir prendre en compte. Après un départ sur les chapeaux de roues, comme une vieille "Lada" plus proche de la casse que de son âge d'or peut en faire, il faut faire demi-tour, Félicité a oublié son dossier!
Donc retour case départ, Rémi attendant dans la voiture jette innocemment un oeil dans la boite à gants et trouve un paquet de préservatifs bien entamé! Félicité revient avec son dossier, mais changée de pied en cape ; le jean-tee-shirt est remplacé par une jupe légère et seyante! Rémi n'est pas au bout de ses surprises, plus d'essence et mademoiselle a tout oublié, argent, chéquier, etc! Puis la panne d'essence, et les raccourcis supposés, bref les heures passent, la réunion pour la défense du projet a du plomb dans l'aile. Par mégarde, Rémi se rend compte que la douce et troublante Félicité, a un "flingue" dans son cabas! Puis elle décide que la réunion, elle s'en fout et à la place elle préfère d'aller se baigner! Rémi ne sait plus à quel saint (seins) se vouer!
Pour la suite, laissez faire l'imagination et l'humour de l'auteur!
Félicité Grall est charmante, mais un peu tête en l'air et vraiment imprévisible dans ses actions ou raisonnements. Sa conduite (pas celle de sa voiture qui elle aussi mériterait que l'on si arrête!) oscille entre charme et désinvolture. Et puis est-il normal d'avoir une arme sur soi! Bref, elle est adorable, épuisante et tête à claques!
Rémi Briquebecq lui un peu naïf succombe petit à petit au charme de Félicité. Mais il se demande quand même qui est cette jeune femme farfelue et qui parfois abuse de la situation mettant son compte en banque dans un état catastrophique.
Ce roman pour le moins trépidant se déroule sur quelques heures d'un après-midi que l'on pourrait qualifier de bien occupé.
J'aime bien les livres d'Hervé Bellec, car ils parlent toujours de moments privilégiés de ma jeunesse de Jack Kerouac à Neil Young et dans ce livre de Steve McQueen dans "Au nom de la loi".
Extraits:
- Je me méfiais toujours et à juste titre de faire l'amalgame entre le physique et le mental.
- Oui, Brest, pourquoi pas, après tout.
- Je vaquais çà et là, en pointillé, sans but bien défini, sans espérance démesurée.
- En jaille?
Oui, en piste, quoi. En java, si tu préfères!
- On aurait dit Amélie Nothomb, avec disons vingt ans de plus.
- Un peu à la façon de Joss Randall quand il arrachait les mises à prix dans le générique d"Au nom de la loi" le mercredi après-midi à la télé.
- J'étais vraiment une cruche, la reine des pommes.
- Vois-tu, Camaret, c'est un peu le clitoris de la Bretagne.
- Un démon. Cette fille était un démon.
- S'agissait pas non plus de les prendre pour plus cons qu'ils n'étaient.
- Je l'ai suivie. Je les ai toujours suivies, les unes après les autres.
- Je l'ai serrée plus fort. Ça faisait longtemps.
- Sur ce je deviens aussi muet qu'une dalle de granit.
Éditions : Robert Laffont.
Autres chroniques de cet auteur :
Un bon dieu pour les ivrognes.
La Nuit Blanche.
Demain j'arrête d'écrire.
FRANCO-RAMOS Jorge / La fille aux Ciseaux

La fille aux ciseaux
Jorge FRANCO-RAMOS
Note :3,5
Un trio en enfer
Roman d'un auteur colombien né en 1966 à Medellin. Une vision noire de l'empire de la drogue avec ses crimes sordides, la misère et la prostitution.
Nous sommes à Medellin avec trois personnages, Rosario, la fille aux ciseaux, son amant Emilio et son confident Antonio, qui est également le meilleur ami d'Emilio.
Rosario est entre la vie et la mort, touchée par plusieurs balles de revolver de l'homme qu'elle devait abattre. Antonio qui l'a conduite à l'hôpital, puis prévenu Emilio, se remémore leurs vies, qui de pauvres mais ordinaires, se sont transformées en enfer.
Des enfances difficiles, comme celle de Rosario, violée par un des nombreux amants de sa mère à huit ans, elle quitte la maison familiale à 11 ans.
