La mariée rouge.
Hervé JAOUEN.
Note : 5/ 5.
Mais rouge sang!
J'ai lu ce roman il y a une dizaine d'années, et c'était ma première lecture d'Hervé Jaouen, et sûrement le seul roman policier que je connaissais qui se passait en pays Bigouden.
Un mariage est très souvent (mais cela n'est pas garanti, la preuve) le plus beau jour de la vie de nombreuses personnes. Mais certains tournent au drame.
Au commissariat de Quimper, l'inspecteur Cornou a devant lui trois cents photos qui racontent : un viol, un double meurtre, un triple homicide en état de légitime défense! Le tout en un seul week-end. Comment a-t'on pu en arriver là? Quelles circonstances de la vie ont fait que tous ces gens se retrouvent à ce moment précis sur cette route secondaire. Ces personnages justement, qui sont-ils? Didier, un fils de famille qui a mal tourné, et une jeune femme Camille, "fataliste du cul", vivent de menus larcins ou de prostitutions passagères. Dans un bistrot, ils font la connaissance de trois frères, style Dalton, pas trop à cheval sur les moyens de gagner leurs vies. Tout ce beau monde décide de passer la soirée ensemble avec forces bouteilles.
Des notables, passionnés de chasse et d'armes à feux, genre "la loi et l'ordre" ont créé une milice ; ils sont en patrouille et eux aussi armés. Marie et Jean Pierre, les mariés un peu imbibés après une cérémonie et une journée pleine de rebondissements vont passer leur nuit de noce dans un hôtel des environs. La partie de chasse du dimanche matin se transforme en massacre des innocents et pas seulement des innocents.
Une histoire de violence incontrôlée sur fond d'alcool, de drogue et de sauvagerie gratuite. Un très bon roman, mais qu'il ne faut peut-être pas mettre entre toutes les mains, car l'horreur est au coin de la route, de n'importe quelle route, et pourrait surgir de partout, un soir ou une nuit.
J'aime beaucoup l'humour décapant d'Hervé Jaouen et son regard lucide sur la société. Des partisans de milices populaires aux participants au mariage, toutes les petites tares humaines sont analysées. Du conformisme des anciens au nouveau conformisme des jeunes, dans la description d'un mariage et son décorum de pacotille. A lire, à relire ou à découvrir.
Extraits:
- Un samedi soir, à Quimper, préfecture endormie où le plus minable voyou se signale comme une tache sur l'aube d'une communiante.
-Marie y a pensé aussi à sa robe de mariée. Elle se trouve trop grosse, surtout des fesses. La robe longue effacera le superflu... Oh! Et puis on dit que les hommes aiment cela.
- C'était jour de fête non? Il ne pouvait pas savoir, que quinze heures plus tard, il serait en deuil.
- Le garçon d'honneur supputait, et on pouvait le lire sur son visage, ses chances d'enivrer sa cavalière et, le soir....
- La mère de Marie Dorval tortille des fesses imposantes (le portrait de sa fille dans trente ans).
- Tout le monde sait que le Breton, mal nourri pendant des siècles est un nain qui fait sa croissance.
- Après Châteauneuf-du-Faou, il prirent la route de Plonévez-du-Faou. Arrivés là il prirent vers Loquefret. C'était le désert breton.
- Les Parigots leur firent des signes d'amitié, comme le font la plupart des touristes aux autochtones des régions pauvres, parce qu'ils ont honte de leurs excès de pouvoir d'achat.
Éditions :Les éditions de la Chapelle.
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