Reflets sur la rivière obscure.
Huadong QIU

Note : 5 /5.
Drames et Rédemptions.
Ecrivain chinois né en 1969 dans le Xinjiang. Un autre ouvrage de lui est disponible dans la même collection : Voyage au pays de l’oubli (2002). Une très bonne découverte !
Un présentateur vedette de la télévision, Luo Ning, prépare un reportage pour son émission "Toute la vérité". Un paysan s’étant suicidé ne pouvant plus payer ses impôts, lui, le citadin travaille pour quelques jours à la campagne. Etant en instance de divorce, il s’abandonne au charme d’une "hôtesse polyvalente*"
Ils boivent, parlent, se plaisent. Son corps lui rappelle celui de son épouse, qui vient de lui avouer avoir un amant et qui veut rompre la vie commune. Luo Ning, sur un coup de tête, propose à cette jeune fille de venir avec lui à son hôtel, chose qu’elle accepte malgré les réticences de la maîtresse de maison. La route longe une rivière, chacun raconte sa vie à l’autre, il s’arrête finir une bouteille de whisky. Wang Mei se noiera avec la voiture dans l’eau sombre, lui, en réchappera !
Alors l’argent et la politique s’en mêlent, chacun avec ses objectifs pas forcément communs. La télévision qui veut étouffer l’affaire, le monde politique qui veut au contraire que cela s’ébruite. La famille de la jeune fille avec des intérêts financiers très terre à terre. Que reste-t’il du bonheur pour chacun des personnages ? Et si Wang Mei était maintenant la plus heureuse ?
Un superbe portrait de femme : Wang Mei est très jeune, très belle et surtout très lucide. Elle a travaillé un an comme institutrice et sait que sa situation financière est meilleure maintenant. Elle espère malgré tout un jour un mari et des enfants, loin de la honte que lui inspire son travail. Pour une fois, ce soir, ce fut le plaisir qui l’emportât.
Luo Ning, à côté, paraît ce qu’il est, un être fabriqué, formaté pour la réussite, une épouse également présentatrice à la télévision, un couple donné en exemple, la chute en sera plus sévère.
Un très beau livre, court, donc sans temps mort, sans un mot de trop. Une écriture qui, chose étonnante, traite d’une manière tellement poétique la mort de cette jeune fille que l’on ne ressent aucune tristesse. Ses pages sont d’une rare beauté que pendant un moment il semble que la fin du livre n’a plus d’importance !.
*Les trois devoirs de l’hôtesse polyvalente, boire avec le client, chanter avec lui au karaoké et l’accompagner au lit. Elles sont plus perçues comme des entraîneuses que comme des prostituées.
Extraits :
- Tu commences à trembler de peur à l’idée de te changer en poisson. Mais tu es déjà au fond de l’eau, il n’est plus temps de devenir oiseau.
- Ainsi, elle n’aurait plus à subir le corps d’un inconnu sur son propre corps.
- Elle l’avait trouvé réellement très doux, tiède comme une couverture chauffante qui l’aurait lentement recouverte.
- Est-ce l’affaire du destin ou seulement du hasard ? Tu ne parviens pas à te faire un avis.
- Mais consentais-tu à ce qu’il te conduise au fond de cette rivière ?
- On ne peut pas dire que tu le connaisses vraiment, vous n’avez passé qu’une nuit ensemble. Non la moitié d’une nuit, la première moitié.
- Non cela n’a rien d’un paradis. Même pour une sirène.
- Et si "Toute la vérité" s’écroule, notre audimat sombre avec le navire…..C’est tout vu, patron.
Editions :Bleu de Chine.
Titre original : Heian heliushang de shanguang