Son surnom lui vient, que pour se venger d'un voisin qui l'avait violé, elle se soit servie d'une paire de ciseaux qu'elle a rageusement planté dans l'objet du délit.
Elle fréquente des bandes de plus en plus dures, son frère, le seul homme qu'elle vénérait, est tué. Elle tue pour de l'argent, embrassant ses victimes en leur tirant dessus à bout portant.
Malgré une vie presque ordinaire, elle disparaît parfois pour certains contrats de travail, qui immanquablement entraînent chez elle une boulimie de nourriture, puis elle réapparaît grosse, repentante et câline.
Mais malgré certaines tentatives de retour à une vie normale, cette vie-la n'est plus la sienne. La mort de Ferney, un de ses anciens amants, avec qui elle entretient des relations épisodiques, brise la dernière attache qui la reliait à son passé.
Rosario, fille de la rue, gravit les échelons de la pègre locale, de fille à plaisirs elle devient une tueuse à gages appréciée dans le milieu, mais la peur parfois est la plus forte. Ses tentatives de quitter son gagne pain sont vouées à l'échec. Personnage de la démesure, abusant de drogue comme de nourriture, elle voit tous ses amis d'enfance mourir de manière violente.
Antonio et Emilio entretiennent des relations ambiguës. Ils ont besoin l'un de l'autre. Antonio est plutôt lâche mais réfléchi ; il tempère Emilio qui, lui venant d'une certaine bourgeoisie n'en fait qu'à sa tête. Emilio sera l'amant officiel de Rosario, mais Antonio sera son confident et éternel amoureux transi.
On connaît les ravages de la drogue à son arrivée en Europe ou aux Etats-Unis, mais il y a aussi des victimes en amont, à Medellin ou ailleurs en Colombie.
Ce roman est là pour nous le rappeler, dans les bas fonds d'une ville qui ressemble à un champ de bataille ; la morale n'est pas de mise mais l'argent lui règne en maître.
Un bon livre, plutôt court qui se lit bien avec des personnages attachants, mais pas non plus un chef d'oeuvre, mais une parenthèse un peu exotique dans un pays dont on parle plus au rayon des faits divers, enlèvements et "cartel de la drogue" que pour ses écrivains.
Extraits:
- La jeune fille blessée par balles.
Ici, il n'y a pratiquement que des blessures par balles, me dit la dame à l'accueil.
- N'ayez pas peur, me dit l'infirmière en voyant mon visage. Les week-ends il y a plus de flics que de médecins.
- Pour l'avoir il avait dégringolé avec elle, et je me transformais en accompagnateur occasionnel de leur chute.
- Et nous ne sûmes jamais à quel moment, de spectateurs du rêve, nous devînmes protagonistes du cauchemar.
- J'avais aussi compris une chose, moi j'avais son âme et Emilio son corps.
- La famille d'Emilio appartient à l'aristocratie créole, tares et arbre généalogique compris.
- Mais s'il pleuvait dans mon Medellin à moi, c'était encore pire dans le sien.
- Dans les quartiers de Medellin, Rosario Ciseaux devint une idole.
- Deux chaînes de montagne enserrent Medellin. Une accolade géographique qui nous enferme tous dans le même espace.
- Si partenaire, très méchante, tu sais bien que si.
- Si tu préfères, c'est comme si toi et moi étions les deux faces d'une même monnaie.
- Je suis sortie de la pauvreté, me dit-elle. Et c'est énorme.
Éditions :Métailié
Titre original: Rosario Tijeras (Colombie)
21 septembre 2007
ROZEN Anna / Vieilles peaux.

Vieilles peaux
Anna ROZEN
Note : 4
On le sera tous un jour!
Premier ouvrage que je lise de cette auteur, un début particulièrement réussi, je trouve!
Trois nouvelles dans ce recueil de près de 230 pages, les deux premières concernent des femmes qui d'une manière ou d'une autre sont déjà des veilles peaux:
Postérité; Marthe et Fernand et Pas moi.
