Les disparus

Javier GARCIA SANCHEZ.

Note : 4

"Ils nous regardent"

Premier livre de cet auteur que je lis. Il est né à Barcelone en 1955, journaliste, et a écrit une douzaine de romans.

Deux journalistes d’investigations font route vers "Les Thermes", joli nom pour un asile de fou. Au fur et à mesure de leurs voyages, l’angoisse et l’inquiétude s’installent. Ils vont interviewer ou du moins essayer, un ancien policier R.V. Celui-ci est dans cette maison depuis une quinzaine d’années pour avoir tenté de tuer son épouse et son fils, ces seuls mots depuis ce temps-là sont "Ils nous regardent".

Que s’est-il passé pour que cet homme sans histoire, ce policier bien noté par sa hiérarchie, en soit rendu là ? Spécialisé dans les disparitions inexpliquées, des notes de sa main parlent de visions, de concept infini d’optique. L’ambiance des "Thermes" est pesante et même angoissante, la mort prochaine d’une religieuse accentue cet état de choses.

R.V se rappelle petit à petit, à la lecture que lui font à tour de rôles les journalistes, de ses notes de travail. L’obsession qui le prenait parfois sur certains dossiers, les classifications des disparitions, les expliquées et "les autres". Les nuits passées au bureau, l’alcool parfois pour oublier les visages des disparus. Aujourd'hui dans cet asile, en entendant ces voix commenter son travail, il lutte contre lui-même, contre sa mémoire, des cloisonnements intérieurs se brisent. Il remémore, sa peur quand son fils a disparu, peu de temps, mais suffisamment, pour que l’angoisse et le chagrin le bouleversent. Il voudrait parler, expliquer, raconter ce qu’il a vu. Justifier la démence qui s’est emparé de lui, en donner les raisons !

Très bon livre, commençant comme un policier il se finit en roman fantastique sans que la cassure soit apparente. Un petit reproche, certaines explications scientifiques m’ont semblé très pointues, sans réellement apporter quelque chose à

l’histoire. Une découverte.

Extraits :

- C’était un fait divers de plus. Ainsi l’avait-on jugé en son temps.

- A la fin les spécialistes ont dû se rendre à l’évidence : ce malade est un mur infranchissable.

R.V. enquêtait sur la catégorie des disparus bien plus quotidienne, qu’englobe les "missings" anglais, mais sans le nuancer : les absents.

- D’autre part, ce qui est là, est-ce vraiment une personne ? se demandent-ils.

- C’est une espèce de légume qui respire et qui semble méditer. Même si personne ne peut imaginer sur quoi il médite.

- C’est comme s’il s’était cassé de l’intérieur. Il s’est tout simplement cassé.

- Il se souvient peu à peu. Mais il se souvient.

- "L’ordre caché", disait cette annotation. Au fond c’est de cela qu’il s’agissait.

- La forme dans le fauteuil est muette et invalide, mais ni sourde, ni morte.

Titre original : Los Otros

Editions Joëlle Losfeld.