Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs

« On ne naît pas Breton, on le devient, à l’écoute du vent, du chant des branches, du chant des hommes et de la mer ». Xavier Grall.

31 août 2007

GRIMSLEY Jim/ Les oiseaux de l'hiver.

Les oiseaux de l'hiver

Jim GRIMLEY

Note : 5

Et de mauvaises augures.

Jim Grimsley est né à Pollackville en 1955 en Caroline du Nord. Ce livre sera rejeté par toutes les maisons d'éditions américaines pendant huit ans. Il sera finalement édité en Allemagne, mais attendra encore deux ans sa publication américaine. Il obtiendra le prix "Sue Kauffam" à sa sortie. Il est le premier volume d'une trilogie.

Un narrateur qui semble être Danny, adulte, suit l'enfance de celui-ci dans une famille de petits blancs du Sud profond.

Sa famille est composée de plusieurs frères, et très souvent un de plus par an. Son père Bobjay est invalide, il a perdu un de ses bras happé par une moissonneuse, et a été licencié pratiquement sur le champ (?)

Alors commence la longue déchéance de la famille. Le père buvait un peu avant, maintenant c'est plusieurs fois par semaine. Il trouve tout de même un autre travail mais le salaire est moindre. Les déménagements se suivent pour des taudis toujours plus insalubres.

La violence devient monnaie courante entre le père et la mère. Danny qui est hémophile vit dans la crainte d'un accident ou d'un mauvais coup.

Seule sa faculté de rêver lui donnera pendant quelque temps, un peu de joie de vivre, il se créera un héros, "L'homme de la Rivière".

Le père se montrant de plus en plus jaloux après un accrochage avec un des ses propriétaires, ils sont obligés de déménager. Mais Danny sera grièvement blessé, et fera un séjour à l'hôpital. Un autre frère hémophile naîtra. Mais les coups deviennent de plus en plus violents. La visite de Délia, la soeur de la Mama et ses relations avec son beau-frère engendreront un drame pour "Thanksgiving".

Les personnages de cette histoire sont la famille Crell, Bobjay le père, une brute avinée, manchot de surcroît, être de la pire espèce, et son épouse Mama.

Les garçons sont Danny dont nous suivrons particulièrement l'enfance, puis Allen Ray

et enfin Grove, le plus jeune qui sera hémophile également. Amy Jay, dit Duck, sera la seule fille. Les autres personnages ne sont que des personnages très secondaires.

Roman fortement autobiographique, il fut jugé trop "sombre" en son temps.

Bobjay est le prototype du petit blanc américain, dégénéré par des générations de consanguinité. Alcoolique et jaloux, il martyrisera son épouse et terrorisera ses enfants. Les éditeurs américains se mettaient la tête dans le sable, et se faisaient complices d'une situation qui semble perdurer encore dans certains États du Sud.

Quelques touches d'humour, le nom que donnent les enfants à leurs différentes habitations : La maison du Serpent, La maison du Poisson, La maison de la Glace, Le Hangar, La maison du Sang, Le Phare, La maison en Centre.

Heureusement que l'auteur dans l'écriture ne s'appesantit pas sur certains détails, car ce livre est assez dur comme cela.

Une oeuvre bouleversante pour la peur qui règne sans arrêt dans la famille.

Extraits :

- Je rentrerais jamais chez nous, jamais.

- Leur nouvelle maison était à peine une maison; c'était une seule pièce avec un évier dans un coin.

- C'est chouette d'avoir un sang spécial, non? Même si ça fait un peu mal.

- Durant les mois d'hiver les querelles se sont succédées sans répit.

- Mais cette maison était particulièrement laide.

- Papa a bien trop peur. Il ne fera du mal à personne d'autre que nous a dit Mama.

- Mon mari, il les aime vos enfants. Il aime venir ici pour les voir. Ça vous surprend?

- Y a rien à aimer dit papa. A part toi et Delia, c'est juste un tas d'ivrognes et de putains.

- Elle était là, comme une victime craintive qui attend qu'on la sacrifie.

- Mais tu sais déjà qu'un tel vide absolu ne durera pas.

- Il n'a pas pu s'en empêcher, j'imagine.

Éditions : Métailié.

Titre original: Winter Birds.

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25 août 2007

Le DRIAN Marie / Attention éclaircie

Attention éclaircie

Marie Le DRIAN

Note : 5

Avec mes meilleurs voeux.

Dernier roman de cette auteure morbihannaise dont je découvre les oeuvres petit à petit. Après l'humour relativement noir de "On a marché sur la tête", celui-là n'est pas mal non plus.

Au début il faut se sortir un peu du brouillard! Mais la municipalité a garanti à Hélène qu'elle (la municipalité) prenait tous les frais en charge si la brume se levait!. Et pour Hélène en cette semaine de Noël, c'est le smog des années de Jack l'Eventreur sur Londres multiplié par celui de Pékin en cette année pré-olympique . Revenons à nos moutons (langoustines pardon).