Cressida, écrivain à succès, la soixantaine arrivant, pense mettre de l'ordre dans ses notes et ses mémoires, pour la postérité, espère-t-elle!. Mais il lui faudrait un secrétaire (pas un meuble, un homme) pour l'aider, jeune de préférence et aussi par agrément. Après une impitoyable sélection (la description des candidats est très réussie), son choix se porte sur Lionel. Le dit Lionel est accueilli à bras ouverts (et plus, car affinité). Tout va bien pour Cressida, sauf que celui-ci la quitte. Alors elle embauche Julien, mais celui-ci, jeune homme tourmenté de vingt ans, est plutôt taciturne et fait une tentative de suicide. Cressida se rend compte alors qu'elle n'a confiance en personne, la postérité attendra!
La seconde nouvelle parle d'un couple : Marthe est un peu autoritaire, Fernand un peu laissez-aller, pour elle tout doit être impeccable, lui essaye, mais de l'avis de Marthe, ses tentatives ne servent à rien, il n'est pas doué et tellement maladroit. Après quarante ans de mariage, elle le connaît, son homme, même les courses, il se trompe, alors le reste! D'ailleurs il est bien mieux aux boules avec ses copains, il ne traîne pas dans ses jambes, elle peut agir à sa guise.
Mais Martha décède, quelques mois après Fernand la suit. Leur maison est achetée par un jeune couple. Dans ce nouveau ménage, Aurélie est un peu autoritaire, Lucien un peu laissez-aller............! Ainsi va la vie.
La nouvelle qui clôt cet ouvrage, "Pas moi" est une sorte d'inventaire à la Prévert de personnages croqués sur le vif. L'auteur nous dit être tous ces hommes, femmes ou mêmes animaux. Nous suivons ainsi une fille laide pleurant dans le métro, un chien gaffeur, un chat qui s'est enfui. Une femme seule mange au restaurant, l'air sévère tout en lisant "Tropique de Cancer" d'Henry Miller, une autre vend des chaussures, un peintre onirique vient et revient au gré des pages. Cette nouvelle contient quelques références littéraires, Henry Miller déjà cité, Françoise Sagan, Kinsley Amis, Dylan Thomas entre autres. J'ai appris que le prénom de la romancière écossaise A.L.Kennedy* était Alisson.
C'est original, bien écrit, seule petite remarque, un peu long (pratiquement 100 pages). Je pense à un peintre croquant de rapides esquisses sur un carnet en ville ou ailleurs.
Cressida Bloom (hommage à Joyce?) de son vrai prénom Françoise, mais chut elle n'aime pas trop, est une femme mi-charmante, mi-agaçante, un peu snob et passablement mère-poule, dépassant son rôle de mère pour celui de poule et s'y trouvant très à l'aise.
Marthe et Fernand vieux couple tout droit sorti d'une image d'Épinal, parisiens jusqu'au bout des ongles, avec leur quartier, leurs commerçants et leurs habitudes, une population aujourd'hui disparue.
Descriptions caustiques de personnages mais mêlées de tendresse, une découverte qui m'a beaucoup plu. Peut-être que je reconnais en particulier dans ce vieux couple de parisiens des gens de ma famille.
L'écriture est agréable et je pense pleine de gentillesse pour tous les personnages de ce livre. Une très bonne approche de l'oeuvre de cette écrivain.
Extraits:
- Pour résumer : une charge plus passionnante que pesante.
- Sa voix fluette ajoutait encore à son apparence crapaude.
- Ce que je vois surtout, c'est que tu as trouvé un jeune type dans lequel planter tes crocs.
- Bref, elle se débrouilla pour rompre avec élégance.
- Ce garçon tiède est exactement ce qu'il me faut.
-Elle lui avait imaginé une vie lisse et tranquille, une de ces vies aussi inintéressantes à raconter que faciles à vivre.
- Il est gourmand tendance glouton.
- Si elle ne se plaint pas, c'est qu'elle est gourmande quand même, gourmande et jalouse.
- C'est toujours un peu comme ça avec Fernand, les courses, les corvées, les cadeaux : beaucoup de bonne volonté, mais aucune rigueur. De la gentillesse, mais pas d'ampleur.
- Si tout ce que le conjoint tente est mal fait, pourquoi continuerait-il?
- Le rituel du coucher est l'inverse exact de celui du matin.
-Je sors de table, je suis une grosse mal dans sa peau.
- Je vous écris toujours, je vous écris dans le noir, vu que je ne peux pas imaginer où vous êtes.
- Je suis Kingsley Amis, je suis Dylan Thomas, je bois dès que ça n'est plus l'heure du petit déjeuner.
