29 juillet 2006
O'DONNELL Peadar / Iliens
Iliens.
Peadar O’DONNELL.
Note 4/ 5.
L’île sans trésor.
Un mot sur l’auteur, un personnage et un des écrivains irlandais les plus engagés sur de multiples fronts. Tour à tour, instituteur, syndicaliste, membre de l’IRA, il combat le nouvel état libre irlandais. Emprisonné pendant deux ans, il participera à la fondation de "An Phoblacht" le journal des républicains irlandais. Puis il fonde l’Irish Republican Congress. Il succède à Sean O’ Faolain à la direction du magazine littéraire "The Bell". La première publication de ce roman date de 1927, il a été réédité de nombreuses fois depuis, mais semble être la seule œuvre de cet auteur traduite en français.
Nous sommes sur Arainn Mhór, une île du Donegal vers les années 1918/1922. Nous suivons la vie d’une famille et par contre coup celle de cette communauté îlienne.
La mère est veuve, mais avec de nombreux enfants encore jeunes, elle tricote pour gagner sa vie, son fils aîné Charlie est pécheur mais la mer ne nourrit pas toute une famille. La misère s’installe au grand désespoir de Charlie. Deux des filles partent au "Lagan", riche vallée où des propriétaires terriens (la plus part anglais et protestants)louent de la main d’œuvre pour six mois. L’une d’elle mourra, faute de soins. Charlie se sent responsable de la situation, son caractère change, il ne participe plus guère aux veillées au grand désespoir de Susan, sa voisine. Le spectre de l’exil se fait jour, l’Ecosse puis l’Amérique. Une pêche miraculeuse donne un peu de répit financier, mais le malheur revient. Une naissance est suivie d’une mort, mais l’Irlande se révolte. La vie sur l’île restera malgré tout la même.
Une écriture sans misérabilisme, mais également sans effets d’éloquence, presque un livre documentaire. L’histoire romanesque est très banale, mais semble normale sur une île où les jeunes se côtoient depuis leur plus tendre enfance et semblent destinés à se marier. Mais ce livre reste malgré tout un agréable roman, comme un complément à "Peig" de Peig Sayers, sur la vie des îles irlandaises. Une course de bateaux et une pénurie de tabac sont des évènements marquants, ainsi que la visite d’un étranger participant à la guerre d’indépendance.
Un bon moment de lecture, juste un rappel que la vie dans les îles n’est pas seulement paradisiaque. A noter qu’il ne faut pas confondre "Arainn Mhór" avec les îles d’Aran qui sont également en Irlande.
Extraits :
-C’est plutôt moi qui devrait aller en Ecosse dit Charlie.
-Celui-là l’aîné des garçons, ne partageait jamais tout à fait l’entrain de la petite bande. Il avait un jour ou l’autre perdu le contact avec le reste de la nichée.
-Dame, admit Mary Manus, j’ai la plus belle petite de la paroisse.
Sur, tu as tout ça, reconnut Biddy. Et un brave garçon pour lui tourner autour.
-Mais non, faut qu’ils aillent au Lagan, gratter deux ou trois shillings, et après ça c’est l’Ecosse puis l’Amérique pour finir.
-D’autres femmes les avaient rejointes, et l’on échangeait gaiement potins et tabac à priser.
-Susan interrogea Charlie, et il répondit que Friel lui avait sauvé la vie face à une meute d’orangistes.
Titre original : "Islanders".(1927)
Editions : Dalc'homp Sonj!
Ce texte est (sauf erreur ou omission) ma 200ème critique sur ce blog. Je remercie tous les gens qui sont venus me lire et laisser des commentaires. J’ai encore quelques livres irlandais ou autres à découvrir, et donc à vous faire découvrir. A bientôt.
Yvon
27 juillet 2006
BRENNAN Maeve / Les origines de l'amour

Les origines de l’amour.
Maeve BRENNAN.
Note: 3 / 5.
Des nouvelles à l’ancienne.
J’ai déjà parlé ici même de "La visiteuse" de cette auteur. Une dame que l’on appellerait maintenant "une casse pied" ou pour le moins un personnage. Un des nombreux paradoxes de Maeve Brennan, elle refusât toute sa vie de lire une seule ligne d’Elizabeth Bowen sous prétexte qu’elle était anglo-irlandaise alors qu’elle connaissait par cœur plusieurs poèmes de Yeats qui était lui aussi anglo-irlandais !