Bref Hélène fait le marché pour un réveillon qui ne s'annonce pas réellement gai. Entre Dominique la copine, employée de poste, dont la seule conversation est la qualité et la couleur des timbres, les deux veuves copines de gymnastique et la présence toute en finesse et délicatesse de la maman, morte pour l'état civil, mais omniprésente dans les pensées de notre pauvre narratrice. Quatre femmes seules, la règle étant : pas d'hommes!

Après une déception amoureuse, un départ sur une île pour suivre un amour, dont elle sortira brisée, Hélène entreprend une difficile reconstruction personnelle.

Le réveillon n'est pas une réussite mais pas loin d'être une catastrophe. Solange subitement change de parfum, ce qui rend Hélène cafardeuse. La maîtresse de maison a oublié de faire la mayonnaise pour accompagner les langoustines, les cadeaux provoquent un intérêt poli de la part de ceux qui les reçoivent, enfin un peu d'alcool aidant, la soirée se termine sans anicroche.

La municipalité annonce une éclaircie pour le 27, et Hélène doit maintenant tenir sa promesse, celle qu'elle a fait à sa mère sur son lit de mort!

Les personnages foisonnent dans ce roman : Hélène la narratrice, mal mariée avec un conjoint coureur ; elle le quitte pour suivre Martin, sur son île, mais la vie sur un île n'est pas toujours paradisiaque.

Sa maman, femme que l'on ne voudrait jamais connaître, qui est malgré le trépas toujours autoritaire et donneuse de leçons.

Claire, l'ancienne copine dont elle est sans nouvelles : son souvenir tournera à l'obsession pour Hélène. On soupçonne une affaire d'homme entre les deux, ce qui a rompu leur amitié? Rien n'est sûr.

Dominique, employée de poste, dont on dirait qu'elle est brave ou gentillette, mais toujours le coeur sur la main et la confidente idéale.

Odile et Solange, les deux veuves, qui profitent maintenant de la vie.

Bernard, le mari volage d'Hélène, laquelle Hélène, un jour s'est envolée pour une île avec Martin, qui lui n'est plus revenu sur cette île!

Bernard-Henri, lui est veuf, employé municipal et l'objet (caché) des convoitises des veuves, célibataires ou femmes abandonnées.

Que cache également Eléonore, la mystérieuse dame du marais, un peu sorcière ou voyante?

Attention, sous une certaine joie de vivre et d'humour se cache un livre grave sur les aléas de la vie. Une étude féroce des us et coutumes d'une certaine classe sociale et peut-être bien de tout le monde. Ce réveillon est un moment de lucidité sur les relations entre les êtres humains, sur les choses acceptées et inacceptables. Les petites critiques chuchotées, la vacuité des cadeaux, bref tous ces faux semblants que nous acceptons tous, bon gré mal gré.

Une oeuvre originale, d'une lecture agréable sur la solitude voulue ou contrainte. Un bon moment de littérature avec un petit côté fantasmagorique dans ce village noyé dans le brouillard.

Extraits :

- Sur la côte les mères ne meurent pas, elle s'absentent.

- Ta robe d'avant elle était très bien. Toutes ses paillettes sur la nouvelle!

Tu as l'air d'une guirlande!

- Je n'ai pas dit à Claire de dégager. Cela ne me ressemble pas. Claire était mon amie.

- Mais les pères ne sont pas bavards. Ils ne jugent pas. De leurs vivants déjà, ils ne se mêlent pas.

- Je n'ai pas su conserver mon malheur. Ni le protéger.

- Il est impensable d'ouvrir les huîtres sans un verre de vin blanc à proximité.

- Les mères demeurent. Assoiffées de présence.

- Et surtout, elle a l'élégance de ne pas être trop jeune.

- Souillon criait ma mère. Désordre clamait mon père. Libre disait Martin.

- Comme vitrine de cette solitude, les "accidents de personne" sur le réseau de chemin de fer.

Éditions : La table ronde.

Autres chroniques de cet auteur :

Les femmes de là bas

Marie Poupée.

On a marché sur la tête.