- Ils boivent parce qu'il faut bien vivre.
Éditions : Le dilettante.
* Voir chronique.
20 septembre 2007
GILB Dagoberto / La magie dans le sang

La magie dans le sang
Dagoberto GILB
Note :3
Quand le bâtiment va!
Recueil de 26 nouvelles séparées en trois parties, ce livre date de 1993 et fut traduit en français en 2000. Auteur né en 1950 à Los Angeles de mère mexicaine, il est également l'auteur d'un roman "Le dernier domicile connu de Mickey Acuna". A noter en quatrième de couverture des éloges venant d'Annie Proulx.
La première nouvelle de ce livre s'intitule "Soyons optimistes" ce qui en soit est une excellente idée, mais poussée trop loin, cela devient de la naïveté.
Une des plus longues et des plus belles, "Nancy Flores" nous parle des amours d'adolescents qui se terminent mal suite à des paroles malheureuses dites par une tierce personne. La jeune fille trouve un autre petit ami, le jeune homme déménage, mais une rencontre fortuite ravivera les plaies du garçon.
Dans "Dansez avec la plus belle fille du monde", l'auteur nous raconte un coup de foudre entre un musicien et une jeune mexicaine de dix sept ans, l'idylle aura-t-elle une suite?
Dans la nouvelle qui donne son titre à l'ouvrage, il n'est pas question de magie mais de vieillesse et de famille.
Quant Dagoberto nous parle de vêtement, ce n'est pas de la culotte d'un roi de France, mais de la chemise d'un dénommé Roberto, homme droit et intègre, la dite chemise a disparu, enfin c'est moins grave que beaucoup de choses de la vie courante.
"Parking" est un texte sur les relations de voisinage, dans un quartier un peu huppé d'une ville moyenne américaine, les rivalités feutrées viennent du nombre de voitures élevé dans chaque famille. La chasse à la place est un sport local qui amène des tas de rancunes secrètes.
Une baby-sitter qui ne vient pas gâcher la soirée d'un couple qui préparait cette sortie et ce concert depuis un long moment, comme en plus c'est la mère du meilleur ami de leur fils, ce manquement laissera des traces.
Quelques losers, mais qui auront un semblant de revanche, un garagiste peu bavard mais très consciencieux font partie d'une cohorte de personnages très ordinaires qui sont les anti-héros de toutes ces nouvelles.
Beaucoup d'ouvriers du bâtiment sont également présents dans ce livre, souvent malheureux et exploités. Le travail et les conditions dans lesquelles ces hommes l'exercent sont bien analysés, monde très libéral où le licenciement peut intervenir tous les jours.
Le chômage devient ensuite la toile de fond de la vie quotidienne, avec la difficulté de nourrir une famille, quand celle-ci existe encore.
Un homme se retrouve désemparé, seul avec son fils, car sa femme est partie, mais comment s'occupe-t-on d'un enfant?
Un accrochage en voiture peut-il déboucher sur un coup de foudre réciproque?
Le problème c'est que l'homme n'a pas d'assurance pour ce véhicule, que ses plaques minéralogiques ont été volées ; c'est donc dur de donner une adresse.
Touts ces histoires ont un point commun, le revers du "Rêve Américain".
Des nouvelles incisives parce que courtes, mais de qualité relativement inégale.
Certainement le recueil de nouvelles le moins intéressant de la littérature américaine que j'ai lu depuis très longtemps. Y en a-t-il trop? Les histoires sont souvent très semblables pour que certaines émergent vraiment.
L'auteur hispanique lui même fait la part belle aux difficultés rencontrées par les ouvriers mexicains si près de la frontière où la main-d'oeuvre clandestine abonde.
Une déception, car je n'ai pratiquement pas, le lendemain de la fin du livre, de grands souvenirs des trois quarts de ces histoires.
Extraits:
- Le truc, c'est qu'il ne sert à rien d'être dans son droit quand le gouvernement pense qu'il n'est pas dans son tort.
- La nuit était claire, c'est à dire toute noire, un noir épais d'huile de vidange où les phares foraient des ronds lumineux.
- C'était une maison modeste, même pour El Paso.
- La vie à El Paso était à l'image de la terre-dure mais on pouvait survivre avec le strict minimum.
