L'idiot en herbe.
Patrick KAVANAGH.
Note : 3,5/5.
A une Irlande révolue.
Patrick Kavanagh (1906/1967)est connu comme poète et surtout pour son oeuvre "La grande famine", longue poésie réaliste sur la vie dans la campagne irlandaise. Un roman de cet auteur est disponible en français "Tarry Flyn" chez le même éditeur. Il a toujours dans la poésie irlandaise représenté une certaine rusticité à l'opposé d'un Yeats par exemple.
C'est dur de naître à Mucker*, et comme si cela ne suffisait pas de passer en plus pour l'idiot du village. Et pourtant il y en a des choses à raconter! Son enfance se passe dans l'humble maison familiale entre un père cordonnier, accordéoniste et une mère de vingt ans la cadette de son mari. Parfois passaient des ouvriers itinérants qui travaillaient quelque temps à la maison. Et puis vient le temps de l'école, les coups de baguette sur les mains.
Puis celui de la Guerre, la soi-disant grande, celle de 1914. Ces années marquèrent la fin des cordonniers itinérants, mais également la disparition des mendiants, ces personnages des campagnes irlandaises. Les paysans s'enrichirent, la vie continuait, les courses de chevaux étaient toujours très appréciées. Les jeux et paris de toutes sortes également. Bref, une jeunesse parmi des gens de la campagne, malins, filous, et peu enclins à la discipline.
Paddy découvre la poésie et l'amour pur et chaste par l'intermédiaire d'une institutrice, mais garçon oblige, il fait aussi le coup de poing. Ensuite les années de guerre contre l'occupation anglaise, l'indépendance, mais une certaine misère, les foires à l'embauche, le départ pour de longs mois.
Cordonnier-paysan comme son père pendant un temps, l'écriture lui permettra de quitter cette vie qu'il décrira si bien.
L'écrivain est le personnage principal, et cela semble normal de cette autobiographie. Il finit sa vie de manière bien triste, victime d'un cancer, il intente un procès à un journal, le perd et se fâche avec la plupart des écrivains de l'époque. La maladie et l'alcool ont eu raison de lui.
Une écriture de haute volée, poétique évidemment. Un bon récit qui se laisse lire, mais qui tombe, comme souvent dans ce genre d'ouvrage, dans une certaine facilité.
Extraits:
- Les gens ne voulaient pas d'un poète, ce qu'il leur fallait avant tout c'était un idiot du village.
- Toucher aux outils de cordonnier rangés sur le banc était considéré dans le métier comme le plus exécrable des crimes.
- Les gens d'Irlande n'oublient jamais qu'ils doivent mourir. Même devant une maison neuve, à peine habitée, il y a quelqu'un pour envisager l'ultime déménagement.
- Cette personne s'appelait Bashford. Orangiste il n'aimait pas les Plunket de Rocksavage qui étaient catholiques.
- La beauté, la beauté éclatait de partout, et nous autres nous ne pensions qu'à l'argent.
- Ces gens-là ne manifestaient pas un bien grand attachement aux bonnes moeurs. La paroisse comptait non moins de six cafés et autant d'enfants naturels que légitimes.
- Tu lui ressembles en tout : gros nez, grosse voix, et bête.
- Je me mis à vouloir être plus âgé, comme maintenant, je voudrais être plus jeune.
- La boutique d'un cordonnier est un jardin de philosophie.
- Comparés aux "Free Staters**", les "Blacks & Tans" étaient des gentlemen.
- Je retournais en Irlande. La verte, la chaste, l'idiote Irlande.
Éditions : Terre de Brume.
Si mes calculs sont bons, ceci est ma 150eme chronique irlandaise.
*Mot gaélique dont la signification, édulcorée et polie, est le lieu où l'on élève des porcs.
** Militaires de l'Etat Libre d'Irlande.