Vingt et une nouvelles composent ce recueil de 375 pages qui est fortement autobiographique. Ces textes s’échelonnent de 1952 à 1973.
Nous suivons des familles de Dublin, vivant plutôt dans une banlieue chic.
Les Derdon, Rose et Hubert, ont un fils John qui est entré dans les ordres. Les sentiments qui unissent le couple sont très loin de l’amour :
-Quand Rose parut au seuil de la pièce, Hubert éprouva un tel sentiment d’aversion qu’il sourit.
Les Bagot, Martin et Delia, sont un autre couple, sujet de l’observation sans concession de l’auteur. Leur mariage n’est pas non plus une réussite, mais ils semblent s’en accommoder, une certaine douceur et même une certaine tendresse règne entre eux et leurs deux petites filles.
Derrière des apparences de calme et de sérénité, une certaine cruauté règne dans la douceur d’un monde petit bourgeois. Là aussi comme partout l’amour n’est pas éternel, mais les apparences doivent l’être ! Mais que de haine dans l’air, l’amour meurt vite et pas en beauté.
Une fillette trouve son heure de gloire, en étant la première à crier sur les toits qu’un garage vient de brûler. Un vieil homme vendant des pommes semble s’imposer. La visite d’une institution religieuse laisse une question en suspens "Les sœurs, quand elles dorment dans leurs cercueils ;ont-elles des pierres comme oreillers?"
Un peu d’histoire et d’humour dans "Le jour où nous avons pris notre revanche", le père de Maeve Brennan était républicain, donc il dut fuir son domicile qui était souvent fouillé par la police régulière du nouvel état irlandais. Un policier plus zélé que les autres voulut examiner la cheminée qui n’était pas ramonée, bien mal lui en pris mais cela eu le mérite de faire rire les habitantes de la maison. Comme dans tout livre irlandais, la religion est très présente, ajoutant à l’hypocrisie un vernis de respectabilité.
Dans la nouvelle qui donne son nom au recueil, la sœur de Martin Bagot, qui vient de mourir, enterre une seconde fois Delia sa belle- sœur par un réquisitoire d’une mesquinerie et d’une cruauté inimaginable. Comme si elle pouvait refaire le monde et la vie de sa famille.
L’écriture, ainsi que les personnages portent leurs âges, ce n’est pas un mauvais recueil de nouvelles, mais il m’a laissé indifférent. N’étant pas chez moi au moment de sa lecture, j’ai eu beaucoup de mal à en parler quelques jours plus tard. En prime, j’ai trouvé ce livre trop long.
Extraits :
-Je ne dirai qu’une chose ; elles ont besoin de toutes les prières possibles.
-La santé délicate de Derry a pesé sur toute mon enfance de la même façon que l’église catholique ou la lutte pour l’Irlande libre.
-Pour un individu comme lui, la prêtrise était une solution qui en valait bien une autre.
-Elle n’avait plus rien à espérer. Voilà ce qu’elle se répétait.
-Quand il était à la maison, il éprouvait de la haine pour lui-même. Ce sentiment empirait chaque jour.
-John avait ri et elle avait pensé que c’était méchant de sa part de rire alors qu’il savait que son père cherchait seulement à la déprécier.
-Elle inspirait à Hubert une incompréhension sans nom.
-Il avait dû être heureux de s’en aller. Il n’avait jamais été plus qu’un fardeau pour lui-même et pour les autres.
Editions / Joelle Losfeld.(2006).
Titre original "The Springs of affection"
Autre chronique de cet auteur :
La visiteuse.
