La Jégado.
Peter MEAZEY.

Note : 4 / 5.
Arsenic & domestique!
L'auteur, Peter Meazey, est gallois et installé à Dinan (ce qui est une preuve d'un goût évident!). En plus de sa profession de guide-interprète, il écrit sur l'histoire de sa ville d'adoption. Cet ouvrage est son deuxième livre.
L'histoire d'Hélène Jégado (1803/1852) dont je n'avais jamais entendue parler, sérial empoisonneuse (pas empoisonnante, non empoisonneuse).
Un retour sur la vie de cette femme née à Kerhordevin en Plouhinec (à coté de Lorient) et exécutée à Rennes le 26 février 1852.
Ce jour là, ce n'est pas une voleuse que l'on guillotine, mais une meurtrière! Seulement trois meurtres peuvent lui être attribués, les autres sont trop anciens. Quel est son palmarès véritable? De Saint-Malo à Brest en passant par son Morbihan natal, avec l'auteur, nous suivons son parcours. On apprend ainsi que la rareté de son prénom pour l'époque a permis de la retrouver, si elle s'était prénommée Marie-Jeanne ou Jeanne-Marie, les recherches auraient été quasiment impossibles!
On apprend également avec effarement que quand "La Jégado" arrive au presbytère de Guern, quatre personnes y habitent ; quatre mois plus tard, elle est la seule rescapée et fait figure d'héroïne! Les autorités soupçonnent une épidémie de choléra!
Son dernier employeur chez qui seront dénombrées ses dernières victimes fut Mr Théophile Bidard de la Noë qui sera un jour député maire de Rennes.
L'époque est trouble en France, l'étude de la criminalité balbutiante et une certaine résignation devant la mort des "petites gens" qui ne donnait pas lieu à des enquêtes approfondies. Ces jeunes filles de la campagne profonde rentrent dans le meilleur des cas dans les presbytères des alentours, aidées par la famille, et cela dès l'âge de sept ans, donc une de morte, c'est la fatalité.
Surtout que souvent le motif pour la Jégado n'est pas clairement définie, sauf la jalousie et la certitude d'un renvoi sur la fin de ses agissements, une certaine inertie des pouvoirs publics et la peur du "qu'en dira-t-on" permettront à cette femme de continuer son oeuvre funeste.
On ne peut pas dire que le personnage d'Hélène Jégado soit attachant, mais je suis stupéfait des conditions qui lui furent pratiquement favorables, jamais soupçonnée ; dans une maison, quatre personnes meurent, elle est la seule survivante, et cela n'inquiète personne !
Une écriture limpide pour un livre qui se lit comme un roman policier que j'ai beaucoup aimé. Cet ouvrage me donne envie de plonger un peu plus dans les annales du crime en Bretagne.
L'auteur rend et, c'est justice, un hommage au défenseur d'Hélène Jégado, Maître Magloire Dorange dont la plaidoirie se trouve à la fin du livre.
Un grand personnage qui fera une belle carrière.
Un détail amusant (un des rares de ce livre), j'ai appris que dans les presbytères, il était interdit aux prêtres de vivre seul avec une femme de moins de 40 ans, allez savoir pourquoi?
Extraits :
- Un peu de linge, quelques mouchoirs, une cuillère en argent : le butin paraît dérisoire. La peine est pourtant capitale : la bourgeoisie du milieu du dix-neuvième siècle a des notions bien développées de légitime défense.
- Dans le grand catalogue des bêtises faites au nom du "Qu'en dira-t-on", la décision de ne pas renvoyer Hélène Jégado, doit occuper une place de choix. Les conséquences en seront catastrophiques.
- Ma conclusion, Beaudoin, c'est qu'il nous reste, à tous les deux, à libérer notre conscience.
- Ce n'est pas le fait de boire qu'on lui reproche, ça c'est normal, mais de le faire "immodérément". Tout le monde en Bretagne boit du cidre ou du vin tous les jours, il n'a pas le choix, l'eau est très suspecte, même franchement dangereuse.
- Hélène ne profite pas de ses crimes, au contraire, elle perd non seulement sa tante, mais sa place.
- "Je porte malheur. Les maîtres meurent partout où je vais".
- Les acteurs dans ce drame sont les avocats, les médecins, les témoins.
L'accusée est censée jouer un rôle de figuration.
Éditions :Éditions de la Plomée.