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23 août 2007

Collectif / Nouvelles de Bretagne

nouvelles_2007

Danevelloù Breizh 2007
Nouvelles de Bretagne
Collectif.
Note : 4.
Un livre au hasard.
Recueil de huit nouvelles qui est distribué gratuitement dans certaines librairies de Bretagne en tant que supplément à la revue "Page de Bretagne".
Remerciement au "Centre régional du livre en Bretagne", pour ce livre de moins de 100 pages, mais dont le choix des histoires est très intéressant. Sept d'entre elles sont en français, la dernière en breton. Or à ma grande honte, je ne suis pas bretonnant, donc je présente toutes mes excuses à Jean Le Clerc de la Herverie, je ne parlerai pas de sa nouvelle (d'ailleurs cet auteur, vu sa production littéraire, n'a pas besoin de moi).Les autres auteurs sont : Fabien Lécuyer, Bernard Tréboal, Sylvie Rouch, Thomassaint,
Patrick Pommier, Sylvie Le Bras et René Péron.
Le thème "Libraires, Librairies" décliné sous toutes ses formes.
"Sol invictus" de Fabien Lécuyer qui commence ce livre donne le ton, une nouvelle superbe sur l'amour, la littérature, le temps qui passe, puis au bout de la route la mort. Un régal de pudeur et d'écriture.
"Libre strance" nous transporte dans un monde futuriste où les livres ne sont pas forcément bien vus.
"Tir na nog" l'île de l'éternel printemps en gaélique est le but ultime de tout celte, après sa mort, mais cela peut être aussi un rêve plus culturel et surtout de son vivant.
"Sous le sable" nous raconte la quête d'un homme et de son chien après "la grande tourmente"! Voyage initiatique dans un monde en ruine. Enfin le trésor est découvert
"Mort à Denise" est un petite merveille d'humour noir. Un homme, collectionneur jusqu'à l'obsession de romans policiers, cherche dans toutes ses lectures le moyen de tuer Denise son épouse. Les exemples ne manquent pas, mais comment se décider? Le crime parfait existe t-il ? Dans un roman peut-être, dans la vie c'est moins sûr!
Des personnages ordinaires : un couple dans un café-librairie, puis l'homme seul, peu de paroles, juste des livres déposés, avec des phrases soulignées, un moyen de communication pour un vieil homme. Et une veille de Noël, l'homme déroge à ses habitudes, il part à gauche, vers quoi?
Une jeune libraire se trouve presque contre son gré avec un stagiaire fan de "rap", il va découvrir Baudelaire et la lecture.
Une librairie en liquidation, le propriétaire spécialiste en littérature orientale se désole de la perte d'une langue, mais que dire de la perte d'une librairie!
De belles écritures pour un bon recueil de nouvelles qui se lit très facilement, merci au concepteur du projet.
Extraits :
- A sa droite un livre. Le visage crépusculaire de Xavier Grall.
Sur le premier, un titre : "L'inconnu me dévore".
- Paris-Brest, un régal chez un pâtissier, un supplice dans le TGV durant 622km.
- Issac referma le livre (celui-là au moins ne brûlerait pas!) et son regard serein alla se perdre sur les eaux scintillantes du Scorff.
- Ou l'île existait ou il mourrait. Il accéléra.
- Car Lanrivain avait une femme. Jadis aimante, naguère indifférente, il la trouvait depuis quelques temps de plus en plus encombrante.
- Je t'assure cela fait vraiment lèche, çà fait même pute.
- "Une langue qui n'est plus vivante est morte"
- Vous ne manquerez pas de penser "Quand une librairie ferme...."
Éditions : Centre régional du livre en Bretagne.(2007).
http://www.crl-bretagne.fr/

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21 août 2007

JAOUEN Hervé / Marée basse

Marée Basse

Hervé JAOUEN

Note : 4.

La belle, la brute et le benêt.

Roman datant de 1983, il a été réédité en 2004 aux éditions de la Chapelle.

Quand Beaumax se pose la question : "c'est quoi un français moyen"?, sa réponse est classique, ce sont les autres. Beaucoup de gens auront ce genre de raisonnement, le fait est que Beaumax tout seul, c'est pas trop un problème.

Sa rencontre avec Bigbande, ainsi surnommé à cause d'une érection quasi-permanente entretenue par des attouchements répétés, ne va pas arranger les choses. Les actes vont remplacer les paroles ; pour refaire le monde, il faut frapper où cela fait mal.

Par exemple aux signes extérieurs de richesses et de prétentions affichées. La voiture par exemple, donc chasse à la grosse cylindrée, la chance (tout est relatif chance pour les uns, très grosse malchance pour les autres!) leur sourit sur une route de campagne.

Une superbe voiture neuve avec deux "minets" et une superbe jeune fille (vous remarquerez ma politesse vis à vis de la gente féminine) Roseline. Après avoir rejoué "Massacre à la tronçonneuse" sur le véhicule, puis assisté à un effeuillage de haut vol de Roseline, il abandonne les "minets". Mais Beaumax, coeur tendre, garde la jeune fille pour lui.

Hélas, quelques heures après ce haut fait d'armes et moult libations fortement alcoolisées, il y aura mort d'homme. De petits voyous illuminés, ils sont passés au statut d'assassins. Bigbande, moins impliqué, court le guilledou avec son avocate, Beaumax se réfugie chez Roseline. Jouant le tout pour le tout, ils décident de tenter un casse pour fuir, n'importe où.

La malchance les poursuivra jusqu'au bout ; franchement faire un hold-up, prévoir de vous remplir les poches le jour où dans un petit village retiré, la municipalité organise un concours de déguisement! C'est vraiment la poisse!

Roseline, la belle, jeune fille très paumée, née comme elle le dit elle même "De père inconnu et de mère trop connue". Il n'est pas évident de vivre avec une grand mère grabataire et une mère prostituée et d'habiter dans le quartier nommé "Sibérie". C'est dur de rester normale, même avec pour soutien l'amour de Beaumax.

Bigband, la brute, un peu chef de bande, Beaumax, le benêt docile, il est le perdant par excellence, mais on garde un peu de sympathie pour lui, car l'homme tué était le principal responsable de sa propre mort.

