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Au bonheur du Clos.
Marie-Claude BIZIEN.
Note : 5 / 5.
Le bonheur est dans le livre.
Que dire de ce livre sans tomber dans des superlatifs qui seraient pourtant mérités ! Un couple, une "penn-ti*" des promenades dans les îles bretonnes et du bonheur.
La narratrice et son mari viennent d’acheter une petite maison abandonnée, alors commence un long chemin d’espoir et aussi de déceptions. Car, en tout premier, il faut défricher l’espèce de forêt vierge, qui a poussé pendant toutes ces années. Et comme le travail est rude, les corps souffrent. Mais au bout de trois semaines d’effort, un voisin se présente et leur dit "on voit que vous savez travailler la terre". Le labeur ne manque pas, l’eau si, un sourcier est appelé en renfort (le " débarquement " du dit Roro est un passage d’une drôlerie à la hauteur du personnage), un coup de gros-plant plus tard, il est décidé de voir cela par la suite. L’arrivée de Kiki, chien de la famille, moitié maçon, moitié architecte, contrariera les plans du jardin, mais enfin, c’est Kiki. La famille vient voir l’acquisition et goûter à la gastronomie bretonne (un petit échantillon?) :
-De crabes en langoustines, de moules à la crème en poissons succulents, de Kig a farz en Kouign amann, et en Plougastel aux fraises vermeilles sur Chantilly immaculée, l’union sacrée était réalisée.
Une visite dans les îles, Molène et son décalage horaire déroutant, Ouessant, les femmes en coiffe qui chiquent parfois. Mais la maison n’attend pas ; les travaux reprennent, monter un tas de bois pour l’hiver, l’équipe de maçons en dessous de tout, les hommes qui partent manifester à Paris, mais qui ne peuvent revenir suite à une grève des trains. Bref, c’est l’histoire d’une période de vie et de ses aléas.
Les personnages sont, comme on dit, " des sacrées gueules ", comme Roro, le sourcier qui est parti chercher de l’eau pour un parisien fortuné. La Bretagne et ses habitants, anonymes, fiers et secrets, dont les sobriquets étaient un mélange de gentillesse et de cruauté : "Chaussures à bascule" et son "joyeux compagnon ", rouge douze degrés. "Sucepine" dont le sens du balai devant la porte indiquait si elle était seule ou en galante compagnie.
Une écriture magnifique et des descriptions pleines de poésie :
-Ciel et mer, gris et blanc confondus, d’où n’émergeaient qu’une presqu’île fantomatique et les îlots noyés dans un brouillard d’eau !
Mais surtout, la langue et les tournures grammaticales bretonnes :
-"Pisque vous vouliez taleur du poisson, vous aurez un bar qui sortait de l’eau on vous a dégotté"
-"Allez Yec’hed mat ! Et tant pis pour tous ceux qui étaient pas là !"
En lisant cela, j’ai l’accent des anciens dans les oreilles et beaucoup d’émotion dans le cœur.
Des chroniques simples, la vie de tous les jours, dans un endroit où certaines valeurs perdurent encore.
Merci Madame Bizien, et merci à une dénommée Delphine de Lannion que je ne connais pas et qui m’a fait découvrir cette auteure.
*Penn-ti= demi-maison, au sens large petite maison.
Extraits :
-Mon petit bas de laine fut échangé contre une grosse clé rouillée.
-Petit refuge du passé aux proportions simples et parfaites, notre amour de penn-ti abandonné…….
-Bientôt les Adams et Eve vieillissant durent se dévêtir pour ne plus conserver sur eux que leur short par décence et leurs bottes par prudence.
-Trois superbes forces de la nature, auprès desquelles, Ben-Hur, Tarzan et Superman auraient fait figures de mauviettes.
-Un bâton à la main, chaussé de bottes, il avait le corps sec et droit, le visage régulier, ouvert et sévère à la fois propre aux agriculteurs du Léon.
-Nous les avions baptisé, Job et Yvonne, en souvenir d’un vieux couple adorable qui s’était toujours aimé d’amour tendre.
-Sur le seuil Terry me souleva dans ses bras. Je tenais dans les miens, bien serrée entre nous une boite à bonheurs. Toute simplette et si fragile…Nous l’avions trouvé au penn-ti.
-
Dans le Clos elle avait grandi. Elle était chez elle ici.
Edition Coop Breizh. (1998)