Un long long chemin.
Sebastian BARRY.
Note : 5/5.
Chemin de croix.
Reconnaissons à Sebastian Barry une originalité certaine, celle de ne pas tenir compte de la chronologie des personnages pour écrire ses ouvrages.
En effet ce roman, écrit après Annie Dunne, reprend la même famille mais des années plutôt.
Willie Dunne est le fils d'un policier de Dublin, qui lui donne ce prénom en hommage à William d'Orange. Après une enfance sans trop de problèmes, il fera la connaissance de Gretta, dont le père fut tabassé pendant les grandes grèves de 1913. Un amour naissant les lie, mais la guerre va les séparer.
Willie trop petit, ne peut entrer dans la police, alors il s'engage dans l'armée. Commence pour lui et pour des millions d'autre l'enfer des tranchées. Les combats et les ravages des premières attaques aux gaz pour lesquelles ils sont sans défense. Il laisse derrière lui des milliers de morts, puis enfin la première permission et le retour à Dublin, en plus au moment de Pâques en l'an de grâce 1916!
Il assiste stupéfait à la rebellion, participe au combat et voir mourir un jeune homme de son âge dans ses bras. Il repartira en Europe les vêtements tachés du sang d'un autre Irlandais. La guerre reprend mais l'esprit n'est plus le même, certains irlandais ne veulent plus servir de chair à canon, certains préférant même l'humiliation et la prison. Certains même souhaitent être exécutés, ne pouvant plus vivre avec le souvenir des morts de Dublin, et être sous commandement britannique.
Willie Dunne est comme des milliers d'autres pris dans une guerre à laquelle ils ne comprennent rien. Ils sont ballottés de tranchées en tranchées, pris en otages de l'histoire, pris entre leur sentiment de se battre pour la liberté de l'Europe, et leur amour de l'Irlande. A noter que, si les Ulstériens avaient leurs propres unités, les Volunters irlandais étaient disséminés dans des régiments où ils étaient toujours minoritaires. On sent bien de la part de certains officiers un mépris profond, qui ressemble fort à du racisme, pour les soldats irlandais. Ce livre parle des sentiments divers qui divisent les soldats irlandais, qui cédant à John Redmond (qui lui même croyait à une promesse d'autonomie),se sont engagés dans les troupes britanniques. Alors que d'autres se sont refusés à ce marchandage, d'autres furent scandalisés des exécutions après la révolte de Pâques 1916, et certains comme Tom Barry, se sont rendus compte qu'ils s'était trompés de guerre.
Une très belle écriture d'un réalisme profond, n'hésitant pas à décrire l'horreur des combats et les réactions des hommes, qui n'étaient que cela, des hommes.
A mon avis le meilleur roman de Sebastian Barry, car il réhabilite les soldats irlandais, qui pour un petit pays payèrent un lourd tribut à cette guerre, pour se voir refuser toutes considérations à la fin de celle-çi.
Extraits:
- Il était né aux jours qui agonisent.
- Pour le roi et le pays et pour que rien ne change. Tu comprends maintenant?.
- Ils ne nomment pas les foutus catholiques dans cette foutue armée.
- C'était le jeudi de Pâques dans ce royaume des morts innombrables.
- "Qu'est-ce qui ne va pas chez vous, putains d'Irlandais? Un peu de gaz et il n'y a plus personne?"
- Certains villages d'Ulster n'auraient plus d'hommes à présent. Ils ne reviendraient jamais pour guider la charrue et maudire le pape le dimanche, c'était vraiment malheureux.
- Parce qu'un Irlandais ne peut plus faire cette guerre à présent. Pas après l'exécution de ces gars. Non, vraiment pas.
- Je devais m'engager et me battre pour sauver l'Europe, et afin que nous ayons le Home Rule en Irlande au bout du compte.
- Tu vois. Nous nous battions pour l'Irlande à travers autre chose".
Éditions :Joëlle Losfeld. (2006)
Titre original: A long long way. (2006)
Autre chronique de cet auteur :
Annie Dunne.