Holstein, inspecteur de police style cow-boy prêt à tout pour un peu de gloire et pour compromettre Cécile Dubigeou, personnage étriqué et avide de reconnaissance, sa prétention et son imprévoyance seront lourdes de conséquences.

Cécile Dubigeou, avocate, elle retire volontiers sa robe pour Bigbande, mais quand elle veut se dérober, c'est une autre histoire, sa carrière et sa réputation son en jeu. Mais il fallait y penser avant!

Une construction originale, 3 actes, 47 chapitres (avec changement de narrateur à chaque chapitres) et un épilogue.

Une lecture aisée et encore de la part de l'auteur un constat social de l'époque. Pourquoi et comment devient-on des assassins alors que tout en étant des marginaux, ce n'était pas forcément ni écrit ni inéluctable?

Extraits :

- J'aurais pu, à terme en devenir un de Français moyen. J'aurais mis mon esprit critique sous sédatifs.

- Sûr que cela ne mènerait à rien. Mais l'essentiel était de participer.

- Quand j'ai compris que ma vieille faisait le tapin et que mon vieux s'est laissé tomber de sa grue, j'ai compris "La Sibérie".

- O, toi, Marthe qui as fermé les bobinards, sais-tu que tu as fait le malheur de l'ouvrier agricole?

- C'est à ce moment là que les choses se sont gâtées pour moi.

- Bordel, j'ai toujours rêvé d'être le gorille de Brassens!

- Roseline a fumé clope sur clope jusqu'à l'extinction de tous les feux : ceux de Jules, ceux de la télé et ceux du cul de sa mère.

- Tout ce poison dans une si jolie tête!.... Le plus terrible c'est que j'avais l'abominable certitude que ça ne se soignait pas.

- Rasséréné, c'est un mot que j'aime bien.

Éditions : Les éditions de la Chapelle.

Autres chroniques de cet auteur :

Pleure pas sur ton biniou ; La mariée rouge; Merci de fermer la porte ; Connemara Queen ; Le fossé ; Le crime du syndicat ; Les chiens du Sud ; Fleur d'Achélème; Quai de la fosse; Au-dessous du Calvaire; La chasse au merle.

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19 août 2007

POLLIER Anne / Matin

Matin

Anne POLLIER

Note : 4,5

Matin éblouissant, soir déclinant.

Recueil de 10 nouvelles paru en 1954. Ce qui fait qu'en plus du plaisir de la lecture, il y a la nostalgie de ces livres anciens avec ces pages découpées, pas toujours très bien d'ailleurs.

Dans la nouvelle qui donne son titre à l'ouvrage, Marjorie est orpheline et invalide depuis une mauvaises chute bien des années plus tôt. Elle vit avec une vieille femme qui s'occupe d'elle et sa soeur Grâce. Ce matin là Marjorie espionne sa soeur, qu'elle voit en galante compagnie. La jalousie ou l'envie, mettront Marjorie sur les nerfs. Qui sera victime de sa mauvaise humeur?

Dans "Le voyage", est-ce vraiment un voyage ou une fuite? Charles et sa famille quittent l'île ou ils vécurent. Laure, son épouse, attend un autre enfant, un déménagement n'est jamais facile, mais quant il est maritime, c'est encore plus problématique. Laure aimerait également savoir ce qui s'est passé entre Charles et Véronica, jeune sauvageonne pleine de charme. Une excellente histoire pleine d'amour, de doutes et d'embruns.

"Le plus beau jour", est-ce une question de composition française pour une enfant de huit ans? Minnie cherche dans la grisaille de sa vie, soudain un souvenir lui revient, c'est çà! Et elle commence à écrire...

"Le femme du coiffeur" est une histoire en apparence banale. Un homme revient dans une ville où il vécut naguère, il retourne chez son coiffeur, qu'est devenue son épouse?

La "Rupture" était inéluctable, Lina le savait, Jacques rentrait en province reprendre l'étude de son père. Mais il laisse l'amour et sa jeunesse derrière lui, alors le chagrin est le plus fort.

"Le vent" emporte tout, on le dit, mais ce n'est pas toujours vrai.

Une jeune infirme découvrant que sa soeur a une vie sentimentale, une femme d'âge mûre, mère de famille se découvrant de la jalousie pour une adolescente.

Un couple de vieux danseurs revit son passé, de la gloire à la déchéance, des spectacles grandioses au cinéma de quartier, pourquoi et pour qui continuer?.

Deux amies du temps des vaches maigres se retrouvent autour d'un thé, pour se remémorer leur jeunesse et parler de leurs projets, mais ni l'une, ni l'autre n'est dupe de leurs échecs.

Un homme, son épouse deux fois plus jeune que lui, l'odeur de la pluie au mois de juin, est-ce de l'amour ou de la déraison?

Pour maman "Blèche", l'hiver est rude en ses temps de guerre et de disette,,mais il faut s'occuper des autres, et surtout lutter contre la fatigue et le froid.

Tous ces personnages sont des gens ordinaires, avec leurs lâchetés et leurs mensonges, mais rendus attachants par l'auteur.

