Crédit fric à Brest

Laurent SEGALEN

Note :4,5

Oseille au cyanure.

Premier roman de cet auteur brestois né en 1954 au Bourg-Blanc. Dans

cette oeuvre, il crée le personnage récurrent de Gaétan Letrusel.

Deux autres livres ont été édités depuis, et un quatrième est en cours.

Il y a des jours où tout va de travers, pense-t-on à la gendarmerie de Jusson, près de Brest. Un jogger est mort sur la route, il faut prévenir sa famille, mais aucun indice ne permet de savoir qui il est.

Le même soir, Christine Loiseau, infirmière libérale sort miraculeusement indemne d'un spectaculaire accident de voiture. Pas moyen de prévenir son mari, il semble s'être envolé! Quand la relation est faite entre les deux personnages, la gendarmerie apprend que le jogger est mort empoisonné au cyanure! La mort de son mari n'a pas l'air de bouleverser Christine!

Les deux événements ont-ils un lien? Les enquêteurs ne croient pas par principe aux coïncidences.

Petit à petit les langues se délient, certaine femmes de commerçants auraient-elles succombé à son charme? Ou quelques femmes venant d'ailleurs?

Pourquoi ces cadavres d'animaux près du lieu de la mort?

Donc les investigations commencent, surtout du côté du mari, cadre dans une société financière "Crédit Fric", la bien nommée. Le mort était très mal vu de ses collègues de travail, mais de là à le tuer? Pourquoi ce groupe financier cherche-t-il à cacher que la mort de son collaborateur est un meurtre?

Quelle opération ultra-secrète devait avoir lieu le lendemain de la mort de Loiseau dans laquelle il était très impliqué? Une visite dans les coulisses de cet organisme semble s'imposer. Mais les pressions contre la presse s'intensifient, quelle magouille financière se cache derrière cette mort?

Le journaliste, Gaétan Letrusel qui mène l'enquête, est un héros bien sous tout rapport, marié, père de famille et très attachant. Avec l'aide de son ami policier, Gérard Strullys, ils ont du pain sur la planche, tant de gens ayant un bon motif de supprimer cet homme.

Loiseau en était un drôle, homme à femmes, frimeur, opaque dans sa vie et dans ses rapports avec les autres ; à part quelques femmes du voisinage, sa mort n'émeut personne.

Une structure classique avec des pistes tous azimuts qui sont bien exploitées. J'allais oublier, l'auteur glisse par-ci,par-là une bonne dose d'humour qui n'est pas pour me déplaire.

J'aime beaucoup, pour le roman policier, ce genre d'écriture, saccadée avec des phrases courtes qui donnent du rythme au récit, ce style d'écriture proche du parler qui donne un air de vérité au roman noir. Tout en n'omettant pas le constat social d'une région où le monde paysan pèse encore d'un poids certain, mais le monde industriel, lui, est sinistré, laissant derrière lui le problème des ouvriers malades de l'amiante. J'ai beaucoup apprécié également le côté militant que donne l'auteur à son livre.

Pour un premier roman, une réussite, sur 360 pages, ce qui est aussi à noter.

Extraits :

- Les contribuables savent à quoi s'en tenir, les promesses des politiques n'engagent que ceux qui les écoutent, mais personne n'y croit.

- En fait tu tournes en rond. Tu fouines pour débusquer le moyen de sortir de ton carrefour à la Raymond Devos avec des sens interdits partout.

- Globalement ici les deux quotidiens, c'est blanc-bonnet et bonnet-blanc.

- Idéal coopératif, que de conneries dit-on en ton nom!

- En tout bien tout honneur, c'est mon petit jardin secret, et je suis son pote âgé secret. Ma voix lui fait de l'effet, elle me reconnaît si vite!

- "Autour du meurtre du cadre de "Crédit Fric" : près de 500 victimes collatérales". Cette 'Une' fera mal.

- Il plonge tout le monde dans la merde et il s'adjuge un fauteuil en or massif.

- Le pays du crédit est décidément un monde à part! Pas celui où la vie est sans intérêts.

Éditions :Astoure/ Breizh Noir.

Site de l'éditeur :

http://astoure.site.voila.fr/

Site de l'auteur :

http://www.laurent-segalen.com/