La chasse au merle.
Hervé JAOUEN.
Note : 4 / 5.
Suivant que vous soyez riche ou pauvre......?
Dans un avertissement avant lecture, l'auteur nous explique l'idée qui a permis la naissance de ce livre, un de ses amis, avocat, lui ayant fait lire un essai qu'il essayait de publier "Le rang social et la justice d'état". Hervé Jaouen décida alors d'écrire une histoire pour accompagner ces écrits.
La vie d'une ville de province et ses habitants, étudiée à travers ses différences de classes sociales. D'un côté les Loupeau, dignes héritiers des personnages d'Emile Zola, Marie-Ange, fille mère de dix-sept ans fait un mariage de "raison" ; l'homme, Armand, reconnaît Frédéric l'enfant, et cinq autres suivront. En grande partie, le salaire du mari passe dans la boisson et le jeu, Marie-Ange se prostitue t-elle? On lui connaît de nombreux amants. Un jour de grande beuverie, Armand tue La Cloche, ami de boisson et Fredo ce bâtard qu'il n'a jamais supporté. Que s'est-il passé ce soir là? La ville n'est pas meilleure, ni pire qu'une autre, séparée en deux géographiquement et socialement, mais c'est un cas très fréquent.
La partie haute "Le Coteau" habitée par les notables ayant commerces, pharmacies et médecins, et évidement une jeunesse aisée, avec un vernis de respectabilité, mais pas réellement respectable. En bas, "La Pompe" du nom de la rue qui traverse ce quartier déshérité, entasse les exclus de l'abondance, les familles pauvres vivant d'activités à la limite de la légalité. Un monde peuplé d'ivrognes et d'enfants souvent tabassés, mais débrouillards. Les deux bandes de jeunes s'affrontent régulièrement surtout en cette période de vacances scolaires. Quelle est la part exacte de chacun dans le drame qui secoue la ville, entre une presse racoleuse et des services municipaux pas toujours intègres, ainsi qu'un policier pressé d'en finir.
La famille Loupeau est le prototype de la misère humaine, la mère ayant un enfant trop tôt se mariant pour un semblant de respectabilité. Le père alcoolique rédhibitoire, violent et magouilleur, tabassant son beau-fils qui en plus est d'origine algérienne.
Les bandes d'adolescents se battent pour la gloire et pour la frime, ceux du haut perdent régulièrement ; en contrepartie le désir de vengeance augmente.
Un bon roman de jeunesse (car il date de 1979) sur la vie de deux quartiers d'une même ville que tout oppose, même leurs jeunesses.
Un constat social qui à la fin du livre impose une conclusion accablante: pourquoi chercher plus loin alors que l'affaire semble évidente et que le coupable est pauvre!
Extraits :
- Elle sourit intérieurement en pensant que son passé venait de disparaître dans le trou des cabinets.
- Et c'est là quelle avait le plus de chance de trouver un homme. Un tout neuf. Qui lui ferait un gosse ou deux.
- Dudule, qui avait de la moustache et du sperme était le mauvais génie du groupe. L'inventeur de conneries.
- Les hommes, c'est comme ça, faut que ça chasse et que ça joue au foot.
- Les leçons d'éducation sexuelle à l'école quelles foutaises!..Quand on a les T.P. à la maison!...
- Il avait démarré au muscadet, le matin, cela décape mieux que le jus de pamplemousse.
- Ainsi chaque dimanche après-midi sonnait-il la fin de la vie communautaire.
- Mort au champ d'honneur! L'aura la croix! La médaille du douze degré cinq!
- Ah cette rue! regretta Lebert, c'est comme une plaie ouverte dans notre bonne ville.
- Inutile de prévenir la hiérarchie. Une enquête toute ficelée.
- Il devait être coupable puisque tout l'accusait.
Éditions : Éditions de la Chapelle. (2002)
Autres chroniques de cet auteur :
Pleure pas sur ton biniou ;
La mariée rouge;
Merci de fermer la porte ;
Connemara Queen ;
Le fossé ;
Le crime du syndicat ;
Les chiens du Sud
; Fleur d'Achélème;
Quai de la fosse;
Au-dessous du Calvaire.