Je découvre réellement l'écriture d'Anne Pollier avec cet ouvrage. Une écriture très académique, mais il n'y a rien de péjoratif dans ce mot ici.

C'est très beau, comme s'il n'y avait aucun effort pour obtenir ce résultat, le mot est juste et les sentiments clairement exprimés.

Extraits :

- Mais n'étant pas infirme, Grâce ne possédait pas la moindre auréole.

- C'est une chose affreuse que de vivre près de toi comme auprès d'un mur.

-Il souriait de son haïssable sourire, prenait un livre.

- Une douleur pure, aérienne comme un son.

- Un danseur, oui, mais la patte brisée.

- Mais l'une et l'autre savaient que leurs routes s'étaient croisées et qu'elles ne se reverraient plus.

- Comment aurait-elle pu lui dire le bouleversement que provoquait en elle cette violence, l'éblouissante sensation d'un amour trop grand pour elle?

- Lina certes était gentille mais il fallait bien que cela se terminât un jour.

- Comment donc la vie décente d'avant guerre s'était-elle transformée en cette existence misérable?

Éditions : La guilde du livre, Lausanne.

Autres chroniques de cet auteur :

Groix Paris 1940.

Avec Hervé Jaouen : Lettres de Groix et d'ailleurs.

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17 août 2007

BLANCHARD Christian / La mort des sens

La mort des sens.

Christian BLANCHARD

Note : 3,5

La voix de son maître!

Ayant assisté au Bistrot littéraire se tenant dans le cadre du Festival interceltique de Lorient, j'y ai entendu Christian Blanchard. Écrivain et éditeur, il nous parla de l'écriture et de l'édition hors de Paris, ainsi que des critères qui lui faisait choisir les ouvrages qu'il édite.

Cherchant toujours de nouveaux auteurs à découvrir, et certains de ses ouvrages étant disponibles à la médiathèque, je risque donc une première approche littéraire, en commençant par ce qui paraît être son troisième roman, mais le premier avec Claude Le Noan comme personnage récurrent.

Ce livre commence par une tentative de suicide d'un adolescent, six ans plus tôt en Normandie, une voix mystérieuse le guidait.

De nos jours dans la région de Morlaix, Claude le Noan passe un concours pour un poste de photographe pendant les mois d'été. A sa grande surprise, il est donc embauché dans le grand journal local "La Vigie Morlaisienne" avec l'appui de la directrice elle même, Hélène Donval.

Son travail consiste à suivre une nouvelle expérience pour lutter contre la délinquance, des patrouilles mixtes police/gendarmerie, il s'aperçoit bien vite qu'il doit surtout flatter le préfet par l'intermédiaire du journal.

Or un assassinat relativement atroce est commis, les autorités lui font comprendre que s'il veut continuer sa collaboration avec eux, il doit se montrer très prudent dans ses articles. A la direction du journal, le contraire lui étant demandé et refusant de céder aux pressions, il est renvoyé.

Mais Hélène Dorval est retrouvée assassinée, avec ce qui semble être le même mode opératoire que précédemment.

Quels sont les liens qui unissent les deux affaires?

Parfois en solitaire, parfois avec les autorités judiciaires, Claude le Noan, un instant suspecté cherche à résoudre l'énigme qui fait grand bruit dans la région.

Claude Le Noan, de prime abord, apparaît comme un dilettante, pas forcément obligé de travailler pour (bien) vivre. Amateur de musique "métal" et de belles femmes, ne négligeant pas de boire parfois plus que de raison, il devient de plus en plus crédible au fil de l'enquête. Il est le personnage de plusieurs autres romans.

Hélène Donval, sa directrice, femme autoritaire et arriviste, ne paraît jamais sympathique, mais de là à mourir dans ces circonstances, on ne lui souhaitait tout de même pas.

Christell le Gall, collègue et énigmatique maîtresse de Claude. Invitée, elle ne reste jamais la nuit entière, recevant des coups de téléphone à trois heures du matin, elle disparaît ensuite. La mort de sa directrice ne l'émeut pas plus que cela, suivant en cela la majorité du personnel du journal.

Qui est ce mystérieux tueur, d'où vient-il? Et pourquoi ce rituel et cette mise en scène avec tous les risques que cela comporte? A qui appartient cette "Voix" qui le guide tout au long de ces dernières années?

Une écriture correcte pour une histoire dont on pense avoir deviner relativement la solution, mais parfois il ne faut pas conclure trop rapidement. Un bon suspense qui tient en haleine jusqu'à la fin du livre.

Extraits:

- Le secret de la réussite du noeud du bourreau résidait dans la difficulté à desserrer le noeud coulant.

- Cet individu laid et repoussant est une taxe obligatoire que je dois assumer. C'est mon quota d'handicapé.

- Une négociation était réussie lorsque chaque partie gagnait quelque chose, ou du moins ne perdait pas trop.

- Il y avait bien sûr, les suicidés du pont de chemin de fer que l'on ramassait à la petite cuillère place des Otages, mais cela n'arrivait pas tous les jours.

- En fait ils étaient nombreux. Tous me dictaient ce que je devais faire. Cela ne pouvait pas durer.

