Anthologie de nouvelles irlandaises contemporaines.
Marc Le BOUCHER (Compilée par).

Note :4,5 / 5.
Nouvelles récentes.
Dix-sept nouvelles irlandaises, de dix-sept écrivains différents, certains très connus : John Mc Gahern*, Colum Mc Cann*, Michael Collins ou Neil Jordan* (plus pour le cinéma, mais n'oublions pas l'auteur). Quelques voix féminines, Ann Enright*, Evelyne Conlon pour ne citer que les plus connues.
Signalons également que ce recueil est totalement bilingue, ce qui est, je pense, appréciable pour les gens plus doués que moi pour l'anglais.
Deuxième point positif, à quelques exceptions près Anne Enright*, Colum Mc Cann* et John Mc Gahern* (dans une nouvelle traduction), toutes ces nouvelles sont inédites, ce qui est à remarquer.
Des récits étranges comme "And also, Susan" longue lettre dont la question principale est "Où étais-tu le jour où?" dont Evelyne Conlon fait un des meilleurs textes du recueil.
Une histoire d'amour à la John Mc Gahern, bien évidemment très triste, avec un trio inhabituel, un homme une femme et un parapluie, et en final la solitude qui reprend ses droits dans "Mon amour, mon parapluie".
Trio encore dans "Le voleur en deuil" où un homme revient à Galway voir son père mourant, il est accompagné de son amant et de son épouse.
Un intrus dans une maison, un rat entré sans être invité quand vous attendez des cousins d'Amérique et que votre maison est peinte de neuf, mais il ne faut pas que cela se remarque trop, la pauvre bête n'y résistera pas.
Belfast, un jour ordinaire dans "Tuer un Brit" de David Park avec la période des troubles vue par un enfant.
Une histoire de suicide et de sperme dans la nouvelle de Neil Jordan* "Derniers rites". Une coupure de courant sert de trame au récit d'Aidan Mathews "Dans le noir".
Des personnages de femmes, l'une vivant dans une île et cherchant à blesser son mari, gentil, mais pénible de "Dimanche" de John Mac Kenna.
Ou cette " Fille du boucher" de Michael Collins : un très beau récit qui fait regretter que ses recueils de nouvelles ne soient pas encore traduits en français.
Des linguistes légèrement dérangés, oeuvrant pour la défense du gaélique, organisent un spectacle pour "Le club du jugement dernier" de Sean MacMathuna.
Des écritures bien évidement très différentes, mais d'un excellent niveau, ce qui n'est pas toujours le cas dans ce genre d'ouvrage. Un des meilleurs recueils pour s'offrir un panorama de la nouvelle irlandaise, de dignes successeurs des anciens spécialistes, comme Frank O'Connor*, William Trevor*, Sean O'Faolain*, Edna O'Brien* et beaucoup d'autres.
Et aussi, je remercie Marc le Boucher qui nous permet de découvrir des écrivains peu ou pas du tout traduits en français comme Colm O'Gara, Dermot Sommers en particulier. Une biographie des auteurs complète cet ouvrage qui a tout pour plaire.
Extraits :
- Quand elle écoutait la mer, le soir elle était terrorisée par sa proximité, mais plus encore par la mort qui, elle le savait était en elle.
- Ce n'est pas lui qui avait décidé leur mariage, bien sûr, mais elle. Ses décisions étaient souvent mauvaises, elle s'en était rendue compte au fil des ans.
- Nous nous abritâmes sous le parapluie à l'écart des lumières de la ville tout en essayant de nous stabiliser ente les racines des arbres.
- Bientôt d'autres Brits viendraient et ils seraient en colère. Il vaudrait mieux être chez soi à ce moment là.
- Nous tous, Alan aussi, créons notre propre existence. Indépendamment de nos créateurs.
- Les choses ont changé maintenant, dit-il. La vénération a disparu.
Ce n'était peut être que de la superstition.
- Est-ce qu'il me croirait si j'lui disais qu'Eamon avait un chat qui s'appelait Ian Paisley?
- Mais la vie est pleine de compromis quand t'es catholique.
Éditions :Éditions Rive Droite (2006)
* Écrivains chroniqués sur ce blog.