R&B/ Le gros coup.

Ken BRUEN

Note :3,5

Ripoux & Bravaches.

Un petit détour dans le roman policier irlandais, même si cette histoire se passe à Londres.

Ken Bruen est né à Galway, il est également l’auteur d’une série avec Jack Taylor, flic irlandais un peu à la dérive, dont j’ai lu "Delirium Tremens*". Ici les deux héros sont les inspecteurs Roberts & Brant de Londres.

R & B n’ont pas de chance ; jusque-là leurs vies étaient tranquilles, leur hiérarchie pas trop regardante sur leurs méthodes, mais le monde change. Donc pour se refaire une auréole de flics incorruptibles, il faut un "gros coup", celui qui reste dans les annales et qui assure gloire et célébrité en plus des gros titres dans les médias.

Un affaire fait la une : les meurtres, les uns après les autres, des joueurs de l’équipe d’Angleterre de cricket, victimes d’un tueur en série (peut-on lui donner tort ?)

" L’Arbitre " a en effet décidé ce symbole de la couronne britannique, son équipe de cricket. Ces crimes feront les gros titres des médias.

Une autre série de méfaits pourrait aussi attirer l’attention, des dealers sont tués et une pancarte "E comme Exemple" leur est attachée autour du cou ! Puis pour changer un peu "E comme état d’urgence".

Visite guidée dans un monde en décomposition, celui des quartiers pauvres du sud de Londres, avec ses clochards et ses drogués, un constat social assez terrifiant.

R&B, flics évoluant aux extrêmes limites de la loi pour ne pas dire plus !

Roberts est toujours désargenté, entre une fille qui est scolarisée dans un collège chic, enfin quand elle y va, et maintenant une épouse qui fréquente des lieux de rencontre pour femmes seules où les hommes ne sont pas gratuits. Comment faire face avec une simple paye de fonctionnaire de police ?

Brant n’a pas ces problèmes : sa femme l’a quitté, il n’est pas fauché, car il ne paye ni sa nourriture ni ses bières, gentiment offertes par les commerçants du quartier, avec quelquefois un peu d’argent liquide. Un prêt bien placé auprès d’une collègue va lui rapporter une foule de renseignements.

Déjà bravo pour l’idée de faire assassiner l’équipe d’Angleterre de cricket, il fallait être irlandais pour cela et pour répondre :

-"Ils ne jouent pas au cricket en Irlande ?

Au hurling, c’est tout.

C’est quoi encore, ce truc-là ?

Quelque chose entre le hockey et l’homicide."

L’écriture est plus calme que dans "Delirium Tremens", (dont il est loin d’avoir la force et la noirceur) donc la lecture plus facile

Un policier correct qui se lit sans problèmes, mais sans réelle surprise. Mais reconnaissons-lui une bonne dose d’humour (noire évidemment).

Extraits :

-La nuit tout le commissariat polluait ses draps en rêvant de Falls. Du moins c’est ce qu’elle espérait.

-A l’entendre, on aurait cru qu’elle avait fait un stage en immersion totale au sud de la Tamise.

-Brant avait tout du pit-bull. Pugnace, se disait-on en le voyant. Ca lui allait comme un gant.

-La relation entre R&B, c’était du poing/contrepoing perpétuel. Une agressivité permanente qui cimentait leur alliance.

-J’exterminerai les infidèles des terrains de sport d’Eton, je renverserai les fausses idoles du sport.

-La dernière coloration du commissaire était plus noire que l’âme d’un membre du parti conservateur.

-Pendant ce temps là, son mari se faisait baiser, lui aussi mais par le commissaire divisionnaire et la presse.

-Primo : Roberts est mal barré. Deuzio : le commissariat tout entier est mal barré. Tertio : il était personnellement bien parti pour être le plus mal barré du lot.

-Jacko Mary était un homme à la verticalité contrariée, comme le dise les Etats-Uniens. En "politiquement incorrect", c’était un vrai nabot.

-L’arme du crime ?

Une arbalète patron !

Le "Galtimore Ballroom" confirmait le cauchemar collectif de l’Angleterre. A savoir que les Irlandais sont : un, grégaires ; deux, barbares ; trois ; givrés.

Titre original "The White Arrest"

Editions Gallimard.