- Mais la véritable confiance n'existait qu'entre la Voix et lui. Il ne devait y avoir dans le secret que la Voix et lui.

- Il savait que les gens le haïssaient, c'était la Voix qui le lui avait dit.

- La Voix lui établissait une liste. A chacun son tour. Aujourd'hui, c'était Hélène, la belle mais méprisante Hélène.

Éditions : Les éditions du Barbu.

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MAILLET Géraldine / Une rose pour Mahanttan

Une rose à Manhattan

Géraldine MAILLET.

Note : 4

Un bouquet!

Premier roman de cette dame, il semble avoir été suivi de plusieurs autres. Honnêtement je ne sais pas trop où je m'aventure ; "thriller romantique" dit le quatrième de couverture! Un court roman sur le mal de vivre pour deux personnes avec des secrets et drames dans leurs vies respectives.

Une femme, Elfie, quittant Paris et son passé pour New-York. Grande et belle femme de 27 ans, elle est seule, sa mère est morte depuis quelque mois. Sa mère et ses clients réguliers, elle gardant la boutique d'antiquité. Le bruit, les murs qui tremblent. Passeport en main, avec son seul trésor, elle fuit sa vie parisienne pour, pense-t-elle, "Gommer l'innommable". Aux Etats-Unis, elle pense retrouver une amie hollandaise Teneke et Jacques, l'homme qui a aimé sa mère, mais qui s'est lassé de ses frasques. Son but, repartir de zéro!

A New-York également, un écrivain en panne sèche, Edward, tente de se reconstruire, il n'a plus écrit depuis quatre ans, sa chute est lente, mais progressive, l'alcool est son seul but, mêmes quelques femmes de passage, de plus en plus décaties comme lui, ne l'incite pas à retrouver l'envie de vivre. Son agent, la seule personne n'ayant pas coupé les ponts, lui a trouvé un passage à la télévision pour la sortie prochaine d'un film tiré d'un de ses romans. Cette soirée sera un fiasco, mais donnera à Edward la volonté de redresser la tête.

Un objet perdu par l'une et retrouvé par l'autre, les amèneront à se chercher.

Elfie espère beaucoup de sa nouvelle vie, mais certaines choses de la vie courante la paniquent complètement, on se demande parfois si elle n'est pas petit à petit en train de sombrer dans la démence. Quel est ce drame secret qui la hante?

Edward, semble être le prototype même de l'écrivain maudit, on sent un drame un jour dans sa vie ; de la gloire et de la richesse, il ne reste rien que des matins douloureux, des femmes, des "gueules de bois" monstrueuses, des femmes de passage et un studio crasseux.

Paul, l'agent d'Edward, sexuellement ambivalent, mais qui commence à être un peu à court de liquidité et qui aimerait bien qu'Edward dessaoule et écrive de nouveau. Ne serait-ce que pour son train de vie personnel à lui, l'agent également habitué à un certain luxe.

Teneke, l'amie de longue date, ex-hippie, est comme une grande soeur pour Elfie, personnage de passage, elle donnera un peu de joie à Elfie et à ce livre.

Un personnage pour un chapitre fait que l'action se déroule sur deux niveaux jusqu'à ce que l'on prévoyait depuis le début, la rencontre entre les deux protagonistes du roman.

Un livre très intéressant, bien construit dont l'intérêt ne faiblit pas, bien au contraire. Une bien agréable découverte, que ce roman à la conclusion étrange.

Je pense relire cet auteur à la prochaine occasion.

Extraits:

- A New-York, elle pourra agir et en finir.

- Autant boire pour s'oublier. Oublier tout ce qu'il cache.

- Elle les hait, tous autant qu'ils sont. Elles les haïra toute sa vie.

- Elle ne quitte personne, elle ne retrouve personne.

- Il monte pour une descente aux enfers.

- Il a tout du mort vivant qui peine à mourir ou à vivre.

- Ses maux ont encore le dernier mot.

- Encore un de ces jours où il regrette de ne pas travailler dans le porno.

- Allait-elle partir en voyage? Elle revenait en tout cas de l'enfer.

- Elle est si proche. Il se sent bien.

- Elfie va mourir. Non. Elle veut mourir.

- L'homme marche.

Le femme marche.

Leurs destins se suivent.

Éditions : Flamarion

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14 août 2007

KERDRAON Mikaela / Kan ha diskan

Grall_Glenmor

KAN HA DISKAN.

Correspondances Grall-Glenmor.

(Établies par Mikaela KERDRAON)

Note : 4

Semblable/dissemblable

Deux monstres sacrés des lettres bretonnes. Un colosse chanteur barbu et chevelu.

L'autre d'apparence frêle, écrivain et pamphlétaire. Une terre et passion, la Bretagne. Des points communs, le talent et une constante : ne pas avoir leurs langues dans leurs poches.

La langue, parlons-en, Glenmor était bretonnant de naissance, Grall, non, et je pense qu'il le regrettait.

Quelques écrits déjà connus, mais surtout des inédits ou des raretés.

