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Hervé BELLEC
Demain, j'arrête d'écrire.
Note : 4 / 5.
Ce serait dommage.
La quatrième de couverture parle de "Mots de billets" pour ce livre.
Des écrits posés ici ou là sur du papier, graves, tendres ou puérils.
Ce qui passe par la tête d'un homme un jour ou l'autre pour peu qu'il observe ses contemporains.
Pour cet été sur les plages bretonnes, prenez ce livre il permet de ne pas bronzer idiot
il se lit très bien, et en plus vous aurez l'air d'un autochtone.
Cet ouvrage commence par un texte appelé Roc'h Trédudon" qui me rajeunit et me fais sourire, le 14/02/1974, l'émetteur situé dans les Monts d'Arrée, sautait provoquant un éclat de rire pour certains et privant une partie de la Bretagne de télévision.
Du souvenir du premier baiser au chagrin ressenti pour faire piquer la vieille chatte devenue acariâtre et surtout trop malade, tout un flot d'émotions parcoure ces textes.
"La chanson des vieux amants" est une très belle chanson de Brel, c'est aussi un très court texte désopilant mais plein de tendresse et d'amour figurant dans ce livre.
De la poésie paysanne dans "L'arc en ciel" à l'exhibitionnisme des villes dans "Muselières" le constat n'est pas flatteur pour ces dernières.
L'hommage à Xavier Grall et à ses billets dans "La vie" dont l'auteur dit "C'était comme un souffle d'air frais".
"Made in Ireland" ou comment perdre ses illusions ou avoir l'impression d'être pris pour un pigeon!
Des "Rêveries" disons masculines, un feu rouge à Gourin, le seul sur 100 kilomètres pour Hervé Bellec sur la route de Guémené sur Scorff. Un jour un magasin ferme, tous les hommes se retrouvent comme des andouilles! Et la route paraît plus longue.
"Régis" aussi est un rêveur, il préfère dessiner (et bien d'ailleurs) des femmes nues que de s'occuper de la Constitution de 1791. Malheureusement c'est durant le cours d'histoire, pas pendant celui de dessin.
L'auteur et son entourage, des gens que l'on peut rencontrer au coin de la rue, un homme et une femme paniqués par un appareil photo dans un bar, sont les personnages de ce livre.
Cette dame, la soixantaine venant qui entame une correspondance qu'elle espère amoureuse sur le net, car son mari semble la délaisser ? Le dragueur de mauvais goût dans le train dont la voix insupporte tout le monde, et donne des envies de meurtre à tous les hommes présents!
"Mimosa" est une connaissance d'école, travesti, il fait carrière à Paris. Le sida l'a emporté. Une pensée parfois ne coûte rien.
"Le Scorff" (j'habite boulevard du Scorff, à Lorient) en fin de parcours de cette rivière. Des fois je me dis que j'aimerais mieux habiter à la source dans le calme de la Bretagne profonde.
Des tranches de vie, des brèves de Breizh et d'ailleurs, ou comment réfléchir et donner à réfléchir sur des situations de la vie de tous les jours.
Je ne peux qu'avoir de l'estime pour un homme qui dit en parlant de sa mort:
"Dans le même temps j'écouterai une fois de plus l'album "Harvest" de Neil Young. C'est sur le dernier morceau-Words- que je m'en irais".
Extraits:
- Parfois, j'ai envie d'arrêter d'écrire comme certains essayent de renoncer à la cigarette.
- Elle est venue pour m'interviewer, mais c'est d'elle dont elle parle.
- Notre haine est d'une courtoisie à toute épreuve.
- C'était LE centre de gravité de la Bretagne, le "Bagdad Café" de la route 66.
- Non, pas plus d'érotisme ici que dans une succursale d'une agence nationale pour l'emploi.
- Parfois j'en ai assez de vivre dans une rue où la chaussée est sans cesse labourée par d'arrogants 4X4 conduits par des riches tandis que le trottoir est arpenté de long en large par la ronde des chiens de combats que les pauvres tiennent en laisse.
- Faut pas se leurrer! Chez les écrivains, on trouve à peu près la même proportion d'abrutis que de gens bien que dans tous les autres corps de métier.
- Je vais à Spézet en passant par le Michigan et le Montana. Je suis le roi de la Prairie.
- Je serre les fesses, que fait-on des écrivains en mal d'inspiration?
- Tant mieux, ma part de rêve reste vierge.
- Je n'aime pas trop les Parisiens, surtout quand ils vous rappellent que vous n'en êtes point.
Éditions : Coop Breizh
Autres chroniques de cet auteur :
La nuit blanche .
Un bon Dieu pour les ivrognes.
Félicté Grall