- Tous, nous savions que nos jours étaient comptés.
- A présent qu'il était adulte, il savait que son père n'était riche que d'orgueil.
- Ce n'est pas la bière ou le whisky, c'est les femmes.
- "S'amuser" devait être un mot appartenant à sa génération. Ce qu'il recouvrait, sa mère n'en avait jamais parlé.
-Le silence était énorme.
- Il s'agissait d'un mauvais job, encadré par des enfoirés, conçu par des crétins, accompli par des lèches-bottes.
Éditions : Albin Michel
Titre original:
The magic of Blood.
18 septembre 2007
NILSEN Tove / Les anges des gratte-ciel

Les anges des gratte-ciel
Tove NILSEN
Note : 3
Une enfance à Oslo.
Premier livre que je lise de cette auteure norvégienne née à Oslo en 1952.
Le quatrième de couverture indique qu'elle a publié une vingtaine d'ouvrages.
Nous sommes dans la fin des années 1950 dans une banlieue d'Oslo. C'est le début de ces constructions toutes en hauteur ; les enfants dont nous suivons les aventures, et aussi parfois les mésaventures, sont des précurseurs. Mais les enfants sont les mêmes partout!
Les filles de l'immeuble en question sont Rita, Siri et Tove, la narratrice. Elles s'amusent, sont à court d'argent et prêtes à tout pour s'en procurer (à tout est un bien grand mot). Elles inventent des loteries et autres subterfuges. Tout cela pour des sucreries et des barres de chocolats.
Mais leur principal sujet de discussions et d'inquiétude est le sexe! Et là elles sont prêtes à tout inventer pour épater les copines, des histoires de garçons qu'elles ont connu ou dont elles ont rêvé!
Certains passages de conversations entres ces jeunes filles d'une douzaine d'années sont un mélange d'histoires entendues, mais pas réellement comprises.
Comme partout, il y a les problèmes de la vie de tous les jours, les dimanches à la fête foraine pour voir la femme la plus grosse du monde. Des moments de bonheur avec le retour d'un père marin après presque un an d'absence.
Des visites surprises avec ces quatre marins russes qui viennent faire la fête avec le père.
Des personnages étranges comme Pelle-le-Congolais qui a été pendant plusieurs années missionnaire en Afrique.
Un voisin taciturne, M. Myrdal, l'horloger que sa femme a quitté, se jette par la fenêtre du 12ème. Tant de racontars sur sa vie alimentaient les conversations, d'autres suivront sa mort.
Des voisins qui boivent qui battent leur femmes les soirs de beuveries, bref la vie d'un immeuble fin des années 1950, ce n'était plus la misère des temps de guerre, mais la société de consommation n'avait pas encore tué l'esprit de quartier.
Les trois filles sont parfois cruelles comme avec le Pou, petite handicapée ou comme avec une de leurs amies qui veut les épater en portant un soutien-gorge rempli de coton.
Leurs préoccupations outre les garçons sont les vedettes de cinéma, celle de leurs parents sont les russes et le régime communiste pas loin de chez eux.
Un livre facile à lire qui montre que notre façon de vivre en cinquante ans a malheureusement évolué. Les méfaits de ces enfants sont bien innocents, leurs besoins réduits. Malgré toutes les querelles, les familles et le voisinage, même dans les cas graves, restaient unis, la vie de quartier perdure encore.
Cela ne suffit pas à faire un grand roman, car trop banal dans la vie quotidienne, ces jeunes filles ne sont pas très attachantes, seule Tove et son envie de devenir écrivain se détache du lot. Un ouvrage vite lu et aussi vite oublié.
Extraits:
- Nous allions peupler les gratte-ciel.
- Grâce à un livre " La belle romaine", écrit par un homme qui s'appelle Alberto Moravia, je jouis d'une source inépuisable et cela m'évite d'écrire moi même.
- "La belle romaine" est le livre le plus cochon que j'ai trouvé jusqu"a présent dans la bibliothèque chez moi.
- "Maman, qu'est-ça que cela veut dire tenir un homme à distance?"
-"Je vais devenir quelqu'un qui écrit des livres".
- Ils se disputent avec calme, durant des heures, à voix basse, dans un flot continu.