MATHIEU Bernard / Jusqu'à la mer
Jusqu'à la mer Bernard MATHIEU Note 4 La Seine à bicyclette. Court roman de la collection "Arcanes" que je remercie pour ses ouvrages de Janet Frame, Jannette Haien et James Hanley. La première phrase du livre situe le contexte "Je m’ennuyais". Donc pour rompre la monotonie de sa vie le narrateur (Je) part sur son vélo au hasard des routes. La sortie de Paris, la rencontre avec la Seine, le constat que ce pauvre fleuve est digne d’une poubelle par endroit et enfin la rencontre avec les champs et la campagne. Et enfin le bonheur, les bistrots de routiers, les bars longeant la Seine, et la rencontre ! Le coup de foudre "La fille brune me regardait avec une curiosité qu’elle ne cherchait pas à dissimuler". Cette femme est marinière, elle vit avec son mari et ses trois enfants sur la "Luciole". Commence alors une histoire d’amour au gré des écluses et des chemins de halage. Le vol du vélo de l’homme complique la situation, la dernière partie du voyage se terminera dans la soute parmi un chargement de blé. Mais la vie ordinaire reprend peut-être hélas le dessus, le visage de cette femme s’estompe petit à petit dans la mémoire du narrateur. A part les deux principaux protagonistes, les rencontres étranges ne manquent pas dans les petits bistrots de campagne, mais on sent chez l’auteur une très grande humilité vis à vis d’eux. Comme d’ailleurs envers ce couple qui sait que leur aventure n’a aucun avenir malgré la puissance de leurs sentiments. Une lecture aisée mais en aucun cas simpliste, cette histoire est belle, racontée avec beaucoup de pudeur, et est très dure à lâcher. Une découverte et vraiment un bon moment de lecture avec des gens tout simples qui ont la chance et le bonheur de vivre quelques jours en pleine harmonie avec eux-mêmes. Extraits : -De vraies impasses en fausses rues, j’avais fini par buter sur le ruban de la Seine -La Seine enfin appartenait à la terre et aux champs. -Qu’est ce qui me poussait de l’avant ? Je l’ignorais ! La seule réponse qui me venait était que personne ne m’attendait. -D’après leurs conversations, la Bourse au Fret de Saint-Mammès était le rendez-vous de tous les mariniers, pour ainsi dire la Mecque du bateau fluvial. -Qu’est-ce que ça déclenche, un cri d’homme, dans la cafetière d’une sauterelle ? -Je continuais à la suivre. Je devenais une ombre, et parfois cela me flanquait les nerfs à vif ! -Son odeur est morte, disparue sa façon de bouger, de parler, son rire. -Même à l’étranger, je ne peux m’empêcher de défricher les noms inscrits sur les flancs rebondis des péniches. Editions Joëlle Losfeld.
GRALL Xavier / Mémoires de ronces et de galets
Mémoires de ronces et de galets. Xavier GRALL Note 3,5. Les ronces de la vie. Recueil de textes parus dans la revue "Sav Breizh" aux environs des premières années de 1970.Ces textes sont très hétéroclites dans la forme et sur le fond. Ce livre commence par un résumé de la collaboration de Grall avec la revue "Sav Breizh" qui permet de mettre tous ses écrits à leur place dans l’œuvre de Grall. De la prose avec quelques textes comme celui qui donne son titre au recueil où Grall nous explique ses relations avec la Bretagne. Dans "Kerdruc September", il nous raconte la genèse de ce texte et la journée où une équipe de la télévision devait faire un reportage à Pont Aven ; or ce jour-là il fit une pluie effroyable même pour des Bretons ! Ce texte comme certains autres figure dans "La sône des pluies et des tombes" dans une version légèrement différente. Quelques chroniques littéraires où Grall règle ses comptes avec certains auteurs bretons ou autres. Une question "Qu’est ce que la Bretagne?" et un "Manifeste" pour la culture bretonne nous amène à une série de textes groupés sous le titre "Colères" où il dénonce l’utilisation par les mouvements d’extrêmes droites de la croix celtique. A signaler "Placard pour un mur de prison", court texte sur le séparatisme intellectuel et politique. Suivent quelques poèmes (dont certains sont inédits) pour clore ce livre, un peu fourre tout, ce qui est dommage pour l’intérêt du lecteur. Par contre une très intéressante rubrique "Notes Biographiques" est vraiment la bienvenue en fin d’ouvrage. Comme en début de livre les notes sur Grall et "Sav Breizh" Extraits : -On avait pris pour des trous de taupes ce qui étaient des habitats de seigneurs. -Un aveu : mon hameau se nomme Tréhubert et se trouve dans la paroisse de Saint-Philibert, elle-même incluse dans la commune de Trégunc. -La nuit est celtique comme la raison est romaine. -Le témoin, le sabot pendu au cou des gamins, la fin du "Gwerz" et le début de Verchuren. -La Bretagne, cette folie qui me fait être. Editions An Here.
