Le théâtre des rêves.
Bernard FOGLINO
Note : 4 / 5.
Pieds Nickelés déjantés!
J'ai connu Bernard Foglino à la médiathèque de Lorient, il y a quelques jours.
Il nous a très gentiment expliqué que malgré que l'on parle football, ce n'était pas un livre sur le football. Il y avait une enquête, mais ce n'était pas un roman policier, etc... Je me suis dis en moi-même, tiens un petit-fils français de Flann O'Brien?
On parle de tout, puis de rien et tout cela fait un tout. Et surtout un bon livre.
Un collectionneur, marabout à ses heures, cherche un poil pubien d'Elvis et Baptiste le lui procure pile poil à l'heure, mais tel est pris qui croyait prendre. Car en plus de quelques dégâts physiques, le voilà possédé par l'esprit d'un dieu des marais africain.  En faisant les courses, notre narrateur assiste à un hold-hup, dont le braqueur porte un masque de François Hollande, et vidant la caisse avec un aspirateur, c'est ce que l'on appelle le nettoyage par le vide.
Un proverbe dit "Il faut de tout pour faire un monde". L'auteur, lui, semble penser qu'il faut du monde pour faire un livre! Et ce qui est remarquable, c'est qu'il le prouve, sans transformer le récit en galerie de portraits.
Baptiste Flamini, chercheur en objets de collection, et d'emmerdements en tous genres, le naïf qui vous jure qu'une photo a été prise à Nashville, malgré que, dans un coin, figure la Tour Eiffel!
Robert, écrivain maudit et manchot, qui, parce qu'il faut bien vivre, est gardien de nuit à la morgue.
Arnold Layne, le troisième larron (surtout en foire) est consultant en violences verbales, juste pour apprendre à ne pas dépasser les limites, celles du politiquement correct qui vous évite de vous retrouver devant un tribunal! 
Thierry Fringant, ancien chauvin repenti, ex-commentateur de la télé, le seul qui réussissait la gageure d'être meilleur sans le son. Les quelques pages sur le football sont excellentes et j'ai beaucoup de souvenirs de la finale de la coupe de France Lyon/Nantes qui est la seule à laquelle j'ai assisté. Et Bamba, l'esprit des marais, qui laisse le pauvre Louis mariné dans l'incertitude: "Esprit es-tu là?"
Avec tout cela, on se demande où l'on va et même si on y va, car obligatoirement on va quelque part, d'accord, mais où?
Une belle écriture au service d'une histoire débridée, loufoque et jubilatoire.
Par-ci, par-là, quelques références, à part le foot, à la télé avec "le fugitif", à la musique avec Jimmy Hendrick et surtout aux années 1970 où parait-il, tout était bien (la seule chose tangible, c'est que j'étais plus jeune!).
Un humour décapant tournant beaucoup de choses en dérision. Et comme je suis un adepte de ce genre de littérature, ce livre ne pouvait que me plaire.
Extraits :
- Ivre et seule, la fille avait déballé à Jean-Pierre ses problèmes avec les porcs. Seul et ivre Jean-Pierre avait été ému par sa détresse.
- Il y a une sacrée injustice à penser que Jimmy Hendrix n'est plus de la croisière alors que Vacquier est toujours sur le pont.
- Au rythme où il redoublait, il serait bientôt plus vieux que les profs.
- Elle est mieux à poil qu'en bouchère c'est sûr.
- Old Strafford, soixante milles poitrines d'émigrés irlandais ivres qui chantent debout, tellement serrés que même les morts tiennent droit!
- Bécassine et Tintin ne font qu'un. Et ça tient debout, le petit reporter asexué, on lui met une coiffe bretonne et c'est Bécassine, la bonniche.
- Les jours suivants, j'ai repris une vie normale, si tant est que ma vie soit normale.
- La réussite a souvent les dessous de bras un peu flasques.
- Les choses inexpliquées permettent de rêver.
Éditions :Buchet-Chastel. (2006)