Les anges dînent au Ritz.
William TREVOR.

Mais qui trinquent ?
Note : 4 / 5.
Recueil de onze nouvelles déjà anciennes de William Trevor, mais retraduites par Katia Holmes, ce qui explique que certaines figurent déjà dans d’autres recueils plus anciens. Datant de 1975, elle ont été retraduites en 2004.
Le monde d’une certaine bourgeoisie égoïste et hypocrite sous le regard impitoyable de William Trevor. Des adolescents en pension, dont l’un veut tuer son père, peut être responsable de la mort de sa mère lors d’une partie de chasse.  Un moniteur d’auto-école, gros et sale, à qui un de ses amis propose de changer de travail, sa vie sera-t-elle meilleure ! Lucidement il sait que le profit l’emportera sur les souvenirs de guerre et l’amitié. Qui est ce Mr Higgs, qui téléphone à Elizabeth et qui semble tout connaître de son enfance ? Son mari veut prévenir la police, elle refuse, mais la vie du couple semble être en danger. Un mariage dans la campagne irlandaise ; malgré la joie apparente, les jeunes époux ne s’aiment pas, mais Theresa est enceinte. La parole malheureuse d’un invité va t’elle gâcher la fête ? La nouvelle qui donne son titre au recueil concerne deux couples d’amis aisés, qui avec d’autres couples du même âge et du même niveau social, jouent à échanger maris et femmes. Les clefs des voitures sont posées sur le tapis, et les femmes, les yeux bandés, tirent au hasard une paire de clefs, et partent avec le propriétaire du véhicule ! Un grand moment de cynisme et de dérisoires tentatives de rajeunir, l’alcool coule à flot, mais certains ont des sursauts de respect pour eux-mêmes et leurs conjoints. Parmi mes favorites : "Attracta" évoquant la guerre d’Indépendance et les relations entre catholiques et protestants dans un village de campagne. Et aussi "Le champ de Katleen" où pour un lopin de terre un père brise l’avenir de sa fille. La vie est là, derrière les murs et les fenêtres, mais aussi, bien cachée, pour ne pas dire enfouie dans les tréfonds des âmes humaines. Ces âmes pas foncièrement noires, mais calculatrices et retordes. Ce monde où les gens cachent leurs angoisses dans l’alcool ou dans les antidépresseurs. J’adore les nouvelles de Trevor, un genre dans lequel il est passé maître. Car elles laissent une grande place à l’imagination personnelle avec des fins souvent abruptes qui laissent le lecteur dans l’expectative, mais quelle vision de la race humaine ! La lecture n’est pas des plus faciles, il faut bien l’avouer. Extraits :
-C’était une cogitation de nature déprimante car elle concernait l’inutilité de sa personne.
-Les Irlandais sont épouvantables, releva la femme orange.
(Est-ce la couleur qui veut cela ou madame est-elle une Orangiste qui ne s’en cache pas* ?)
-Des sortes d’anges, nous étions, releva Sue. Et aujourd’hui, des anges déchus ?
-En tant que famille, nous appartenions au passé. Nous étions protestants dans ce qui était devenue une Irlande catholique. Si nous avions jadis fait partie de la classe dominante, ce n’était plus le cas.
*Note personnelle.
Titre original : Angels at the Ritz & other stories. 1975.
Editions : Phébus.