Attention éclaircie.
Marie Le DRIAN.
Note : 5 / 5.
Avec mes meilleurs voeux.
Dernier roman de cette auteure morbihannaise dont je découvre les oeuvres petit à petit. Après l'humour relativement noir de "On a marché sur la tête", celui-là n'est pas mal non plus.
Au début il faut se sortir un peu du brouillard! Mais la municipalité a garanti à Hélène qu'elle (la municipalité) prenait tous les frais en charge si la brume se levait!. Et pour Hélène en cette semaine de Noël, c'est le smog des années de Jack l'Eventreur sur Londres multiplié par celui de Pékin en cette année pré-olympique . Revenons à nos moutons (langoustines pardon).
Bref Hélène fait le marché pour un réveillon qui ne s'annonce pas réellement gai. Entre Dominique la copine, employée de poste, dont la seule conversation est la qualité et la couleur des timbres, les deux veuves copines de gymnastique et la présence toute en finesse et délicatesse de la maman, morte pour l'état civil, mais omniprésente dans les pensées de notre pauvre narratrice. Quatre femmes seules, la règle étant : pas d'hommes!Après une déception amoureuse, un départ sur une île pour suivre un amour, dont elle sortira brisée, Hélène entreprend une difficile reconstruction personnelle.Le réveillon n'est pas une réussite mais pas loin d'être une catastrophe. Solange subitement change de parfum, ce qui rend Hélène cafardeuse. La maîtresse de maison a oublié de faire la mayonnaise pour accompagner les langoustines, les cadeaux provoquent un intérêt poli de la part de ceux qui les reçoivent, enfin un peu d'alcool aidant, la soirée se termine sans anicroche.
La municipalité annonce une éclaircie pour le 27, et Hélène doit maintenant tenir sa promesse, celle qu'elle a fait à sa mère sur son lit de mort!
Les personnages foisonnent dans ce roman : Hélène la narratrice, mal mariée avec un conjoint coureur ; elle le quitte pour suivre Martin, sur son île, mais la vie sur un île n'est pas toujours paradisiaque.Sa maman, femme que l'on ne voudrait jamais connaître, qui est malgré le trépas toujours autoritaire et donneuse de leçons. Claire, l'ancienne copine dont elle est sans nouvelles : son souvenir tournera à l'obsession pour Hélène. On soupçonne une affaire d'homme entre les deux, ce qui a rompu leur amitié? Rien n'est sûr.Dominique, employée de poste, dont on dirait qu'elle est brave ou gentillette, mais toujours le coeur sur la main et la confidente idéale.Odile et Solange, les deux veuves, qui profitent maintenant de la vie.Bernard, le mari volage d'Hélène, laquelle Hélène, un jour s'est envolée pour une île avec Martin, qui lui n'est plus revenu sur cette île!Bernard-Henri, lui est veuf, employé municipal et l'objet (caché) des convoitises des veuves, célibataires ou femmes abandonnées.
Que cache également Eléonore, la mystérieuse dame du marais, un peu sorcière ou voyante?
Attention, sous une certaine joie de vivre et d'humour se cache un livre grave sur les aléas de la vie. Une étude féroce des us et coutumes d'une certaine classe sociale et peut-être bien de tout le monde. Ce réveillon est un moment de lucidité sur les relations entre les êtres humains, sur les choses acceptées et inacceptables. Les petites critiques chuchotées, la vacuité des cadeaux, bref tous ces faux semblants que nous acceptons tous, bon gré mal gré.
Une oeuvre originale, d'une lecture agréable sur la solitude voulue ou contrainte. Un bon moment de littérature avec un petit côté fantasmagorique dans ce village noyé dans le brouillard.
Extraits :
- Sur la côte les mères ne meurent pas, elle s'absentent.
- Ta robe d'avant elle était très bien. Toutes ses paillettes sur la nouvelle!
Tu as l'air d'une guirlande!
- Je n'ai pas dit à Claire de dégager. Cela ne me ressemble pas. Claire était mon amie.
- Mais les pères ne sont pas bavards. Ils ne jugent pas. De leurs vivants déjà, ils ne se mêlent pas.
- Je n'ai pas su conserver mon malheur. Ni le protéger.
- Il est impensable d'ouvrir les huîtres sans un verre de vin blanc à proximité.
- Les mères demeurent. Assoiffées de présence.
- Et surtout, elle a l'élégance de ne pas être trop jeune.
- Souillon criait ma mère. Désordre clamait mon père. Libre disait Martin.
- Comme vitrine de cette solitude, les "accidents de personne" sur le réseau de chemin de fer.
Éditions : La table ronde.(2007).
Autres chroniques de cet auteur :
Les femmes de là-bas.
Marie Poupée.
On a marché sur la tête.