Les ombres.
Neil JORDAN.

Note : 3/ 5.
Fantasmagorique!
Second roman de Neil Jordan, beaucoup plus connu comme metteur en scène de cinéma que comme écrivain. Un livre très différent de "Ligne de Fond".
Cela commence par la mort de Nina, tuée par George. L'auteur va nous expliquer la genèse et l'histoire de ce meurtre.
Nina devient une voix "off" nous racontant l'histoire de son entourage.Nous sommes près de l'embouchure de la Boyne, rivière mythique de l'Irlande, source d'arrogance pour les uns et de honte pour les autres. La légende veut que Boinn, jeune fille d'une incomparable beauté s'y noyât en se mirant dans ses eaux pures. Nina est fille unique, vivant dans un monde imaginaire, avec sa poupée dont elle change le nom, passant de Doddy à Esther, qui finira déchiquetée dans une machine agricole.
Ses amis d'enfance : George, être un peu retardé, souffre-douleur de la maîtresse d'école qui travaillera comme ouvrier agricole et finira à l'asile ; Janie, sa soeur, et parfois rivale de Nina, surtout avec l'arrivée de Gregory, demi-frère caché de Nina. La vie de ces enfants suit son cours, avec les répétitions de théâtre, qui de pièce servira de parabole à leurs vies, avec ses jalousies et rancoeurs. Nina avortera pour éviter un scandale dans ce pays bigot. Les hommes partiront à la guerre, dans l'énorme boucherie des Dardanelles, dont l'Irlande se souvient dans ces paroles de "The Foggy dew":
- Droit, fier et haut par dessus Dublin, ils hissèrent le drapeau de guerre.
Il valait mieux mourir sous le ciel irlandais qu'à Suvla ou Sud el bar.
Nina partira en Angleterre, travaillera dans un théâtre ambulant, fera la connaissance de G.B. Shaw, puis deviendra célèbre au jouant au cinéma.
La fin de la guerre verra le retour de George, brisé moralement et légèrement estropié.
Nina également reviendra des Etats-Unis pour, elle aussi, mourir noyée dans la Boyne.
Beaucoup de personnages rendent ce livre un peu capharnaüm, les amis d'enfance de Nina, Janie et son frère George ressemblent à des enfants ordinaires. Nina est très rêveuse, s'enferme volontiers dans son monde imaginaire. George est l'idiot du village, victime toute désignée de la colère de la maîtresse.L'arrivée de Gregory va apporter des sentiments nouveaux et causer quelques tirages et la perte de l'enfance.
Une écriture pour le moins déroutante, sautant d'une époque à une autre qui oblige à réellement se concentrer pour ne pas perdre le fil.
Ne dit-on pas d'ailleurs que les souvenirs nous hantent parfois tout comme les fantômes!
La vie n'est-elle qu'une pièce de théâtre, que les enfants jouent et qui semble sceller leurs destins mutuels. Une déception, une oeuvre touffue et trop longue, avec des changements d'époque beaucoup trop fréquents à mon goût. J'ai nettement préféré "Ligne de Fond". Il semble que Neil Jordan, en littérature comme au cinéma, ait une production très inégale.
Extraits:
- Mais tout ça, ce sont des mensonges: des hommes meurent parfois, et les vers les mangent, mais pas par amour.
- L'ombre de la nuit. L'ombre de ce que j'étais. Je suis l'anomalie suprême, une absence désormais.
- Une pénalité se situe quelque part entre une pénitence et une punition. Une pénitence se présente sous une forme de prière, une punition sous forme de châtiments corporels.
- Elle a peut-être enfilé une robe blanche et reçu l'hostie, le corps du Christ et tout le tremblement, mais ça n'en fait pas une catholique.
- Mais elle ressuscite grâce à Myles na gCopaleen, Myles de petits poneys, si tu as oublié ton irlandais, ce qui est mon cas ou tout comme. (Clin d'oeil à Flann O'Brien).
- Volontiers, répondis-je. J'irais n'importe où, sauf en Irlande.
- Nous sommes trois ici, l'une est morte d'une noyade, l'autre d'une chute, la dernière d'un coup de cisailles.
Éditions de l'Olivier.Titre original:Shade
Autre chronique de cet auteur :
Ligne de fond.