Eloge du mensonge

Patricía MELO

Note : 5

Le serpent et la tentation.

Je ne connais pas du tout cette dame à part le quatrième de couverture, donc seule chose que je sais d’elle est qu’elle vit à Rio.

Un écrivaillon, docteur es-plagiat, s’affuble d’un pseudonyme

américain en espérant ainsi attirer le succès. Il signe ses mauvaises copies "José Guber" mais immanquablement ses manuscrits sont refusés. Alors lui vient une idée faire commettre le meurtre par un serpent. Il fait, dans le but de recherches pour ce futur chef-d’œuvre, la connaissance de Fúlvia. Celle-ci biologiste, nutritionniste pour serpents, vient bien vite se lover dans ses bras et dans ses draps. Et petit à petit elle distille son venin et lui fait part de son projet. Tuer son mari, entre l’idée de l’un et les connaissances de l’autre, le crime parfait est possible.

José n’étant pas chaud, Fúlvia lui offre un serpent, lui fait croire que son mari Ronald la bat!. Mais comme en plus, notre narrateur a des problèmes avec son éditeur qui lui répond de la sorte :

De : Wilmer da Silva. A : José Guber.

Guber,

" Même un enfant de 10 ans sait que cette histoire ne donnerait pas un roman. Ca manque de matière. Vous avez 10 jours pour me remettre un livre. "

L’argent manque, sa mère harangue les passants avec un mégaphone de la fenêtre de leur appartement, et sa maîtresse, qui arrive avec un bras bandé à leur rendez-vous ! Ils peaufinent leur plan : le lieu, une auberge perdue, 18 kilomètres de route en terre battue pour l’hôpital le plus proche où il n’y a plus de stock de sérum en réserve. Elle dérobe un crotale au laboratoire et le confie à José!.

Mais pour déphaser encore un peu plus le pauvre José, Ingrid, la revissante secrétaire blonde de son patron, le trouve à son goût, téléphone chez lui pour l’inviter, alors qu’à l’aide de sa maîtresse et d’un poulet vivant, il essaye de sortir le crotale de sa léthargie ! Tout semble prêt, sans faille, mais évidemment rien ne marche !

Notre pauvre héros n’a plus de travail, Ronald n’en finit pas de mourir, Fúlvia ne donne plus signe de vie, et sublime injure, même pour écrire des contes pornographiques, il n’est pas embauché.

Et comble de malheur, Ronald ne meurt pas ! Enfin pas tout de suite. Et même sa mort n’arrangera rien.

José semble être le paumé parfait, piètre écrivain, un peu naïf, débordé par une mère que l’on ne voudrait pas avoir à la maison. Fúlvia semble être un miracle sur sa route, mais entre l’Eden et l’Enfer, le chemin n’est parfois pas très long. Cette femme est une manipulatrice prête à tout pour arriver à ses fins et José un pigeon parfait.

Ingrid, la ravissante blonde, est-elle si innocente et si désintéressée qu’elle en a l’air ?

Très agréable et plein d’humour, c’est une sorte de parodie de roman policier, mais en plus psychologique.

Un livre exotique et jubilatoire, mais également féroce et parfois cruel. Un conte moderne : rien ne manque Adam et Eve version brésilienne, le serpent et la pomme de discorde.

Cela me rappelle une des phrases de Nick Carey, le shérif de 1275 âmes "C’est pas une raison parce que je mets la tentation à la portée des gens qu’ils doivent forcément se laisser tenter."

Extraits :

- Pour ce qui est de tuer, dit-elle, c’est la meilleure solution, quatre-vingt-dix pour cent des personnes mordues en meurent, même après avoir reçu le sérum.

- Une femme perd soixante dix pour cent de son charme dès qu’elle commence à dire du mal de son mari.

- Tu m’avais parlé d’une fracture, j’ai dit. Mais non, elle a répondu c’est une entorse, je me souviens parfaitement d’avoir dit : c’est une entorse.

C’est drôle, je ne souvenais pas.

- Fúlvia m’a demandé de garder le crotale dans ma chambre. Ca ne m’a pas plus.

- J’avais des doutes, et si à l’heure H, je disais, ce serpent en pleine déprime ne faisait pas correctement son travail.

- Face à ce genre de proposition ou bien un homme met la femme dans son lit ou bien il la laisse tranquille.

- De : Wilmer. A : José Gruber.

La longueur de vos histoires est inversement proportionnelle à votre talent.

- Ce qui nous donna le plus de travail, c’est le crotale.

- Un crime scientifique est toujours laborieux. Ce n’est pas un hasard si la plupart des assassins préfère résoudre le problème à coups de pistolet automatique.

- "Recherche écrivain de contes érotiques. Bon salaire". J’ai pris le journal et je suis parti m’occuper de mon avenir.

- L’homme que j’avais devant moi était un mari de spot publicitaire pour de la margarine.

- Guber c’est un nom allemand. Ca serait parfait pour de la bière.

- Tu sais quel est le problème des femmes de 40 ans ? C’est qu’elles n’en ont plus 30.

Titre original : Elogio da mentira. (Brésil)

Editions Actes-Sud.