Le gardien du feu.
Anatole Le BRAZ.

Note : 4 / 5.
La facture est salée.
Anatole Le Braz (1859/1926)est un des chantres de la Bretagne. Je lui rends donc hommage dans cette chronique.
D'abord je voudrais raconter ma rencontre avec ce livre. Breton pur beurre (salé), je ne connaissais pas ce roman qui m'a été offert par un lecteur hollandais que je remercie publiquement ici. La première édition de cette oeuvre date de 1900. Il me semble me rappeler que de ce roman un téléfilm a été tourné il y a déjà quelques années.
Nous sommes au phare de Gorlébella (Phare de la Vieille sur le rocher de Gorlébella) en 1876. Quelque chose ne semble plus fonctionner normalement. Pour les premiers arrivants, le phare paraît abandonné, que sont devenus les trois personnes chargés de son
entretien? Dans une longue lettre en forme de testament, Goulven Dénès "Chef gardien" explique sa vie et son dernier tour de garde. Fils de paysans du Léon, il s'essaie à la prêtrise, puis à la vie de la marine d'état, ne se plaisant ni dans l'une ni dans l'autre, mais les quitte toutes les deux. Puis il rencontre l'amour sous les traits d'Adèle Lézurec, une belle trégorroise et il l'épouse malgré l'avis défavorable de sa mère :
-" Tu prends femme hors de ta race ; puisses-tu n'avoir pas à t'en repentir!...."
Plusieurs années se passent dans le plus grand bonheur au gré des affectations dans des phares sur terre. Mais une mutation en forme de promotion va briser tout cela. Dorénavant Goulven passera un mois en mer et 15 jours à terre. Dans un décor, sinistre pour elle, Adèle ne se plaît pas. En plus ses manières et sa coquetterie ne plaisent aux autochtones. La venue d'un "cousin", Hervé Louarn lui redonnera sa joie de vivre. Mais de quelle manière, tout le monde s'en doute, sauf Goulven! Alors dans son entourage, une femme éclairera sa lanterne (?)
Commence alors les préparatifs d'une vengeance froide et implacable, lente et cruelle.
Goulven Dénès, venant d'une famille austère, pour qui la seule distraction est la religion, a du mal à trouver sa place dans cette société où un garçon est, soit prêtre, soit marin. Homme de devoir, il dit avoir "failli" à sa mission. Adèle Lézurec deviendra son épouse. Fille d'un retraité de la marine devenu aubergiste, elle est gaie, enjouée, vivante. Tout les oppose, seul Goulven, à cause de son amour fou, ne sent pas venir ce qui semble inéluctable.
Une écriture qui n'a pas vieilli et dont la construction nous amène petit à petit au drame final. Un bon suspense dans une région inhospitalière, au décor grandiose entre la pointe du Raz et la baie des Trépassés qui souligne, si besoin était, le côté sombre de ce livre.
Extraits :
- Paradis des hommes, mais enfer des femmes.....
- C'était ma destinée et la sienne dont elle venait de prononcer l'arrêt.
- Au fond, tu n'es peut-être pas très sûr que le mariage ne soit pas un péché. Avoue que tu me considères presque comme une créature de perdition......
- Devers Plogoff, les cloches tintaient pour la Vêprée des Morts.
- Un proverbe léonard s'exprime ainsi : "Le malheur tousse généralement trois fois avant de se mettre en route".
- A ton gré, bélier de Léon! Cria-t-elle, et que l'ombre de tes cornes marche devant toi.
- Mon âme entière était comme une terre veuve, comme un pays rasé.
- Une règle de trois comme on dit!
- Elle avait les cils humides, la chère "mamm goz*", et elle se répandait en paroles de bénédiction, à la manière des humbles aïeules de Bretagne.
- Cela s'appelle "la randonnée de l'âme défunte".
Editions :La digitale. Calligrammes /Liv'éditions/ Langlaude Editions.

*Grand-mère