Le Maître

Colm TOIBIN


Note 4,5
Un homme, un écrivain
Biographie romancée de Henry James, nous le suivons sur 5 années de sa vie.
Colm Toibin est journaliste et écrivain déjà auteur de 5 romans traduits en Français.
N'ayant jamais lu Henry James, je ne suis pas forcément le mieux placé pour en parler ? Ce livre commence en 1895, James vient de subir un échec cuisant au théâtre. Wilde lui triomphe. Henry James part en Irlande, des évènements graves semblent se profiler à l'horizon, mais la gentry britannique danse. Wilde chute, James se remet au travail.
Puis nous partons avec l'auteur dans ses périples à Londres, dans la campagne anglaise, puis en Italie. Sa vie de tous les jours, très ordinaire, les problèmes de déménagement, les employés de maison qui boivent etc. Ses ennuis de santé aussi. Mais surtout sa solitude, comme si le choix était "La vie ou la carrière".
Les personnages de ce livre sont James lui-même, ses souvenirs de jeunesse aux Etats-Unis, sa famille ou ce qu'il en reste. Le dernier épisode sur la venue de son frère en Europe est un des plus beaux avec les passages concernant la guerre de Sécession américaine. Les milieux artistiques et aisées des anglo-américains résidant en Europe font partie de ses connaissances. Mais ses intimes sont rares, la mort de sa sœur et la disparition tragique de son amie Constance Fenimore sont des étapes dans sa vie qui l'isolent un peu plus.
Contance est un personnage magnifique, écrivain, américaine, elle aura une relation ambiguë avec Henry James pendant des années, son suicide laissera des traces. James est seul, sa vie parait terne, l'écriture uniquement semble lui procurer un plaisir certain, comme s'il vivait par l'entremise de ses personnages imaginaires qu'il puise souvent dans ses fréquentations.
Une écriture de qualité, très dépouillée et de lecture aisée. Pour moi une très bon livre, mais j'attends l'avis des spécialistes de Henry James.
Extraits
Il n'avait jamais aimé l'intrigue. Cependant il lui plaisait de connaître les secrets, parce que ne pas les connaître revenait à passer à côté de presque tout. Il avait à son tour appris à ne rien révéler de lui et à accueillir toute information inédite l'air de rien, comme si une simple plaisanterie venait d'être échangée. Les hommes et les femmes des salons du Paris littéraire se déplaçaient comme autant de joueurs dans une partie de savoir et de non-savoir, de faux-semblants et de dissimulation. Il avait tout appris d'eux.
A noter que Henry James étant un amoureux de Venise, la superbe couverture qui s'imposait : Un tableau de Turner : San Benedetto (Venise).

Titre original : The Master.
Editions Robert Laffont Pavillon