22 juillet 2006
JOHNSTON Jennifer / Les ombres sur la peau
Les ombres sur la peau Jennifer JOHNSTON. Note 4,5. Enfant de Derry. L’amitié d’un enfant et de sa professeur mise à mal par un frère peu recommandable. Pour moi le meilleur roman de Jennifer Johnston, qui quitte ses habitudes littéraires pour ce roman urbain et contemporain. Joe est un garçon sans problème, pas très doué en mathématiques, un peu rêveur et plus porté sur la poésie. L’ambiance à la maison n’est pas brillante, un père malade et vantard, une mère assumant seule la bonne marche du foyer. Il fait un jour la connaissance de Kathleen, une institutrice un peu plus âgée que lui, cette tendre amitié bouleverse Joe. Mais nous sommes en Irlande la paix est passagère, le retour du frère aîné Brendan, vivant en marge d’une organisation terroriste va briser le fragile équilibre de la vie de tous ces personnages. Joe jaloux de son frère aura une parole malheureuse, et comme toujours ce sont les plus faibles, lui et Kathleen qui seront les victimes d’une vengeance sordide. Les hommes de la famille, le père homme malade et aigri, tyrannique et affabulateur, s’inventant un passé glorieux pendant la guerre d’indépendance, et Brendan, son digne fils, vivant dans leurs rêves et leur utopie guerrière. Leur manque de réalisme leur fait abandonner toutes contraintes sur les seules épaules de l’épouse et mère. Quelques dialogues montrent crûment les divergences de points de vue et ce n’est pas les virées nocturnes des hommes au pub qui arrangeront les choses. Kathleen est pleine de vie et de bonté, elle passe à Derry une année scolaire, puis espère quitter l’Irlande et se marier. Elle n’est pas concernée par la situation politique, elle en subira pourtant principalement les conséquences. L’atmosphère de la ville et la situation tendue est résumée à quelques lignes d’émeutes ou d’arrestations nocturnes. La mort de soldats britanniques puis les fouilles des maisons, la nuit suivante, avec une mise à sac systématique. Mais la tension de la mère de Joe est palpable dès qu’il est en retard, dans ces moments où tout le monde s’imagine le pire. Un très bon roman sans fard ni complaisance contant la vie d’une famille catholique pauvre et meurtrie par l’histoire. Extraits : -Je sais bien, dit sa mère. Rien ne change jamais. Ca empire seulement. -J’ai vu un soldat dans un pub à Belfast, un soir, pleurer parce qu’il voulait rentrer chez lui. -Joe et moi, nous nous sommes mutuellement dragués dans la rue. N’est-ce pas Joe ? Il a bon goût pour un môme. -C’est une sorte de routine en fait. La routine de la naissance, du mariage et de la mort. -Je souhaite seulement n’être jamais venue à Derry. -Pas de bombe dans la poussette, ma jolie ? Fusils toujours prêts. Sacs ouverts. Ne tourne jamais le dos à un Irlandais.
Titre original "Shadows on our skin"
JANSEN Jan Lars / Parano
Parano Jan Lars JANSEN Note : 4 Accouchement avec douleurs Comment gérer l’angoisse avant la parution d’un livre, quand dans sa tête tout prend des dimensions inimaginables. C’est le gros problème de Jan Lars Jansen. Dans un hôpital un homme attend son tueur. Comment en est-il arrivé là ? Il a écrit un livre, trouvé un éditeur, tout devrait aller bien, mais des questions commencent à lui faire perdre la tête. Cet ouvrage parlant de l’Inde ; n’a t-il pas insulté quelqu’un, une caste, un mouvement religieux, ne va t-il pas déclencher un bain de sang ? Pécuniairement sera t-il responsable, ruinera t-il sa famille et ses proches ? Il est persuadé de deviner l’avenir et annule un voyage, persuadé que l’avion va s’écraser, mais il ne se passe rien. Nous suivrons son parcours d’hôpital en maison de repos, de retours à la maison en rechutes. Avec toujours une situation qu’il maîtrise de moins en moins, de tentatives de suicides en obsessions qu’un tueur caché le guette. Jansen nous raconte sa propre histoire, il a écrit un livre "Shiva 3000" qui a un beaucoup de succès, mais l’angoisse de la parution fut dévastatrice, pas de tout repos pour ses nerfs et son mental. La famille est impliquée de manière de plus en plus grande, la religion est aussi un élément d’aide à cet homme qui n’est plus capable de replacer une œuvre littéraire à sa vraie place. Malgré le caractère peu joyeux du propos, j’ai bien aimé ce livre, les descriptions des séjours dans les hôpitaux et maisons de repos sont très convaincants ainsi que les malades côtoyés. Je pense que la démesure des perspectives effrayantes que donne l’auteur à la parution de son livre retire un peu de la gravité de l’œuvre. Mais à lire, de préférence quand le moral est bon. Extraits : -"Pourquoi avez-vous fait cette tentative ? -Je suis écrivain dis-je et j’ai provoqué la fin du monde." Je comprenais que Michelle et ses parents puissent souhaiter me voir mort. C’était logique. -Un après-midi pourtant, alors que je devais avoir vingt cinq ans, ce qui indéniablement est adulte. -Voyez-vous, j’ai écrit un livre…. Mais je ne puis continuer, j’éclatai en sanglots ! En sanglots. Dès que j’eus prononcé la phrase fatidique. -Destruction et mort. Voilà ce que j’avais fait. J’en avais conscience. J’avais été le catalyseur de tout cela. Par mon livre. Titre d’origine "Nervous system : Or, Losing my mind in literature" (Canada)
MANAS José Angel / La ville disjonktée.
