Douce compagnie

Laura RESTREPO

Note 3

Un ange passe, mais un doute plane ?

Choix dû au hasard à la médiathèque, la littérature colombienne étant absente de ma bibliothèque personnelle. Laura Restrepo est née à Bogota en 1950.

Une journaliste s’inquiète de sa destination pour son prochain reportage, elle craint le concours de Miss Colombie à Carthagène

"et ses lombrics au sel et au poivre". Agréable surprise, son patron l’envoie enquêter sur l’apparition d’un "ange" à Galilée, un quartier déshérité de Bogota.

" Il était curieux qu’on refilât toujours des noms bibliques aux quartiers les plus déshérités -Belen, Siloé, Nazareth ".

Mettons fin à certaines idées : l’Ange a un sexe (la narratrice nous le confirme) ; il peut être malade en l’occurrence des crises d’épilepsie pendant lesquelles il parle flamand (Les voix du ciel sont impénétrables !)

L’église classique ne supportant pas la concurrence, il s’ensuit une mini-guerre de religion. Mais l’Ange disparaît de la circulation et le mythe prend forme.

"On commença à parler de lui en termes de moins en moins personnels et de plus en plus mythologiques, comme s’il s’agissait de Superman ou de Pablo Escobar. "

Les personnages sont plutôt pittoresques, l’Ange à part d’être beau (comme un ange), mais manque d’envergure (absence d’ailes sûrement). La narratrice perd la tête et consent (sans beaucoup de résistance) au sacrifice corporel et à tous les ennuis qui en résultent. Les femmes proches de l’Ange sont Marie-Crucifix, présidente de son comité de gestion, qui provoque ses crises, car les fidèles sont plus généreux ces jours là. Baby Sweet Killer, ex-championne de lutte est sa garde du corps rapproché. Les sœurs Muniz, Cofa et Rufa sont fabricantes de confitures et prophètes à temps perdu. N’ont-elles pas prédit la chute du communisme ? Le prêtre est le représentant de la foi catholique, fumeur invétéré, ses prêches anti-Ange sont des monuments de haine, mais le rappel de certains de ses agissements, le calme bien vite. S’ensuit une petite semaine de folie dans la capitale colombienne.

Nous apprenons également l’histoire de quelques anges chassés des cieux (pas très angéliques, ceux-là) Uriel, Mermeoth et l’Ange sans nom.

Très facile de lecture, amusant, truffé de réflexions sur cette ville et ses mœurs :

" Quelle chance avait un ange du ciel de survivre dans cette Bogota d’épouvante qui empile les ordures sur les trottoirs, et les morts inconnus dans les terrains vagues ? "

" Leur chef est un policier qui, de temps en temps, fait la loi et de temps en temps en temps le voyou. "

A lire pour le plaisir.