Mon-Irlande

Mon Irlande*
J.P.DONLEAVY.

Note : 3,5 / 5.
Ne jamais manquer de pot!
Récit hautement biographique du truculent Donleavy, né en 1926 à New-York de parents irlandais, il a fait ses études au Trinity College de Dublin. Après quelques ennuis avec la censure pour son livre (et la pièce tirée de cet ouvrage)"L'homme de Gingembre", il quitte l'Irlande. Mais c'est pour mieux y revenir!
Premier séjour 1946 avec une bourse d'étudiant, sa rencontre avec l'Irlande et surtout avec quelques irlandais pas forcément représentatifs. Ses fréquents séjours aux "Charnelschambers", cela ne s'invente pas, caves servant de logements et de lieux de débauche. Vivant une histoire d'amour avec une "Princesse?", il s'intégrera à cette faune avec des personnages hauts en couleur comme "Le vicomte" touchant de ses parents une grosse somme d'argent tous les mois pour ne pas rentrer en Angleterre. L'argent arrivant, il quittait son repaire en pyjama, allait à la banque, passait chez le prêteur sur gage récupérer ses affaires et repartait pour 15 ou 20 jours de grand luxe. Mais il revenait au bercail, quand l'argent était dilapidé.
Ses études vues de haut, une situation matérielle enviable pour l'époque emmène l'auteur dans les milieux cosmopolites de la ville de Dublin d'après guerre.
Ce livre fourmille d'anecdotes, comme cette vieille anglaise qui le pria de retirer sa cravate car elle est aux couleurs de son écurie de course. Toutes les combines possibles et inimaginables pour boire et participer à toutes les fêtes. Plus tard, il commencera une carrière de peintre, achètera une petite maison et aura comme voisin un dénommé Gebler (mais nous en reparlerons).
Ses rencontres et anecdotes avec le monde littéraire de Dublin. Son amitié pour Bredan Behan qui commença par une bagarre, Donleavy, dandy mince, et Behan, colosse et mal habillé et souvent plus qu'émèché. Mais l'un ni l'autre ne voulaient vraiment se battre, cela se terminera par moult verres. Ses voyages dans l'Irlande profonde avec le même Behan, capable d'attaquer, un matin de fête, un taureau à mains nues, et de se baigner nu et de saluer dans le même et plus simple appareil, les passagers d'un train. Les visites chez un autre écrivain Ralph Cusak, qui aimait bien Behan comme compagnon de boisson,plus que Gebler qui pratiquait volontiers l'abstinence alcoolique.
Gebler était un écrivain reconnu, ce qui n'était pas le cas des autres. Scénariste à Hollywood, plusieurs fois marié, divorcé autant de fois, il reviendra dans la vie de Donleavy, à l'île de Man où celui-ci résidait avec son épouse. Un jour une bagarre éclata entre quelques irlandais qui voulaient ramener chez elle une jeune irlandaise, dernière conquête de Gebler. Elle s'appelait Edna et avait quitté l'Irlande pour le suivre. J'oubliais, son nom de famille était O'Brien! Ils ont eu un fils Carlo ! On croise aussi le poète Patrick Kavanagh, qui considérera Donleavy, qui élevait des poules et s'occupait de son potager, comme un "tocard" en matière de culture (maraîchère s'entend). Mais des problèmes avec la censure allaient contraindre Donleavy à un exil à l'envers, mais il reviendra, et avec les honneurs.
Bon livre, parfois un peu répétitif, mais qui fourmille d'anecdotes sur des gens qui ne savaient pas qu'il allait connaître une certaine notoriété.
A noter la présence de quelques photos.
Extraits :
- "Ici la boisson est efficace et la conversation pleine d'entrain".
- Tel était le Dublin littéraire. Sans la moindre trace de livre dans la main de quiconque et où chaque mot énoncé exprimait vos prétentions à la célébrité.
- Tu parles comme un peigne-cul d'Irlandais.
- J'étais maintenant en Irlande littéralement ancré dans le pays, corps et âme.
- Il y a de la diffamation et des obscénités dans ce livre et nous nous ferions écharper si nous le publions à Boston.
- "Il y a à Londres deux pièces modernes où souffle le vent du génie. L'une des deux est "Deux otages" de Brendan Behan. L'autre est "L'homme de gingembre" de J.P.Donleavy".

- En Irlande l'amitié est sur les lèvres, mais pas dans les coeurs.
- Pas étonnant que l'Irlande soit depuis longtemps la risée de l'Europe, pleine comme elle est des plus insupportables des cons à l'esprit étroit.
- Je me rendis sur la tombe de Behan....... Et au moins, transformant un de ces auteurs, jadis obscène, en saints des saints.
Éditions :Denoël
Titre original:J.P.Donleavy's Ireland
Titre intégral: Mon Irlande avec tous ses péchés et certaines de ses grâces