La nuit blanche.
Hervé BELLEC.
La Nécessité unique*
Note: 5 / 5.
Je pensais que, arrivé à soixante ans et ayant perdu quelques proches, j'étais vacciné pour réellement m'attendrir sur la mort d'un personnage de roman, eh bien non!
La mort de Gwen à trente huit ans est revécue avec rage et tendresse par ses proches. Le temps a passé,nous sommes en octobre.
Gwen est morte un jour exceptionnel de printemps, comme si même la météo voulait lui rendre hommage. En ce matin, le narrateur expliquait aux enfants les failles téluriques, les tremblements de terre, les dizaines de milliers de morts virtuels là- bas vers la Chine, ces morts dont on parle, comme cela, parce que c'est l'actualité. Mais la mort de Gwen n'est pas l'actualité, c'est la réalité, et là c'est différent. Gwen, belle femme de chair et de sang, la mère, l'épouse, l'amie, la confidente, la fille. Une personne ordinaire, mais pour son entourage quelqu'un de primordial. Beaucoup de personnages, familles, amis, tout l'entourage de Gwen la pleure et se rappelle d'elle. Son mari et ses enfants, ses parents, Léna et Clarisse, les copines, Aline l'épouse du narrateur, tous sont là pour un dernier hommage. Pierre, son mari, paradoxalement, tente de remonter le moral des autres, mais la douleur l'emporte. On en vient presque à envier Gwen d'être tant chérie. Le soir tombe, les parents partent, la nuit s'installe, les fidèles sont là, la veillée commence. Brigitte, une autre amie d'enfance, fatiguée par six heures de voiture arrive de Paris. La fête païenne peut commencer. Demain le dernier voyage ramènera Gwen dans son Argoat natal.
Une écriture toute en sensibilité entre souffrance et colère, l'injustice de certaines morts, le rejet de la religion, qui amène cette réflexion : "Dieu est sourdingue comme un pot". Une sobriété de style qui évite tout apitoiement et toute compassion.
Un ouvrage poignant d'une lucidité rare sur la mort d'un être humain en pleine jeunesse, avec la question rituelle pour ceux qui restent : pourquoi si jeune? Pourquoi elle?
Un livre dont on ne sort pas forcement indemne!
Une de mes plus belles lectures de l'année!
Extraits :
- On ne photographie pas les enterrements, pas chez nous en tout cas et Gwen n'était pas princesse. Elle était fille de gueux comme nous tous, rejetons de cul-terreux.
- On appelait le docteur et le docteur nous disait d'appeler le curé et c'était fini.
- L'enterrement se faisait en Bretagne. Il est chez nous hors de question de reposer en terre d'exil.
- Dans cette chambre d'hôpital, notre prière n'était que le contre-chant d'une ancienne colère.
- Le mieux, finalement était de se taire.
- Le temps ne guérit pas les blessures, ni les voyages ni les hommes, écrivait Jack Kerouac.
- Il était une fois, au milieu des bois une maison en sucre d'orge.
- Gwen valait bien un gueuleton.
- Gwen est née au printemps, morte au printemps, c'est dur de partir au printemps, chantait Brel.
- La mort finalement ne concernait que les vivants.
Éditions : Nil éditions/ Coop Breizh.
Autre chronique de cet auteur :
Un bon Dieu pour les ivrognes.
*Extraits du chant, "Les séries" tiré du Barzaz-Breiz :
Pas de série pour le nombre Un : La Nécessité unique,
Le Trépas, père de la Douleur; rien avant, rien de plus.