Glenmor écrivait peu (je parle de courrier), Grall beaucoup plus. Mais leurs correspondances ne sont pas les seuls écrits de ce livre. Nous y trouvons des textes de Grall sur Glenmor, leur rencontre et leurs amitiés naissantes.

Ce livre contient de nombreux extraits du magazine "La Nation Bretonne" qui parut entre janvier 1970 et mars 1971.

Il faut lire un hommage simple pour un bout de tissus "Variations sur un gilet" où on apprend que Grall, comme il le souhaitait, fut enterré avec.

Trois beaux textes de Glenmor écrits pour la mort de Grall sont réunis sous le titre "Steele pour Grall" et clôturent ce livre.

Les amis enthousiastes de la cause bretonne : Alain Guel (dont malheureusement je ne connais pas les écrits, mais je me soignerai), le caricaturiste Alain Coupé,

l'aventure du journal "La nation Bretonne". Avec le recul, certains textes paraissent pour la nouvelle génération un peu dépassés, mais pour l'époque ils étaient à l'opposé quasiment révolutionnaires.

J'ai beaucoup aimé également l'hommage à Brendan Behan, ce grand écrivain irlandais et grand patriote, mais qui comprit les limites de la lutte aveugle.

J'ai conscience d'avoir oublié beaucoup de monde et beaucoup d'excellents écrits, j'en suis désolé.

Un bien beau livre, qui tout en ne me rajeunissant pas, me fait très plaisir.

C'est pour moi un hommage à deux hommes qui se sont battus pour que des choses qui paraissent simples et acquises maintenant le soient devenues. Le drapeau en flottant libre au vent et aussi en vente libre, les BZH sur les voitures, la culture et la langue, ce sont eux et d'autres et ce ne fut pas réellement facile. L'identité bretonne n'était pas encore une chose acquise.

Un grand merci à Mikaela Kerdraon pour ce livre et également pour deux autres ouvrages "Au nom du père-Chroniques du Logéco" sans oublier "X.G. Une sacrée gueule de Breton".

Et je rajoute, après avoir fait sa connaissance, sa gentillesse et sa disponibilité.

Extraits:

- Car cette Bretagne n'a d'existence que par l'idée

que les Bretons s'en font. Le reste n'est que littérature.

Glenmor

- La Bretagne est une invention mystique, poétique

Mon pays, je l'invente.

Xavier Grall.

- Il se nomme Martin et ce n'est pas parce qu'il est Berrichon qu'il est moins âne que n'importe quel élu de paroisse.

Glenmor

- Je suis Breton libre. Le fanatisme, d'où qu'il vienne, m'est intolérable.

Xavier Grall.

- La langue se meurt alors soufflons dans le biniou. La Bretagne se vide exportons la gavotte. Le fest-noz devient le haut lieu culturel de l'émigration.

Glenmor

- J'étais devant la porte et deux êtres m'ordonnaient de rentrer dans la maison. Et de la défendre. Et de la refaire. C'était Alain Guel, c'était Glenmor.

Xavier Grall

Éditions :Coop Breizh

Posté par eireann yvon à 10:42 - Littérature bretonne - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

13 août 2007

Marathon littéraire!

Il court, il court le Yvon!

Une dure semaine littéraire : en marge du festival interceltique, se déroule plusieurs manifestations littéraires, le Quai de Livres et à partir du jeudi, le Bistrot Littéraire, animé par Maëtte Chantrel et Rachid Oujdi.

Au Quai des Livres, j'ai revu Roselyne Morandi, écrivain et poétesse ; ses livres sont des objets quasiment d'art souvent illustrés par elle même:

http://www.priceminister.com/navigation/se/category/104770/kw/morandi+roselyne.

Je n'ai pour l'instant parlé d'aucun livre d'elle, mais je pense que cela ne saurait tarder.

Puis j'ai fait la connaissance de Yann Venner, inventeur du village imaginaire de Trélouzic, mais même dans les villages imaginaires, des crimes sont commis. Yann est un homme plein d'humour dont j'ai chroniqué les deux livres parus.

Au Bistrot littéraire, j'ai retrouvé Claude Bathany, que j'avais rencontré il y a quelques temps, nous avons parlé de son livre "Last Exit to Brest" dont vous trouverez également la chronique sur ce site.

Ce même jour, j'ai fait la connaissance de Christian Blanchard, écrivain et éditeur à Brest, j'en parlerai plus longuement dans un prochain commentaire.

Ma dernière rencontre dans le cadre du Bistrot littéraire fut avec une grande dame, Mikaela Kerdraon, femme charmante. Elle est une grande passionnée de Xavier Grall, de Glenmor et de Culture Bretonne. Je parlerai prochainement de son dernier livre "Kan ha diskan" Correspondances Grall-Glenmor. Elle est également l'auteur d'un livre de référence "Xavier Grall, une sacrée gueule de breton" et elle a participé à l'édition d'un livre de chroniques de Xavier Grall paru dans "La Vie".

Lundi, direction Ploemeur (proche de Lorient) pour un salon littéraire organisé dans le cadre de la braderie annuelle.