- Je trouve presque indécent qu'une plante en pot ait existé plus longtemps que moi.
-"Les hommes sont souvent un peu infantiles", Maman ne s'adresse à personne, "pour ne pas dire imbéciles".
-Des vrais Russes. Des bolcheviks en chair et en os!
- Et la nuit tombe sur la ville satellite.
Éditions : Gaïa
Titre original: Skyskraperengler
14 septembre 2007
MORANDI Roselyne / Partita

Partita
Roselyne MORANDI
Note :4
Sons et lumières.
L'auteur définit ce livre comme une "Suite romanesque et poétique" dont le sous-titre est Les silences et la voix de Lisa Venise.
Une chose relativement rare, j'ai emprunté ce livre à mon épouse. Nous avions rencontré l'auteur au salon du livre de Guidel au printemps dernier. Et nous nous sommes revus pendant le festival interceltique de Lorient.
Un très beau livre, profitons pour parler de l'apparence avant le contenant.
De belles illustrations dont certaines de l'auteur et un style et un format de lettres changeant pour les textes ou pour les poésies.
La "Suite numéro 1" "Au jardin de Lisa" est le récit entrecoupé de poésie du retour à la vie d'une femme au nom magique de Lisa Venise.
Elle se retrouve "Abordant une seconde vie" après avoir renoncé au bonheur. Elle a cru trouvé un homme, celui de tous ses rêves et idéaux, la réalité hélas fut toute autre.
La "Suite numéro 2" clôt l'ouvrage porte un très beau titre "Une île, une ville"
-Enfermé dans son cocon,
Château-Thierry, la ville
Devient une île.
Tristan qui semble fuir Paris et chercher l'oubli, marche au hasard dans les rues de cette ville. Il neige, ce qui ajoute à la mélancolie. De son côté, Lisa Venise sort de l'école de musique et entre dans un café boire un chocolat et se réchauffer. En sortant elle croise un homme. Tristan entre dans le café, une femme en sort avec un violon.
Commence alors une longue quête qui peut-être les réunira.
Peu de personnages, une femme, puis un homme apparaît. Tous deux semblent avoir des problèmes. Que leur réserve l'avenir?
Lisa Venise, femme Phénix renaissant de ses cendres, renaissance musicale :
-Lorsque je joue,
Je n'entends plus rien
De ce qui bruit autour de moi.
Et littéraire également, avec l'envie d'écrire qui participe à la guérison.
Nous ne savons pas grand chose de Tristan, si ce n'est que le hasard d'une ligne de chemin de fer l'a déposé dans cette ville, pour le meilleur ou bien pour le pire.
Une écriture de très grande qualité, pleine de douceur et de charme. Un livre très intimiste qui, je le reconnais, n'est pas dans mes habitudes littéraires. C'est pour cette raison je pense, que j'ai eu autant d'hésitations pour me décider à le lire et surtout à en parler, mal sûrement ou du moins pas aussi bien que je l'aurais souhaité.
Extraits:
- La Lune est un croissant
Sur le ciel affligé.
- Elle était allée voir la mer, puis s'était remise à écrire à nouveau. Il y avait si longtemps qu'elle s'était tue.
- La vie de Lisa aujourd'hui est un soupir.
- Lisa est impuissante à endiguer le flot de ses douleurs qui la brisent toujours.
- Et cela elle aurait tant voulu le lui dire.
- Les mots.....
Ne pas en refermer la porte à peine entrouverte.
- Les mots,
peu à peu,
lui reviennent.
- Il est le seul, parmi les rares passants crispés par le froid à ne pas se presser.
- S'apprêtant à sortir à son tour, elle croise le regard d'un homme qu'elle n'avait pas remarqué.
- A sa déception se mêle une sorte de rage.
Pourquoi toujours vouloir forcer le destin.....Mais il se ressaisit.
- Les murs inanimés de la cité sont les seuls témoins de son errance.
- Il est temps, à présent, que le poète parle.....
Éditions : Rosédition
Roselyne.morandi@orange.fr
BARFUSS Lukas / Les hommes morts

Les hommes morts
Lukas BARFUSS
Note : 3
En eaux troubles
L'auteur est né à Thoune près de Berne en Suisse allemande, le 31 décembre 1971. Surtout connu comme dramaturge, ce livre est son premier roman.