La ville disjonktée José Angel MANAS Note 3,5 Nuit noire sur Madrid Premier livre de cet auteur espagnol que je lis, un autre est sorti en France il y a quelque temps "Je suis un écrivain frustré", dont un film a été tiré. Encore l’envers du décor d’une grande ville européenne. Le Madrid de la drogue et des combines diverses. Un gamin Kaiser 15 ans, dealer et amateur de musique techno. Son territoire de vente est menacé, alors les grands moyens sont nécessaires. Un braquage qui tourne mal, un des gangsters en meurt, puis l’élimination sournoise commence. De technivales, en refourgue de dope, rien de bien nouveau dans ce roman, à part le fait qu’il se situe à Madrid. Pour les personnages, bonjour les dégâts, c’est "Freaks" version sous amphétamines et autres substances illicites. Même les surnoms sont des poèmes : Tijuana, Kiko, Snifette, Mao, Pentium, le Démon, le Teub et sa bande des suceurs, spécialistes du passage à tabac des homosexuels. Le seul qui ait un nom normal est Gonzalo, et c’est peut-être lui le pire ! L’écrivain se glisse dans ses personnages, mais ce n’est pas lui le narrateur, qui est Kaiser, qui bizarrement est attachant malgré tout. Une écriture qui reprend le parler à la mode et qui les premiers moments passés, quand on s’y habitue, donne du rythme au récit. Un peu débridé malgré tout, mais plusieurs passages sont particulièrement pénibles à lire, quand l’auteur remplace systématiquement les C par des K, et mélange du verlan dans les dialogues. Par contre pour la musique, heureusement que la bande son n’est pas dans le texte, car musicalement ce n’est pas réellement ma tasse de thé ! Rien de neuf dans ce livre pas désagréable, mais je pense vite oublié. Extraits : -Tu le vois, là, le Manas raide défoncé, cherchant à dégotter un calibre. Il a déjà raconté ça dans un de ses romans Manas ? Non, hein ? -Mais je me rends compte que je suis en train de commencer mon histoire par la fin. -Une vraie Madrilène, un peu mal dégrossie, mais cool tu vois. Brune, avec du duvet sous les bras mais un corps à tomber. Et un sale caractère, c’est rien de le dire !. -Si tu ne le connaissais pas il te refilait de la merde à coup sûr, et si tu le connaissais aussi. -C’était comme un espèce de zoo, tu sais, mais humain. Rempli de ringards. -Et moi dans les vapes, en train de cracher par terre et de dire en haletant : Ouah, ça c’est du trip ! Titre original "Ciudad Rayada" (Espagne).
10 juillet 2006
Mc CANN Colum / La rivière de l'exil
Recueil de douze nouvelles, couronné par le "Rooney Prize Literature" en 1994.

La rivière de l’exil.
Colum McCANN
Note 4 / 5.
Diaspora, encore et toujours !
Une femme rentre clandestinement aux Etats-Unis pour voir sa sœur religieuse qui est très gravement malade. L’accès lui est interdit. La sœur qui lui refuse l’entrée est irlandaise ; quelque mots de gaélique plus tard, tout est rentré dans l’ordre, sauf entre les deux sœurs (de sang) pour une mystérieuse affaire de chaussettes !
Deux homosexuels dans un port de pêche, l’un se meurt du sida, l’autre étripe des poissons pour subvenir à leurs besoins, un matin pris sur les heures de travail leur donnera un peu de bonheur à tous les deux.
