Un bon dieu pour les ivrognes.
Hervé BELLEC.
Pas toujours!
Note :5 / 5.
Je ne connaissais pas Hervé Bellec avant de le voir au salon du livre de Guidel, il y a quelques temps. Donc je commence par ce recueil de nouvelles situées dans la cité du Ponant et dans ses environs.
Baptiste se rappelle son arrivée à Brest, mis en pension par ses parents, le voyage en train avec des matelots fumeurs et buveurs de bière, les années de tristesse, puis une fille un soir....
La seconde nouvelle pourrait s'intituler "Elle est partie ma Kiki" ou la vue d'un slip de coton va raviver des souvenirs chez un homme qui reste seul avec sa chatte, et dont la tentative d'aventure sexuelle a complètement foiré cette nuit là.
Dans la nouvelle qui donne son titre au livre, on suit les changements d'un quartier brestois au travers de la vie de la place Guérin et d'un de ses débits de boissons. Les choses changent, pas forcement en bien. Les quartiers perdent leurs âmes et leurs commerces et même leurs bistrots.
Dans d'autres écrits, même la "Celtitude" a ses limites, puis une belle histoire de manuscrit sans nom laissé par une femme anonyme. Un récit qui ressemble à une légende revisitée termine ce recueil.
Un personnage récurrent, Baptiste, que nous suivons dans son monde et sur plusieurs années. Des marginaux laissés pour compte de la société, un monde complètement déshumanisé et sans merci, hantent également ce livre. La solitude et l'ennui, la vie que l'on voudrait meilleure, les chances que l'on laisse passer, les promesses non tenues sont la trame de toutes ces histoires. Deux garçons et une fille enceinte, mais aucun des deux n'est le père, ils seront plus que les parrains.
Pourquoi, parfois j'ai l'impression que ce livre parle de moi en particulier dans "New-York,New-York", alors que je n'ai jamais mis les pieds dans cette ville.
Une écriture de qualité dans sa simplicité, de belles descriptions des tourments de tous les jours, les amours souvent de passage, les copains qui partent et ne reviennent pas toujours. Une mélancolie bien bretonne par moment, toujours ponctuée d'éclairs d'un humour féroce mais qui, moi, me plaît énormément. Je pense avoir pris un abonnement avec cet écrivain. Ses références littéraires (Kérouac, Youenn Gwernig) et musicales étant en plus très bonnes, je ne vais pas m'arrêter en si bon chemin! Un grand bonheur!
Extraits :
- Vrai je crois même que je l'aime encore.
- Je n'ai rien contre la musique en général, j'aimais bien écouter Bob Dylan ou Neil Young quand les matins étaient ensoleillés.
- C'était un dauphin échoué sur la plage. Un hérisson qui tentait de traverser l'autoroute.
- Ce n'était pas les clochards célestes de Kérouac, nos clodos, c'est juste que le refuge des sans-abri du port fermait ses portes à vingt heures pétantes.
- Oui, elle était seule, coincée derrière les grilles de la nuit.
- Cauchemar d'entre les cauchemars, l'endroit devenait à la mode, courtisé par les pontes de la mairie et les snobinards du centre ville.
- Betty, écoute moi, bon sang. Je viens de boire un coup avec Jack Kérouac....
- "Bretonnes ou Irlandaises, vois-tu, c'est du pareil au même. Même race, même culture. Possessives, exigeantes, colériques".
- J'avais dix sept ans quand j'ai lu "Sur la route" pour la première fois et après ça, plus rien n'a été vraiment pareil pour moi! Tu comprends ce que je veux te dire?
- Mais il fallait raison garder, ce n'était que des bouquins après tout.
Éditions :
Coop Breizh