Le narrateur se promène dans la petite ville où il habite. Dans sa librairie ce soir, une ancienne chanteuse vient dédicacer ses mémoires et se couvrir de ridicule en interprétant d'une manière osée des chansons éculées. Il retrouve sa fille Sonia et son ex-épouse qu'il a abandonnée, Danielle. Les femmes veulent l'emmener en vacances dans la maison de campagne familiale.
Un lettre lui annonçant la mort d'un ami lointain, Paolo Vitteli, lui donne le prétexte pour ne pas partir avec elle pour l'instant. Il laisse son chien dans un chenil, va passer la journée avec sa mère dans la luxueuse maison de retraite de celle-ci, puis c'est le départ.
En arrivant dans la maison du mort, il fait la connaissance d'Emilia qui lui apprend que Paolo vivait seul et ne s'était jamais marié. Ce dernier était venu s'installer ici, quittant Rome par amitié ; mais un jour cet ami l'a déçu et il a dû ensuite lutter contre la maladie. Malgré l'accueil chaleureux de cette femme, il refuse son repas et retourne à l'hôtel. Puis il repart vers ses vacances et sa famille : sa fille Sonia et un ami de celle-ci, David, son ex-femme Danielle est là aussi.
Il tente de préserver sa solitude, ne se nourrit plus, pense s'installer dans le grenier, mais regagne la chambre nuptiale, cédant encore une fois à Danielle. Il est imperméable à tout, un spectacle qu'il n'aurait logiquement pas dû voir, et la faim qui le tenaille, la démence semble s'installer en lui. Et que faire de tout ce temps libre quand rien ne vous intéresse, une excursion près du lac? Pourquoi pas?
Le narrateur semble loin de la vie, genre ascète, il refuse tout contact, semble fuir sans fin. Mais quoi? Quelles étaient ses réelles relations avec son ami mort? Pourquoi ce refus de manger qui confine à la folie.
Danielle, sa femme, dont il est séparé, a toujours du pouvoir sur lui! Alors que lui ne l'aime visiblement plus. Par faiblesse, il l'accompagne à la ville voisine, ce qui n'arrangera pas les choses. Lui veut fuir, mais elle tente de le garder!
C'est bien écrit mais au final mon impression est plutôt mitigée. Agréable lecture mais je ne suis pas sûr d'avoir bien compris les motifs de l'auteur et par conséquence ceux du narrateur.
Extraits:
- Elle était comme la plupart des choses dans la ville, irréprochable, sans défaut.
- J'avais reconnu Sonia comme un père forcément reconnaît sa fille.
Elle est encore fâchée, parce que j'ai abandonné Danielle.
- Amour ou liberté, je me suis décidé, à l'avenir je m'en sortirai sans l'amour.
- Tout se remet en place, à condition que je me prémunisse contre Danielle et ses plans.
- Les qualités qui vous feront aimer un être vous le feront détester.
- J'hésitai, car c'est un peu niais de sonner à la porte d'un mort. - Pourrait-on s'attendre à ce qu'il vienne vous ouvrir la porte.
- Cette fois-ci mon fantasme opéra, je m'évaporai.
- Le pire est le souvenir. Il empêche l'homme de vivre à son gré.
- Je n'aimais plus Danielle, mais cela ne m'aidait en rien. Que faire?
- Les faits de l'après-midi m'avaient à la fin délivrer du monde de Danielle, de l'amour.
- Personne ne pleurait, que le ciel.
-A la campagne la vie est morne, sans éclaircie, les gens là-bas n'ont d'autre échappatoire que le pentecôtisme et l'alcool.
Éditions :Mercure de France
Titre original: Die totem manner
11 septembre 2007
O'FLAHERTY Liam / A mes ennemis ce poignard.

A mes ennemis ce poignard.
Liam O'FLAHERTY
Note : 3,5
Auteur en quête de lui même.
Biographie écrite en 1934. D'entrée de jeu, O'Flaherty prévient le lecteur "L'homme est un menteur né". Donc lui aussi ment, un peu ou beaucoup? Suivons-le pour le savoir.
Nous sommes dans les années 1930, Liam O'Flaherty dit avoir 37 ans au début de l'écriture de ce livre. Il se dit "être un homme arrivé au bout du rouleau". Sa carrière littéraire est pourtant très riche, lui l'est beaucoup moins. Il a déjà écrit la plupart de ses grands succès "Le mouchard", "L"assassin" ou "Le puritain".