Le monde à l’envers, un exilé japonais en Irlande, les supputations vont bon train, tapissier décorateur, ils donnent du travail aux jeunes gens pendant les vacances scolaires, mais personne ne saura rien de lui. Un jeune homme jette pièces par pièces dans la rivière, de son fauteuil roulant, le vélo qu’il conduisait lors de l’accident qui est la cause de son handicap. Une rivière, des femmes qui pêchent et des hommes qui jouent au football, la campagne irlandaise un jour de beau temps, c’est la nouvelle qui donne son titre au recueil.
Des éducateurs face à des jeunes sans repères, ce garçon de quatorze ans qui a tué le mari de sa maîtresse, et qui s’est rendu à la police parce qu’il avait peur du noir. Ou cet autre éducateur qui doit aller au mariage d’une jeune aveugle dont il a la charge.
Dans "En avant marchons gaiement " qui est ma préférée, un vieil irlandais sort de chez lui, à la Nouvelle-Orléans sur le mur une inscription l’intrigue "Femmes du monde, levez-vous du lit de vos oppresseurs……pour faire le petit déjeuner". Qui sur ce mur plein d’insanité et dans ce monde livré à la misère et à la drogue peut avoir écrit cela ? Ancien boxeur, les souvenirs lui reviennent. Le départ de l’Irlande, se jurant de revenir champion du monde poids lourds, il chante sur le pont "Irlande je t’aime, a Chusla Mo Chroí" (amour de mon cœur), l’amour l’attendait, mais la défaite aussi et surtout les désillusions.
La nouvelle "Je peux placer un mot" est un chef d’œuvre d’humour noir et grinçant avec un final inattendu.
Ici ou ailleurs, le déracinement et contrairement aux clichés, tous les exils ne sont pas synonymes de réussites. Des éducateurs désabusés, des vétérans du Vietnam en chaises roulantes, la mauvaise face du monde, celle des perdants, ceux que la vie dédaignent.
Des descriptions de personnages extrêmes :
-On aurait pu le noyer en lui crachant dessus.
-Betty est une énorme femme brune- si vaste, plaisante Enrique, qu’elle est susceptible de posséder son propre code postal.
-La gentillesse et la discrétion de Flaherty, qui pend aux poignées de porte des voisines les vêtements que sa femme ne met plus.Cathal, écoute aux informations la mort d’un enfant de quatorze ans à Derry, pendant que lui, dans sa campagne aide un cygne à survivre.
Mc Cann rend hommage au gens qu’il aime, les écrivains Jack Kérouac, John Muir, Patrick Kavanagh, Brendan Behan et à Leonard Cohen et à Bob Dylan. Et aux anonymes, aux déracinés de pays ou de cœur avec une écriture toujours pleine de pudeur et de vérité.
Extraits:
-Cela semble normal qu’il n’y ait plus de chambre pour nous au Chelsea Hotel, plus de Dylan, plus de Behan plus de Cohen pour se souvenir de nous.
-Vingt sept ans c’est trop jeune pour devenir chauve.
-Ma tante Moira, qui avait acquis une réputation désastreuse pour s’être enivrée avec Brendan Behan dans un pub républicain de Dublin.
-" Ouais, mais on était normaux, et c’était l’Irlande.
-Depuis quant l’Irlande est-elle normale ?".
-Cligner de l’œil à une jeunesse en cloque ! Il a toujours eu le don d’embarrasser les femmes.
-Barney dit que la seule différence entre une BMW et la SPA, c’est que pour la BMW les corniauds ont le permis.
- Un prêtre chicane parce qu’il ne veut pas de drapeau sur le cercueil.
Titre original : Fishing the Sloe-Back River.
Editions Belfond.(1993)
GRALL Xavier / Et parlez- moi de la terre......
Et parlez moi de la terre
Xavier GRALL.
Note 4,5.
Ce livre regroupe une partie des chroniques de Xavier Grall publiées dans le journal "Le Monde " à partir de 1974.
Certaines chroniques, surtout les politiques, ne vont plus intéresser grand monde, mais c’est ma jeunesse que je relis à travers ces lignes.
