Irlande, nuit froide

Deirdre MADDEN

Note 4,5

" Encore un effort, vieux cheval, et tu auras de l’herbe* "

La semaine de quatre femmes dans la campagne irlandaise, Emily, la mère et ses trois filles Cate, Helen et Sally, mais plane l’ombre du père mort et l’histoire irlandaise.

Cate vivant en Angleterre rentre au pays pour annoncer à sa famille qu’elle est enceinte, ses sœurs sont là, ainsi que le reste de sa famille. Les souvenirs reviennent, les années 1970 sont présentes dans la mémoires de chacune d’elles. Cette période qui vit le début des "Troubles", (charmant euphémisme britannique) qui marquera l’histoire de ces femmes et l’Histoire de l’Irlande.

Un jour, leur père est abattu à la place de son frère, membre du Sinn Fein, brisant une famille, hélas pas la seule de ces années noires.

Simples lecteurs, on sent monter la haine entre les deux communautés :

-et tandis que les pipeaux cédaient la place au roulement dur des gros tambours, elle se rendit compte que ces gens-là la haïssaient, la HAISSAIENT et ne lui feraient pas de quartiers.

Nous suivons la lente détérioration des relations entre les soldats britanniques et la population catholique, ces soldats que les commerçants refusent de servir, qui se vengent en demandant les papiers des gens toutes les dix minutes ou en faisant des perquisitions intempestives.

Ce roman est surtout l’histoire de ces femmes, les Quinn, Cate, qui change, au grand désespoir de son père, la forme irlandaise de son prénom Kate en adoptant à Londres la version anglaise. Elle fait une belles carrière de journaliste. Helen est avocate, elle travaille dans un cabinet de Belfast qui défend les républicains, malgré les pressions subies, ces républicains qui ont au moins un membre de chaque famille en prison. Sally, elle, travaille comme institutrice dans la même école où elle a été scolarisée. Elle regrette parfois de ne pas être partie.

L’écriture de Deidre Maidden est simple, mais de grande qualité et d’une lecture aisée au service d’une histoire captivante.

J’ai beaucoup apprécié ce roman car à travers la vie de ces personnages, c’est l’histoire très méconnue de l’Irlande que nous suivons, cette histoire qui balbutie encore trente ans plus tard. Au bénéfice de qui et de quoi ? Pas des trois milles victimes de tous bords.

Extraits :

-A la télévision elles découvrirent des images de foules en noir et blanc, des gens en train de courir le visage et la chemise en sang.

-Helen se rappelait qu’il l’avait emmené, alors qu’elle était encore petite, écouter un lecture publique de Seamus Heaney.

-Je regrette beaucoup d’avoir à dire cela de ma propre communauté, mais les catholiques de ce pays sont un tas de paresseux et d’incapables.

-de même que la campagne de l’I.R.A. a fait beaucoup plus pour changer les attitudes que la plupart des gens ne sont prêts à l’admettre.

-C’est comme une guerre Emily !

-Il est encore républicain, il le sera toujours.

Laissons à Emily, la mère, le mot de la fin :

-J’espère que nous n’aurons pas à affronter une autre semaine comme celle-ci avant longtemps, soupira Emily.

Titre original : One by One in the Darkness

* Proverbe irlandais désignant des promesses qui sont tenues bien trop tard.

Autre œuvre de l’auteur dans ma bibliothèque :

Authenticité