Séparé de son épouse, souffrant de dépression nerveuse, il vit à Londres où il boit beaucoup, empruntant de l'argent et une machine à écrire. Il veut fuir et surtout s'évader de lui même.
Par le truchement de nombreux retours en arrière, O'Flaherty nous parle de son existence. Et sa vie est souvent plus riche qu'un roman. Né à Gort nag Capall à Inishmore, l'une des îles d'Aran, il a un moment envisagé d'être prêtre (envisagé de loin, même de très loin).
Il s'engage dans l'armée anglaise, ce qui lui vaudra de nombreuses critiques par la suite, et revient traumatisé de la guerre. Sa convalescence lui servira de trame pour son superbe roman "L"âme noire". Réformé, il voyage pendant plusieurs années. Attiré par le communisme, il soutient la cause républicaine pendant la guerre civile. Il se fait remarquer en 1922 en prenant d'assaut avec d'autres chômeurs la Rotonde à Dublin et en y installant un drapeau rouge.
Il quitte l'Irlande pour Londres et commence sa carrière d'écrivain.
Quelques années et quels voyages plus loin, il quitte Londres à peine plus riche qu'à son arrivée.
Direction la France, Paris dans un premier temps, où il reste plus que prévu, ayant égaré sa machine à écrire dans un taxi. Mais le but d'O'Flaherty, c'est la Bretagne, Quimper, Concarneau, il y restera longtemps et chose curieuse, il y rencontrera un autre irlandais qui connaît son oeuvre. Mais c'est le monde des marins pécheurs avec qui il aura les meilleures relations, des anciens combattants comme lui.
Liam O'Flaherty est un personnage aux multiples facettes qui semblent parfois contradictoires, ce qui se ressent dans son oeuvre. Après des périodes de silence, il semble renaître de ses cendres. Sa carrière commencée en 1923 s'achèvera en 1973.
Mais ses oeuvres principales pour la plupart seront écrites avant les années 1940.
Seuls "Insurrection" et quelques recueils de nouvelles seront publiés après les années 1950. O'Flaherty parlera de quelques écrivains qu'il a connu, James Joyce à Paris, James Stephens et d'une manière plus touchante Padraic O'Conaire*, écrivain alcoolique de Galway qui rendit visite à O'Flaherty deux jours avant sa mort.
Un formidable témoignage d'un homme qui à ce moment de sa vie est revenu de tout, alors qu'il lui reste encore cinquante ans à vivre!
L'écriture et la construction de cette autobiographie ne sont pas des plus simples, les retours en arrière ne sont pas toujours dans l'ordre chronologique et certaines hallucinations de l'auteur n'aident pas réellement. Dommage que certains moments du récit soit si touffus changeant de lieu et d'époque, sur un simple souvenir.
Extraits :
- Et à mesure que mon esprit gagnait en force et en audace rebelle, je devins timoré et sensible dans mes rapports avec les gens qui m'entouraient.
- J'avais perdu. J'étais perdu. Tout était perdu.
- Qu'il est donc vrai de dire que "la critique est un impôt levé par le public sur les hommes éminents".
- Voici donc une tentative de trouver en moi-même un semblant de vertu.
- Oui, me dis-je froidement, la mort est le seul moyen d'évasion.
- "Je n'ai pas eu de chez moi sur la terre, mais dans la tombe j'en aurais un qui vaudra bien celui d'un roi*".
- Et nos buveurs, les pauvres diables passent dans leur voisinage pour des criminels.
-"Êtes-vous l'écrivain du même nom, ou bien essayez-vous de me faire marcher?
- Les Anglais détestent tous les Irlandais qui refusent de faire les pitres pour les distraire.
- L'abîme c'est l'indifférence.
Éditions :Anatolia/ Le Rocher.
Titre original: Shame the Devil
Autres chroniques de cet auteur :
Insurrection.
L'assassin.
Le martyr.
Le mouchard.
*Padraic O'Conaire (1882/1928) A noter qu'un auteur très différent de O'Flaherty, Ken Bruen spécialiste du roman noir en parle également dans " Delirium Tremens*"