Un retour sur la prise de conscience de la Bretagne pour la centrale nucléaire de Plogoff dans "De la légende à l’atome". L’antenne de Trédudon, plastiqué une nuit privant le Bretagne de télévision. Y a t’il eu plus de naissances en Bretagne neufs mois après ? Mais aussi un Grall rapporteur des faits et méfaits d’une Bretagne hors saison, la vraie dit-il ! Un Grall moqueur dans "L’éloge de la pluie" avec quelques regrets aussi dans "La ballade des recteurs" dans "Le pardon des hameau" ou dans "Les maisons mortes".
Un Grall indigné par la pendaison d’un chien près de chez lui, et par les battues organisées pour tuer les rares renards survivants ou par l’empoisonnement de son propre chien."Il n’y a pas d’homme idéal. Il n’y a pas de campagne idyllique ".
Clamant sa colère contre les marées noires dans "Le cri d’Ouessant " ou il constate "nous avons un gouvernement de terriens".
Il rend également hommage (comme dans chaque ouvrage) aux écrivains et poètes, Rimbaud, Bernanos, Perros et aussi à Lamennais, prophète maudit auquel il consacrera un livre. Le Baron, marin retraité, qui un vendredi soir dit à ses amis, "Cette nuit, je vais me jeter dans l’Aven" et que l’on retrouva noyé le matin.
Ces personnages, marins ou paysans, hommes pudiques, ces gens de bon sens pour qui la mer n’est pas un jeu. Les brumes, qui d’après les paysans, mouillent bien la terre mais gênent les marins, le vent bref les saisons et leurs cortèges de contraintes mais aussi de court bonheur.
Mais vient le temps des fêtes "Si nous avons inventé, nous autres les querelles et la mélancolie, nous n’avons jamais oublié de créer les fêtes".
Pour moi tant d’années après la magie agit toujours !
Extraits :
-Voilà la Bretagne rendue au Bretons. Et aux vents et aux pluies. Et au labeur. Et à la vérité.
-Et le rêve, le rêve d’outre terre.
-Oui, cette année comme les Pâques seront tristes sur nos mers.
-Aller à Port-Manech l’hiver, c’est voir le Désert des Tartares, relire Dino Buzatti !
-Par quelle aberration, par quelle injustice, la langue française a-t-elle donné le nom de maquereau au type d’homme le plus détestable ? Langue ingrate, ignorante des choses de la mer.
-Adieu Maël ! Les bois sont pleins de geôliers et d’assassins !
-Je peux envisager ma propre fin avec moins de colère que celle de mes amis.
Editions Calligrammes.
07 juillet 2006
SYNGE John Millington / Poèmes
Poèmes John Millington SYNGE. Note 3,5 La vie n’est pas rose. Court recueil (60 pages) de poésie de Synge, en édition bilingue. Synge(1871/1909) est surtout connu comme dramaturge (Le Baladin du monde occidental ; les noces du rétameur etc…) Il est aussi très célèbre pour l’émeute que provoqua le public pour la première du "Baladin du monde occidental". Une éducation stricte dans un milieu protestant, mais contrebalancé par un amour de la culture irlandaise lui laisseront un sentiment de vide spirituel. Des déceptions amoureuses et un cancer de la gorge causeront sa mort. Une très grande figure de la renaissance de la littérature irlandaise. Ses poésies sont plutôt sombres, la mort y est omniprésente : Des villes du Wicklow et des beaux jours où j’étais là. Ce livre me parlait de Galway, Mayo, Aranmore, Et des ramasseurs de varech sur un rivage d’hiver. Alors je me rappelai que ce "je" était moi, Et il me restait une sale besogne-m’user, mourir". La colère s’écrit, -" Vers Dieu j’ai hurlé de terribles injures, A blasphémer s’est desséchée ma langue. " Et la malédiction gronde. -" Je maudis ma naissance, mon enfance, ma jeunesse, je maudis mer, soleil, montagnes, lune, Je maudis mon savoir, ma quête de vérité, Je maudis l’aube, la nuit et midi ". Le désespoir et la solitude aussi sont des compagnons de misère, Synge vécu quelque temps à Paris, en voici sa vision : Rendez-vous manqué dans la rue Racine, -"Quand ton heure eut enfin sonné, J’ai guetté dans l’effroi le tournant Et vu deux cercueils grinçants passer. Seigneur je suis lent à apprendre". Un petit mot d’amour malgré tout, -" Je goûte sur tes lèvres la fête Perpétuelle de l’année. L’intégrale de ses pièces de théâtre est disponible dans une nouvelle traduction de Françoise Morvan chez Actes-Sud. Editions La Délirante.





