L'Obscur

de John Mcgahern

La note: 4,5

Après l’obscurité, la grisaille. !

Ce livre est le second écrit par Mc Gahern, celui par qui le scandale, sa mise à pied et son exil arriva. Edité en 1965, il est enseigné dans les écoles irlandaises aujourd’hui, sorte de symbole d’une libération du catholicisme et des mœurs. Il fut, il y a bien longtemps, le premier John Mc Gahern que j’ai lu.

Les premières pages sont terrifiantes par la violence physique et morale dont le père (veuf) fait preuve à l’égard de son fils. Allant jusqu'à lui mettre une allumette enflammée près des paupières pour vérifier s’il dort. Puis certains soirs, ce sont des attouchements sexuels dans le lit qu’ils partagent. Ce père radin, lunatique, violent se plaignant toujours, gâche la vie de ses enfants, même les pique-niques sont des corvées. Mahoney, le père, déteste les prêtres, mais il leur confie Joan, une de ses filles pour lui trouver du travail, le narrateur penche pour la prêtrise, mais quelques jours dans une église lui font changer d’avis.

Les études lui semblent le meilleur moyen de s’en sortir, mais cela coûte, et le père rechigne :

-" Je peux aller en Angleterre et te rembourser de là bas.

Tout le monde peut aller en Angleterre ".

Le départ pour le collège est une délivrance pour ce jeune homme que sa sexualité gène dans un monde dominé par l’église catholique et ses confessions hebdomadaires. Mais les affres de l’examen remettent tout en cause, la sécurité de l’église ou les aléas de la vie civile avec, en cas d’échec, certainement l’exil :

-" Tu travailleras dans une usine de la banlieue de Londres, et on t’appellera Pat (ou Paddy).

L’examen est obtenu, suivi par la rentrée à l’université, puis l’heure des questions survient. Puis les illusions et le désenchantement prennent le dessus et la réussite se transforme en échec, les grands rêves en médiocrité.

A noter que ce roman est écrit alternativement à la première personne "Je" puis à la seconde personne "Tu" comme pour marquer une rupture entre l’enfance et l’adolescence. Chose rare, le père et le fils n’ont pas de prénoms comme pour souligner leur étrange relation. Il n’y a pratiquement pas de présence féminine à part ses sœurs et les fantasmes sexuels du narrateur. Par contre l’homme, l’adulte, le père par procuration, que ce soit le prêtre ou le professeur, sont omniprésents et étouffent l’adolescent.

Un grand roman qui avec le recul ne méritait pas les sanctions qui l’ont frappé (censure), ni celles qui ont frappé leur auteur.

Extraits :

-Il y a beaucoup de protestants par ici ?

A peu près autant que de catholiques, mais ce sont eux qui possèdent

les meilleurs terres, monsieur.

-"Pas la moindre trace de goût, des gens parfaitement incultes même après quarante ans de liberté, voilà ce qu’est la masse des Irlandais".

-"Mon père je veux devenir prêtre!" .On s’occuperait de tout pour toi.