Les proies et les ombres.
Denis RIGAL.

Note : 4,5 / 5.
Nouvelles bucolique.
Ayant entendu Denis Rigal nous lire, lors d'une conférence, quelques lignes de ce recueil de nouvelles, j'ai voulu en savoir plus sur cet écrivain qui défend si bien son Massif Central natal. Je peux vous dire que je n'ai pas été déçu.
La campagne, sa faune et sa flore, ses saisons et j'oubliais, ses habitants.
L'époque où les truites avaient du vague à l'âme et se suicidaient au bout des cannes à pêche, où une fois prises disparaissaient dans l'herbe! L'apprentissage, et les rites pour déguster, le soir, du poisson frais. Mais également, ne nous voilons pas la face, l'usage de méthodes formellement interdites par la loi.
La "Salamandre" est une petite merveille d'humour, et de tentative de réhabilitation de ce batracien que la légende rend responsable de tous les maux du monde paysan.
Un petit mot sur les 'Chèvres" dont l'auteur dit :
-"Parmi les animaux qu'on élève, c'est à dire qu'on rabaisse, elle n'a jamais été vraiment domestiquée".
Des personnages qui sont des gens hors-norme pour nous citadins, comme Charles, bourlingueur, grand buveur devant l'Eternel, le village garde en mémoire un jour où, après avoir bu douze bouteilles de vin, il sortit "Portant sa cuite comme le saint sacrement". Après diverses pérégrinations du Maroc à Paris où il travailla à Bercy (dans les entrepôts de vin, le ministère des finances ne sévissait pas encore dans ce quartier à l'époque). Il revient au pays un peu assagi, ne buvant plus que cinq à six litres par jour et ayant découvert les vertus de la lecture!
Le "Semblable", qui est une histoire vraie, raconte comment un être frustre, mais doux, que les villageois ont obligé à boire, devient agressif. Avec des paroles gentilles et respectueuses, le père de l'auteur réussit à le calmer. Une grande leçon d'humanité.
Joseph, lui c'est plutôt l'inverse, il n'ira nulle part, épousera une fille mère, vivra au jour le jour, boira par période. La monotonie de la vie fait que les périodes deviennent plus fréquentes. Il mourra sur le bord d'un chemin pleuré par sa chienne.
Albert était le dernier habitant du hameau, la mort de l'un causa la mort de l'autre.
Jean, lui ratera sa vie, célibataire, à l'aise financièrement,il regrettera sa fiancée soi-disant souffreteuse qui en épousera un autre et qui lui survivra. Servit-il de modèle à la chanson "La complainte du pauvre Jean"?
La sagesse de la vie paysanne, un bonheur de vivre et un humour certain. Voilà les ingrédients d'un livre qui m'a apporté beaucoup de bonheur.
La liste des titres des nouvelles figure en fin de livre sur une page sobrement intitulée "Table".
Voyons le menu : Truites (3 fois); Sanglier ; Perches ; Brochet ; Cèpes ; Bécasse ; Chevreuil ; Morilles ; Bécasse blanche ; Grives ; Pigeons.
Bon appétit !
Extraits :
- Et il reste l'impalpable clarté.
- Mais les jonquilles, c'est autre chose. En montagne elles sont le printemps à elles toutes seules.
- Je donne du lait caillé à mon merle pour faire pousser sa queue, peut-être que si vous en mangiez, il vous en pousserait une aussi?
- Jusqu'à la crise cardiaque fatale, en sortant de son bistrot favori, sa vie s'écoula ainsi à boire et à lire, à reboire et à relire.
- Car les dindons sont très humains : leur stupidité naturelle les empêche de voir les trois quarts de la réalité, leur orgueil de mâle leur cache le reste.
- Elle venait donc d'avaler le dixième de son poids et avait encore faim.
- Ce soir, les papilles heureuses et la honte au front, je la mangerai.
- Il réagit à l'alcool comme la plupart des humains. Il réagit aux mots s'ils sont assez simples.
- Il n'aura ni cheval, ni boeuf. D'ailleurs il n'y a qu'un seul cheval dans la commune, c'est celui du corbillard.
- "Tu vois fiston, dit Pierre, sans ça et la beauté des femmes, la vie vaut pas un sou percé".
Éditions :HB. Éditions.
Autre chronique de cet auteur :
Traduction de poésie irlandaise : La veille de nuit de Derek Mahon.