Jens Christian GRONDAHL

Bruits du coeur.

Note :4,5

En stéréo!

Première lecture de l'oeuvre de cet écrivain danois né en 1959.

Le narrateur (nous n'en saurons pas plus sur son identité) reçoit une lettre de son meilleur ami, Adrian, cinq jours après la mort de celui-ci. Malgré leurs trente ans d'amitié, le connaissait-il vraiment ? L'un habitant New-York et l'autre Copenhague, leurs rencontres se faisaient de plus en plus rares. L'un est un architecte reconnu, l'autre un commerçant d'estampes japonaises bénéficiant d'une certaine notoriété, mais pas d'aisance financière qui est sensée aller avec. Le narrateur revient sur leur enfance, la découverte de la connivence entre un frère et une soeur pour lui, fils unique. Puis son sentiment de jalousie naissant envers Ariane, se donnant à lui, mais gardant ses distances et ses amants.

D'autres personnes rentreront dans l'intimité du trio : la maîtresse d'Adrian, femme d'un avocat dont il deviendra fou et pourrira la vie, Bibi, ancienne strip-teaseuse, lesbienne, amie de sa mère, qui proposera un étonnant marché au narrateur avant de disparaître de sa vie. Adrian lui-même partira en Amérique, Ariane se mariera et gâchera sa carrière de musicienne et sa vie tout court aussi..

Que reste t-il de nos amours si longtemps après? Et de quoi Adrian voulait-il lui parler?

Chose qu'à première vue, il pouvait être le seul à comprendre? Il se rappelle d'un lourd secret qu'il pensait être le seul à connaître ; est-ce de cela que son ami voulait lui parler?

La vie du narrateur est chaotique, après Ariane et de nombreuses relations épisodiques avec elle, il se marie, fait un enfant, trompe sa femme, rompt avec sa maîtresse, mais femme le quitte. Pour Adrian, rien n'est simple non plus, il vit avec une ex-droguée, leurs relations sont pour le moins complexes. Puis Bibi réapparaîtra dans sa vie lui léguant un étrange héritage qui lui revenait de droit.

Tous ont été des enfants délaissés et livrés à eux-mêmes. Le narrateur vivait dans une maison close, sa mère est partie un moment vivre en France, suivant un amant de passage, son père, ancien musicien devenu alcoolique, oubliait souvent qu'il avait un fils. Adrian et sa soeur Ariane vivaient avec leur mère, le père étant parti avec sa secrétaire, la laissant à moitié folle avec ses deux enfants. Tous semblent démunis de la moindre notion de discipline, de responsabilité, tout les prédispose à des destins tragiques. Des personnages à l'extrême limite de la rupture, mais qui restent très attachants.

Un livre magnifique avec une écriture superbe descriptive sans être ennuyeuse.

L'analyse des sentiments variés, amours, amitiés, jalousie, est disséqué avec intelligence.

On a parfois le sentiment que l'auteur en rajoute une couche dans les problèmes de chacun, mais tout cela reste plausible. Certaines personne peuvent à plaisir se compliquer la vie ou alors sont destinées à des vies pleines de confusions et de chocs émotionnels.

Extraits :

- Cette condescendance des adolescents qui croient que le monde leur appartient, ce qui a terme, sera effectivement le cas.

- J'ai répondu qu'elle s'était peut-être trompée dans son jugement. Peut-être Adrian était-il mort heureux.

- Sa solitude devait avoir un sens et semblait confirmer que l'amour est une loterie.

- Mon corps me faisait l'effet d'être une plante rabougrie poussée lors d'une année de disette.

- Elle m'a fait souffrir, mais elle a également été la première à me faire rêver.

- Plus je m'enfonce dans mon souvenir, plus j'ai le sentiment que c'est moi que j'essaie de sauver, de me dépêtrer d'Adrian.

- Nous faisions comme si l'on avait oublié à quel point Ariane s'était intercalée entre nous.

- On peut dire que les vêtements que l'on porte sont le seul lieu où l'on est chez soi.

- Il est devenu le centre de mon existence, et cela m'a soulagé de ne plus l'être

Éditions :Gallimard / Folio.

Titre original:Hjertelyd