J'y ai rencontré Hervé Bellec, écrivain dont le récit "La nuit blanche", livre que j'ai d'ailleurs acheté, (ma chronique a été faite sur l'exemplaire de la médiathèque), m'a fortement marqué il n'y a pas si longtemps que cela.

J'ai fini ce marathon littéraire par une rencontre, la seconde après le salon de Guidel,

avec Marie Le Drian dont le court ouvrage "On a marché sur la tête" est un chef d'oeuvre d'humour noir. Elle m'a d'ailleurs avoué avoir eu certaines craintes à la parution car les dessins de Raphaëlle Larre sont d'un humour se mariant bien au texte.

J'en ai profité pour me procurer son dernier ouvrage.

Maintenant je vais lire!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

A bientôt.

Yvon

Posté par eireann yvon à 19:07 - Parlons-en ! - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

11 août 2007

BANVILLE John / La mer.

La mer

John BANVILLE

Note : 5

La mer, source de vie!

Booker Prize en 2005, ce livre permettra-t-il enfin de faire connaître John Banville?

C'est tout le mal que je souhaite pour cet écrivain pas toujours facile d'accès.

Pour l'anecdote, John Banville fut finaliste du Booker Prize en 1989 avec son roman "Le livre des aveux*". "Les vestiges du jour" de Kazuo Ishiguro fut couronné.

En 2005, les deux auteurs étaient encore finalistes, l'un avec "Auprès de moi toujours",

ce fut John Banville qui fut couronné pour ce roman.

Max, suite à la mort de son épouse Anne, revient au bord de la mer, là où quelques cinquante ans plus tôt, il était venue passer des vacances et avait fait la connaissance de la famille Grace qui, pour lui enfant pauvre, étaient "Les Dieux".

Que vient-il chercher ici? L'oubli, tenter de chasser de sa mémoire la mort d'Anna et son souvenir. Cherche-t-il à s'éloigner de sa fille Claire, avec qui il n'a plus grand chose en commun, mais qui s'inquiète pour lui?

Comme dans un puzzle où les époques se croisent sans suite apparente, l'auteur à petites touches nous fait découvrir l'envers du décor de la vie de Max. Fantasmant sur Mme Grace, il rentre dans leur intimité, se lie d'amitié avec les enfants. Il participe à des piques-niques familiaux, découvre les usages et travers de chacun. Il côtoie enfin Mme Grace, cherchant une promotion sociale ou tout simplement une famille.

Les affres de l'adolescence ressurgissent-elles plus tard dans la vie d'un homme, à l'heure du bilan?

Max travaille dans le monde de la peinture, ce qui n'est pas rare dans l'oeuvre de Banville. Anna son épouse, ombre agonisante, semble passer dans ce récit, comme une morte en sursis. Claire, sa fille, a abandonné ses études au Beaux-Arts. Inquiète, elle aimerait qu'il vienne avec elle, lui la considère avec mépris comme une "Basbleu".

La famille Grace, "les Dieux" : la mère Constance (Connie), le père Carlo, les jumeaux Chloé et Myles le garçon muet et Rose la gouvernante, est pour les sentiments qui les lient une énigme pour Max, lui l'enfant solitaire.

Que de souvenirs cinquante ans plus tard dans cette maison que la famille Grace habitait et qui est devenue une pension de famille. Mais la vie ne s'inverse pas, les événements passés sont autant de plaies que de questions.

Une écriture qui ressemble, et de ma part, c'est un compliment, à celle de John McGahern dans "Pour qu'ils soient face au soleil levant".

Un vocabulaire précis et riche pour une histoire se déroulant sur un rythme apparemment lent, le début peut paraître monotone, mais est, je pense, nécessaire pour la mise en place de l'histoire et des personnages. Un très beau roman.

Pour l'anecdote, Claire, la fille de Max, suit les cours des Beaux-Arts en étudiant un peintre Vaublin! Hors ce même peintre était déjà mentionné dans un autre roman "Le monde de l'Or*"

Extraits :

- Le passé cogne en moi comme un second coeur.

- "Pour l'amour de Dieu, pas de chichis! me lança-t-elle sèchement. Après tout je suis juste en train de mourir".

- J'aurais dû tenir un journal. Mon journal de l'année de peste.

- Un rêve voilà ce qui m'a attiré ici.

- Elle était déjà malade. Que pouvais-je faire?

- A la vérité, tout commence à se confondre, le passé, l'avenir possible et l'impossible présent.

- Néanmoins, cette journée de licence et d'invite illicite n'était pas terminée.

- Si elle était réelle, alors soudainement je l'étais.

-Je pensais à Anna. Je m'oblige à penser à elle, j'en fais un exercice.

- Puis une infirmière est venue me chercher, je me suis tourné et je l'ai suivi à l'intérieur, et j'ai eu l'impression de rentrer dans la mer.

Éditions : Robert Laffont

Titre original : The Sea

Autres chroniques de cet auteur :

Le livre des aveux.

Le monde de l'or

La lettre de Newton

Athena.

*Voir Chroniques

Posté par eireann yvon à 13:12 - Littérature irlandaise - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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