Les origines de l’amour.
M
aeve BRENNAN.
Note:  3 / 5.
Des nouvelles à l’ancienne.
J’ai déjà parlé ici même de "La visiteuse" de cette auteur. Une dame que l’on appellerait maintenant "une casse pied" ou pour le moins un personnage. Un des nombreux paradoxes de Maeve Brennan, elle refusât toute sa vie de lire une seule ligne d’Elizabeth Bowen sous prétexte qu’elle était anglo-irlandaise alors qu’elle connaissait par cœur plusieurs poèmes de Yeats qui était lui aussi anglo-irlandais !
Vingt et une nouvelles composent ce recueil de 375 pages qui est fortement autobiographique. Ces textes s’échelonnent de 1952 à 1973.
Nous suivons des familles de Dublin, vivant plutôt dans une banlieue chic.
Les Derdon, Rose et Hubert, ont un fils John qui est entré dans les ordres. Les sentiments qui unissent le couple sont très loin de l’amour :
-Quand Rose parut au seuil de la pièce, Hubert éprouva un tel sentiment d’aversion qu’il sourit.
Les Bagot, Martin et Delia, sont un autre couple, sujet de l’observation sans concession de l’auteur. Leur mariage n’est pas non plus une réussite, mais ils semblent s’en accommoder, une certaine douceur et même une certaine tendresse règne entre eux et leurs deux petites filles.
Derrière des apparences de calme et de sérénité, une certaine cruauté règne dans la douceur d’un monde petit bourgeois. Là aussi comme partout l’amour n’est pas éternel, mais les apparences doivent l’être ! Mais que de haine dans l’air, l’amour meurt vite et pas en beauté.
Une fillette trouve son heure de gloire, en étant la première à crier sur les toits qu’un garage vient de brûler. Un vieil homme vendant des pommes semble s’imposer. La visite d’une institution religieuse laisse une question en suspens "Les sœurs, quand elles dorment dans leurs cercueils ;ont-elles des pierres comme oreillers?"
Un peu d’histoire et d’humour dans "Le jour où nous avons pris notre revanche", le père de Maeve Brennan était républicain, donc il dut fuir son domicile qui était souvent fouillé par la police régulière du nouvel état irlandais. Un policier plus zélé que les autres voulut examiner la cheminée qui n’était pas ramonée, bien mal lui en pris mais cela eu le mérite de faire rire les habitantes de la maison. Comme dans tout livre irlandais, la religion est très présente, ajoutant à l’hypocrisie un vernis de respectabilité.
Dans la nouvelle qui donne son nom au recueil, la sœur de Martin Bagot, qui vient de mourir, enterre une seconde fois Delia sa belle- sœur par un réquisitoire d’une mesquinerie et d’une cruauté inimaginable. Comme si elle pouvait refaire le monde et la vie de sa famille.
L’écriture, ainsi que les personnages portent leurs âges, ce n’est pas un mauvais recueil de nouvelles, mais il m’a laissé indifférent. N’étant pas chez moi au moment de sa lecture, j’ai eu beaucoup de mal à en parler quelques jours plus tard. En prime, j’ai trouvé ce livre trop long.
Extraits :
-Je ne dirai qu’une chose ; elles ont besoin de toutes les prières possibles.
-La santé délicate de Derry a pesé sur toute mon enfance de la même façon que l’église catholique ou la lutte pour l’Irlande libre.
-Pour un individu comme lui, la prêtrise était une solution qui en valait bien une autre.
-Elle n’avait plus rien à espérer. Voilà ce qu’elle se répétait.
-Quand il était à la maison, il éprouvait de la haine pour lui-même. Ce sentiment empirait chaque jour.
-John avait ri et elle avait pensé que c’était méchant de sa part de rire alors qu’il savait que son père cherchait seulement à la déprécier.
-Elle inspirait à Hubert une incompréhension sans nom.
-Il avait dû être heureux de s’en aller. Il n’avait jamais été plus qu’un fardeau pour lui-même et pour les autres.
Editions / Joelle Losfeld.(2006).
Titre original "The Springs of affection"
Autre chronique de cet auteur :
La visiteuse.